Le temps d’après de Jean Hegland : quand Burl hérite d’un monde qu’il n’a pas connu

Des certs en arrière-plan et au premier plan, la couverture du livre de Jean Hegland, Le temps d'après

L’essentiel sur Le temps d’après de Jean Hegland

Quel est le genre de ce livre ?

Roman postapocalyptique/Roman initiatique

Quels sont les thèmes principaux ?
Quel est le niveau de lecture ?

Exigeant : langage créatif

Quel est le nombre de pages ?

318

Pour qui est‑ce fait ?
  • Pour les lecteurs de Dans la forêt qui veulent retrouver Eva et Nell sans craindre une suite décevante
  • Pour les amateurs de prose poétique et de langue travaillée qui acceptent une friction initiale
  • Pour les lecteurs sensibles aux questions de transmission et de construction identitaire hors des normes sociales
À qui ne pas le recommander ?
  • Aux les lecteurs qui n’ont pas lu Dans la forêt et cherchent une entrée directe dans l’univers, le roman renoue avec des personnages et des événements du premier volume
  • À ceux qui attendent un roman d’action ou un récit d’effondrement à rythme soutenu
  • Aux les lecteurs allergiques aux néologismes et aux mots déformés
Faut-il lire Dans la forêt avant Le temps d’après ?

Oui, il s’agit d’une suite. Une des scènes est difficilement compréhensible si on n’a pas lu Dans la forêt.

Le temps d’après, la suite de Dans la forêt de Jean Hegland, est un miroir de nos peurs les plus récentes. Il démarre lentement avant d’atteindre le point où je n’ai plus pu le lâcher. Si vous surmontez l’obstacle de la longue description de la vie d’Eva, Nell et Burl dans une langue inventée, c’est bien ce qui pourrait vous arriver.

Sommaire

Burl, fils de la forêt : un narrateur comme on n’en a jamais lu

Burl raconte l’histoire qu’il est en train de vivre, en précisant le sens que Nell et Eva, ses deux mères, attribuent aux histoires. Il vient d’avoir quinze ans, a grandi heureux dans la forêt, mais commence à penser aux « gens ». Il n’en a jamais vu, désire de plus en plus les rencontrer, malgré la réticence d’Eva et Nell. D’un côté, les Anciens étaient méchants, mais, de l’autre, elles ont utilisé leur savoir pour survivre.

Une entrée exigeante, puis impossible à lâcher

J’ai trouvé le début particulièrement long. Burl nous décrit leur vie depuis sa naissance, les progrès que les deux sœurs ont accomplis, avec, en arrière-plan, un événement terrifiant dû à des gens qu’il appelle les Marchands de la côte. Lorsque vient le temps de raconter cette histoire, le roman devient plus intéressant. Bien sûr, il se passe enfin quelque chose, mais surtout, c’est le lien attendu avec le volume précédent, Dans la forêt.

À partir de ce moment, le récit s’emballe et je n’ai plus lâché le livre. De plus, dans la deuxième partie, quelques surprises m’attendaient.

Trente ans, et un monde qui a changé de peurs

Le premier volume est paru en 1996 (en 2017 en France), à une époque où on parlait encore peu du réchauffement climatique. Le lecteur ignore à quoi est dû l’effondrement, mais le manque d’électricité et d’essence est au cœur de la survie, pas le climat.

Dans le deuxième volume, le réchauffement climatique semble être la raison de l’effondrement. Mais Nell et Eva, parce qu’elles vivaient déjà retirées dans la forêt avec leur famille, ne l’ont pas vu arriver. Admettons. Je l’ai néanmoins ressenti comme une explication qui venait après coup, ce qui est d’ailleurs le cas.

Jean Hegland utilise aussi nos peurs et nos fantasmes. Depuis l’écriture du premier volume, les craintes concernant climat, guerre, pandémies ont augmenté. Et ce deuxième volume est moins suspendu dans le temps, davantage ancré dans notre époque, par exemple, les ultrariches ont réussi à survivre dans des bunkers.

Après la pandémie de 2020, quelque chose alors d’inimaginable, on a commencé à parler des ultrariches et de leur impact sur la société. Ensuite, on a appris que certains se construisaient des bunkers luxueux qui permettraient à leurs propriétaires de survivre quoiqu’ils se passent sur la planète.

Bien que quelques rares faits soient avérés et documentés, par exemple le bunker de Mark Zuckerberg (Radiofrance), les autres sont issus de déclarations. Mais ce que raconte le livre sur ce phénomène est tellement vraisemblable : les ultrariches se protègent des conséquences d’un effondrement qu’ils ont contribué à créer.

Où acheter Le temps d’après de Jean Hegland ?

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Eva, Nell et Burl : trois façons d’habiter le monde d’après

Eva et Nell

Bien que le narrateur soit Burl, le fils d’Eva, elles sont bien présentes. Elles ont mûri, appris à vivre des ressources de la forêt.

Eva considère même que leur situation est la meilleure possible. Elle ne désire rien de plus. Et quand elle part, c’est pour explorer la forêt. Elle représente le retour à la nature si cher à Jean-Jacques Rousseau.

Nell a une histoire différente, et quand elle part, c’est pour retrouver un monde qui lui était familier.

Burl

Il a grandi sans aucun contact avec des humains autres qu’Eva et Nell. Pas étonnant qu’ils se posent des questions sur son père ou « les gens ». Il représente l’humanité qui veut comprendre et qui veut explorer.

Une langue inventée : exploit littéraire ou frein à la lecture ?

Sans contact avec d’autres personnes, Burl a compris et utilise des mots déformés ou inventés. Ils ont tous un sens, mais parce que ce sont souvent des mots déformés, je sentais une friction quand je les lisais, un peu comme une faute d’orthographe qui fait lever le sourcil. Je m’y suis ensuite habituée, mais il m’a quand même fallu presque cent pages.

Même s’il n’y en a pas dans le tout début du livre, le texte demande quand même de l’attention. Par exemple, l’incipit est très beau, mais ne peut pas se lire rapidement.

Incipit :

« Commencer une histoire, c’est comme plonger dans une rivière, c’est ce que dit tout le temps Nell, c’est comme sortir une main en coupe toute dégoulinante de l’eau fraîche puisée dans ses flots. Voici un nouveau présent, dit une nouvelle histoire. Bois à longs traits et laisse-le te remplir. »

Les mots inventés ne sont pas très nombreux. Ils interrompaient néanmoins le fil de ma lecture. La traductrice a aussi utilisé i, vocabulaires peu courants (souvenances).

Citation :

« Dès que je me suis empoumonné d’air pour la première fois, elles ont commencé à mettre en mots le monde d’avant moi, le monde autour de moi et le monde à venir avec des chansons et des récits et des mythes et des souvenances. »

Mais comment noter cette écriture qui consiste, à la fois, en un exploit littéraire et de traduction (5/5 ?) et en un frein possible pour le lecteur (2.5/5 ?). Pas vraiment satisfaisant, mais j’en ai fait une moyenne.

Mes notes

Univers narratif5.0/5
Personnages4.0/5
Intrigue4.5/5
Écriture3.8/5
Moyenne4.3/5
Consultez ma grille de notation détaillée pour mieux comprendre mes choix

À vous de jouer : Partagez votre avis !

Avez-vous lu Dans la forêt avant Le temps d’après — et pensez-vous qu’une suite était nécessaire, ou auriez-vous préféré laisser Eva et Nell là où Hegland les avait laissées ? Dites-le-moi en commentaires.

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Nature et monde postapocalyptique

Comme dans la duologie de Jean Hegland, nous voyons souvent la nature comme l’ultime refuge en cas d’apocalypse, mais ce n’est pas toujours le cas.

L’île
Sigríður Hagalín Björnsdóttir

En arrière-plan, une carte de l'Islande et au premier plan, la couverture du livre de Sigridur Hagalin Bjornsdottir, L'île
Parfois, la nature ne peut rien pour nous

Chien 51
Laurent Gaudé

En arrière-plan, un temple grec, au premier plan, la couverture du livre de Laurent Gaudé, Chien 51
Parfois, elle n’est tout simplement plus là

Info-livre : Le temps d’après de Jean Hegland

Couverture du livre de Jean Hegland, Le temps d'après

Éditeur : Gallmeister — Totem
ISBN : 978-2-404-08128-1
Date de parution : 03/06/2026

Photo de Catherine Perrin

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