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Le parfum des années d’Évelyne Bloch-Dano : une nuit à Cabourg entre Proust et les oubliées de la Belle Époque

L’essentiel sur Le parfum des années d’Évelyne Bloch-Dano
Quel est le genre de ce livre ?
Essai littéraire et portraits historiques/Récit de lieu et mémoire culturelle
Quels sont les thèmes principaux ?
- Marcel Proust
- Les personnages réels qui l’ont inspiré
- Les femmes remarquables de La Belle Époque
Quel est le niveau de lecture ?
Moyen : pas de fil conducteur
Quel est le nombre de pages ?
240
Pour qui est‑ce fait ?
- Pour les lecteurs de Proust ou ceux qui souhaitent le découvrir
- Pour ceux qui aiment les destins de femmes remarquables et méconnues
- Pour ceux qui sont sensibles aux livres de lieu et d’atmosphère
À qui ne pas le recommander ?
- À ceux qui cherchent un essai structuré sur Proust ou la Belle Époque
- À ceux qui attendent des biographies approfondies des femmes évoquées
- À ceux qui attendent un récit narratif classique : le format hybride (déambulation, essai, intime) peut dérouter
Service de Presse numérique reçu des Éditions Stock via NetGalley
Des noms et des portraits qui évoquent aussi bien Marcel Proust qu’une période tellement fascinante que nous lui avons donné un nom : La Belle Époque. Les passages sur l’œuvre de Proust sont vivants, écrits par une passionnée. Ils donnent envie de lire À la recherche du temps perdu (ou de le terminer). J’ai malheureusement trouvé que le livre effleurait les personnages féminins, me laissant sur ma faim.
Pourquoi j’ai craqué pour ce livre
J’aime beaucoup les livres de cette collection, même si je n’en connais pas l’auteur. Et quand la couverture évoque la Villa du Temps retrouvé, la Belle Époque, Marcel Proust ou encore la comtesse Greffulhe (qui a inspiré la duchesse de Guermantes), le livre devient irrésistible.
La Villa du Temps retrouvé, un musée né de Proust
Le musée a été inauguré en mai 2021 à Cabourg, où Marcel Proust a passé ses étés au Grand Hôtel de 1907 à 1914. Il y a entamé la rédaction d’À la recherche du temps perdu. Mais ce n’est pas le seul thème du Musée.
Grâce à Marcel Proust, véritable guide, le visiteur découvrira l’épopée de la Belle Époque à travers un voyage dans la vie quotidienne de cette période fascinante et féconde qui correspond à l’âge d’or de Cabourg et de la Côte Fleurie.
La Villa du Temps retrouvé
Un livre entre deux thèmes : Proust et la Belle Époque
En suivant Évelyne Bloch-Dano dans différentes pièces du musée, l’immersion a été totale grâce à ses descriptions fines. Mais j’ai ressenti une confusion, provoquée par ces thèmes qui ont une intersection, mais qui ne se recouvrent pas complètement.
Faut-il avoir lu Marcel Proust ?
Pas forcément parce qu’il y a une autre porte d’entrée dont je parle plus bas : les destins féminins de la Belle Époque. Mais Évelyne Bloch-Dano connaît très bien Marcel Proust, elle a écrit plusieurs livres qui tournent autour de lui (Madame Proust, Une jeunesse de Marcel Proust, La biographie des jeunes filles en fleurs), même si elle n’en est pas une experte académique.
Et ce fut un grand plaisir de rencontrer une autrice plus amoureuse de La Recherche qu’experte. En effet, des passages sont devenus un échange entre deux lectrices, tel celui sur la Berma (dont le modèle était Sarah Bernhardt), qui montre la déception du narrateur enfant lorsqu’il l’écoute enfin. Un passage qui a changé ma façon de voir l’art. En revanche, des évocations me laissent interrogative : les ai-je oubliées ou ne les ai-je encore pas lues ? Impossible à dire. C’est décidé, je sors Albertine disparue du fond de ma PAL, par envie, pas parce qu’il faut que je le lise.
Marcel Proust est donc un thème essentiel du livre. Même si les destins féminins ne sont pas tous liés à Proust (à moins que je n’aie pas trouvé en quoi ils l’étaient), ce que vous apprendrez sur les femmes de cette époque vous paraîtra peut-être superficiel. Mais l’autrice, elle l’écrit elle-même, ne peut pas rédiger une biographie pour chacune d’entre elles. Mais quelle est la relation entre elles, autre que d’avoir vécu à la même époque ? Il en ressort une juxtaposition de chapitres et de portraits, comme si Évelyne Bloch-Dano avait casé là tout ce qu’elle avait à dire. Je les ai donc regroupés sous deux angles : les femmes qui avaient inspiré Proust et les autres.
Les femmes qui ont inspiré Proust
La comtesse Greffulhe (1860-1952)
Elle était belle, cultivée et originale. On dirait aujourd’hui d’elle qu’elle avait tout compris du marketing personnel. Et cela lui a permis de tenir un salon couru et fréquenté par Marcel Proust, qui s’inspira d’elle pour la duchesse de Guermantes.
« Le salon est à la fois une raison sociale, un outil, une limite et un terrain d’émancipation. »
Evelyne Bloch-Dano
Mais quoi ? Son mari était un homme brutal qui la trompait et la battait ? La comtesse Greffulhe a eu assez de talents pour se réaliser, et il était probablement impossible de se révolter. D’un côté, la célébrité, les robes magnifiques et les arts, de l’autre, la misère conjugale, jamais évoquée.
Madeleine Lemaire (1845 – 1928)
Peintre et salonnière, elle a reçu dans son atelier le jeune Marcel Proust, qui s’est inspiré d’elle pour le personnage de Sidonie Verdurin. L’été, elle conviait ses invités dans le château de Réveillon, comme le personnage de Proust convie les siens à La Raspelière. Même Madeleine s’est reconnue en Mme Verdurin.
Madeleine Lemaire avait divorcé de son mari. Une trace de révolte absente de Wikipédia. Décidément, quelque chose de ces femmes reste dans l’ombre.
Où acheter ?
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Les autres femmes de la Belle Époque : fascinantes, mais survolées
Certes, l’histoire du prix La Vie Heureuse en 1904, devenue le prix Femina, un prix créé par des femmes remarquables m’a intéressée. N’en déplaise néanmoins aux féministes, c’est le Goncourt qui a distingué Marcel Proust (À l’ombre des jeunes filles en fleur, 1919). En réalité, le chapitre intitulé « Le Femina est-il féministe ? » m’a paru bien loin de La Villa du Temps retrouvé. Encore cette juxtaposition de thèmes.
Évelyne Bloch-Dano évoque aussi des artistes dont des toiles sont présentes au Musée à l’époque de sa nuit : Rosa Bonheur ou Louise Abbéma. Elles sont un peu oubliées aujourd’hui. Je suis allée voir leurs tableaux, pas vraiment une révélation. Rosa Bonheur a obtenu la « permission de travestissement », en clair l’autorisation de porter un pantalon, mais George Sand l’avait déjà fait. En revanche, elle a vécu avec la même compagne toute sa vie, sans toute fois se déclarer homosexuelle. Ce qui n’est pas le cas de Louise Abbéma, peintre elle aussi, compagne un temps de Sarah Bernhardt et qui, comme Rosa Bonheur, a reçu la Légion d’honneur. Mais quelle est l’utilité de ces informations. Elles ont été des femmes remarquables, dans un contexte bien différent de notre époque. Quelle leçon en tirer ?
Grâce à Colette, qui ne s’est jamais réclamé du féminisme, nous avons une réponse d’Évelyne Bloch-Dano :
« Elles n’en avaient pas besoin. Leur vie, leurs défis, leurs amours, leurs œuvres parlaient pour elles. Elles avaient conquis, parfois durement, leur liberté. Et finalement, elles ont servi d’exemples. »
Oui, c’est vrai, elles ont servi d’exemple, et sans doute ouvert la voie. Mais quelle leçon en tirer aujourd’hui ? L’interdiction du port du pantalon est tombée en désuétude bien avant que la loi soit abolie (21 janvier 2013). Les réseaux sociaux ont remplacé les salons avec des codes bien différents.
La plume de l’auteur
Elle est fluide et agréable à lire, mais j’ai souvent eu l’impression de passer d’un thème à un autre, d’une histoire à une autre, d’une femme à une autre.
Ce que j’en retiens
J’ai particulièrement aimé le lien entre À la recherche du temps perdu et les femmes de la Belle Époque. J’ai d’ailleurs tellement aimé que j’ai décidé de continuer l’œuvre de Proust. Mais, pour le reste, j’ai trouvé que le livre manquait d’un fil conducteur, qu’il était davantage une juxtaposition de connaissances qu’un essai.
De façon très subjective, ma note est de 3.8/5
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Info-livre : Le parfum des années d’Évelyne Bloch-Dano

Éditeur : Stock
ISBN : 978-2-234-09833-6
Date de parution : 18/03/2026

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