L’imparfait d’Éric Reinhardt (Ma nuit au musée) — Entre art et intersexuation

En arrière-plan, une sculpture grecque représentant une tête et au premier plan, la couverture du livre d'Eric Reinhardt, L'imparfait

L’essentiel sur L’imparfait d’Éric Reinhardt

Quel est le genre de ce livre ?

Hybride (essai et narratif)

Quels sont les thèmes principaux ?
  • Musée
  • Œuvres d’art
  • Genre
  • Intersexe
Quel est le niveau de lecture ?

Exigeant : concepts denses, structure non linéaire

Quel est le nombre de pages ?

272

Pour qui est‑ce fait ?
  • Pour ceux qui sont passionnés de l’histoire de l’art
  • Pour ceux qui s’intéressent aux questions d’identité et de genre
  • Pour ceux qui aiment les « ovnis littéraires »
  • Pour ceux qui aiment les plumes élégantes
À qui ne pas le recommander ?
  • À ceux qui aiment les intrigues linéaires
  • À ceux qui veulent de l’action
  • À ceux qui préfèrent les personnages attachants

Avec son nouveau livre « L’imparfait » (collection Ma nuit au musée), Éric Reinhardt nous invite à une expérience troublante à la Galleria Borghese. Seul face à la statue de l’Hermaphrodite endormi, l’auteur explore les frontières de l’art, de la question du genre et de l’intersexuation.

Entre récit intime et analyse esthétique, ce livre est une immersion dans la beauté et l’identité. Voici mon avis sur L’imparfait, un ouvrage hybride où la mythologie de Rome rencontre la réalité des réflexions contemporaines.

Service Presse

Un des meilleurs essais 2026

Sommaire

De la Galleria Borghese au Puy-en-Velay

L’auteur a une idée lumineuse : il veut dormir avec l’Hermaphrodite de la Villa Borghese. Au Puy-en-Velay, Gloria est chanteuse. Éric Reinhardt entremêle sa nuit au Musée et l’histoire d’amour entre Gloria et Bruno. Est-ce un essai sur l’art ou un roman d’amour ?

La galerie Borghese est un musée public construit au début du XVIIe siècle dans le parc de la villa Borghese à Rome. Elle contenait à l’origine les collections du cardinal Scipion Borghèse.

Napoléon a acheté la statue de l’Hermaphrodite endormi de la Villa. Elle se trouve au Musée du Louvre et elle a été remplacée par un autre exemplaire datant du IIe siècle.

Les œuvres d’art décrites par Éric Reinhardt

Le mythe de l’Hermaphrodite et de Salmacis chez Reinhardt

Hermaphrodite, né en tant que garçon, a hérité du charme de ses parents, Hermès, le dieu messager et Aphrodite, déesse de la beauté. Son nom est la contraction des leurs. Il est tellement beau que la naïade Salmacis en tombe amoureuse, mais ce n’est pas réciproque. Elle supplie alors les dieux de l’unir à lui pour toujours. Elle est exaucée, Hermaphrodite et Salmacis sont désormais une seule personne, homme et femme à la fois.

L'Hermaphrodite endormi (Villa Borghese)
L’Hermaphrodite endormi Villa Borghese
L'Hermaphrodite endormi, musée du Louvre
L’Hermaphrodite endormi Musée du Louvre

Deux sculptures qui représentent un viol

Sculpture d'Appollon et Daphné (Bernini)
Apollon et Daphné (Bernini)
Sur le point d’être violée par Apollon, Daphné se transforme en laurier
L'enlèvement de Proserpine (Bernini)
L’enlèvement de Proserpine (Bernini)
Pluton enlève Proserpine et la force à descendre avec lui aux enfers

Où acheter L’imparfait d’Éric Reinhardt ?

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Mon avis sur L’imparfait d’Éric Reinhardt

Une fascinante description des œuvres d’art

Même si l’Hermaphrodite endormi est le cœur du livre, l’auteur passe un moment devant chaque œuvre qu’il décrit de telle façon que j’ai eu envie de réserver aussitôt un voyage pour Rome.

« Pouvait-il en être autrement, puisqu’il s’agissait de décrire la vitesse, la panique, la prise de décision, les premières secondes d’une métamorphose consécutive à un instinct de survie — l’absolue fugacité, en somme ? (l’absolue vulnérabilité…)
Pouvait-il en être autrement, puisqu’il s’agissait de restituer, par la sculpture, la transition d’un état à un autre, de déesse à végétal, de peau à écorce, de cheveux à feuillage, d’ongle à racine, de victime à exilée, Daphné préférant l’exil de son identité abdiquée plutôt que de se laisser capturer. »

À propos de la statue d’Apollon et Daphné

Ses descriptions sont sensuelles, « les doigts du délinquant s’enfonçant dans la tendre épaisseur de la cuisse ». Et je ne parle pas de son désir de passe la nuit avec l’Hermaphrodite. Ça doit être froid, dur, quelle idée ! Je n’ai pas compris cette envie.

Pendant sa nuit au Musée, Éric Reinhardt semble plus sensible au talent des artistes, à l’esthétique et à la sensualité des œuvres qu’au récit qu’elles racontent.

L’alternance de l’histoire d’amour et de la nuit au musée

L’histoire d’amour entre Bruno et Gloria a un sens, elle est la réalité contemporaine qui se cache derrière les œuvres. Mais comme dans beaucoup de récits qui en comprennent plusieurs, il y en a souvent un plus passionnant que les autres. Je n’ai pas trouvé les amours de Gloria et Bruno fascinantes.

De plus, l’histoire est réellement entremêlée et j’ai dû relire certains passages pour déchiffrer qui parlait. Je comprends que ce soit amusant pour l’écrivain, beaucoup moins pour le lecteur. Et j’ai eu l’impression d’une sorte de fuite, que c’était plus simple pour l’auteur de faire discourir des personnages fictifs que de se dévoiler sur le sujet.

Hermaphrodite ou la question du genre

Le saviez-vous ?

L’hermaphrodisme (un individu qui a à la fois des organes mâles et femelles) est un terme employé en botanique ou en zoologie. Pour les êtres humains, on utilise le mot intersexuation.

Des bébés naissent avec les deux sexes, ce qui n’est pas reconnu par la société. Les parents sont donc forcés de choisir. C’est terrifiant de penser qu’ils ont au moins une chance sur deux de se tromper, que l’enfant devenu adulte aurait préféré être de l’autre sexe, ou alors non binaire (oui, plus d’une chance sur deux de se tromper).

Éric Reinhardt met cette phrase dans la bouche d’un de ses personnages fictifs (encore le contrepoint à l’analyse des œuvres) :

« J’ai lu quelque part qu’il n’y avait pas seulement deux sexes, mais cinq : masculin, féminin, hybride à dominante masculine, hybride à dominante féminine et enfin hermaphrodite. »

Ça paraît tellement évident. Et c’est parfait de le voir écrit. Ce qui m’a amené à cette réflexion : et si le sexe n’était pas binaire, si c’était un continuum ?

L’humour dans L’imparfait

Éric Reinhardt ne se prend pas au sérieux. Il n’est pas très rassuré à l’idée de passer la nuit tout seul au milieu des œuvres d’art. Il rêve qu’il commet quelques dégâts irréparables et j’ai souri à ses angoisses.

« Je me vois déjà, verdâtre, menotté, piteux, escorté vers le commissariat central de Rome sous les flashs d’aucun appareil photo du monde entier — parce que ce forfait, pour humiliante que soit la sanction, à laquelle il donne lieu, sans parler de l’algarade glaciale d’Anastasia et du coup de fil offusqué du patron de Stock, est un forfait anecdotique, inoffensif, de spécialiste, qui n’intéresse personne. »

Mon avis en résumé

Ce que j’ai aimé

  • La description des œuvres d’art
  • Les réflexions sur le genre
  • L’humour

Ce que j’ai regretté (mais peut-être pas vous)

  • Deux textes entremêlés

Ma note

Note subjective : 4.6/5

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Si vous aviez la possibilité de passer une nuit seul·e dans un musée, quelle œuvre choisiriez-vous… et pourquoi ? Dites-le-moi en commentaires.

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Info-livre : L’imparfait d’Éric Reinhardt

Couverture du livre d'Eric Reinhardt, L'imparfait

Éditeur : Stock (Ma nuit au musée)
ISBN : 978-2-234-09726-1
Date de parution : 07/01/2026

Crédits photos
L’Hermaphrodite endormi Villa Borghese : Fabrizio Garrisi sous licence CC BY-SA 4.0
Apollon et Daphné (Bernini) : Architas sous licence CC BY-SA 4.0
L’enlèvement de Proserpine (Bernini) : Alvesgaspar sous licence CC BY-SA 4.0




Photo de Catherine Perrin

Je m’appelle Catherine, et je suis blogueuse littéraire

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