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Géographie de l’oubli de Raphaël Sigal : le silence comme héritage

Comment transmettre une histoire quand ceux qui l’ont vécue ont choisi le silence ? Faut-il absolument combler les blancs de la mémoire familiale ou accepter qu’une part du récit se perde, volontairement ou non ?
Dans Géographie de l’oubli, prix Méduse 2025 et pepite de la littérature française Raphaël Sigal s’attaque à ces questions délicates à partir d’un double effacement : celui des survivants de la Shoah qui n’ont jamais raconté, et celui provoqué par la maladie d’Alzheimer.
Sommaire
Les thèmes au cœur de Géographie de l’oubli
- Transmission du silence familial
- Shoah et maladie d’Alzheimer
- Héritage des traumatismes
Un double effacement : Entre Shoah et Alzheimer
Les grands-mères de Raphaël Sigal ont traversé la Shoah, mais elles n’en ont jamais parlé, un silence qui a marqué l’auteur. Par conséquent, il veut raconter la vie de sa grand-mère, sans fiction et sans enquête. Après tout, ne doit-il pas respecter cet oubli volontaire ? À celui-ci, s’ajoute celui dû à la maladie d’Alzheimer, une double fatalité.
Mon avis sur Géographie de l’oubli, un premier récit bouleversant
J’ai d’abord pensé à un texte issu d’une consigne sadique d’un atelier d’écriture : écrivez sur un évènement dont vous ne savez rien, sans fiction, et sans enquête. En effet, Raphaël Sigal insiste beaucoup sur ce point et il m’a fallu un peu de temps pour entrer dans le livre. Mais au-delà, il y a, bien sûr, le talent de l’auteur et la question de la transmission.
Géographie de l’oubli s’inscrit dansla littérature de troisième génération, tels que La carte postale d’Anne Berest ou de Quand tu écouteras cette chanson de Lola Lafon. Les autrices se posent la même question : que fait-on avec ça ?
L’écho personnel : Pourquoi ce livre m’a touchée
Fille de résistant déporté, mon père n’en a jamais parlé. Et j’ai toujours repoussé une enquête nécessaire au nom du devoir de mémoire. Raphaël Sigal apporte une autre réponse : le devoir d’oubli, ou du moins de respecter ce désir d’oubli des personnes concernées, un point de vue bien différent de celui que l’on entend d’habitude.
Reste la crainte de devoir faire face à des traumatismes dus aux non-dits, ce qui n’est pas spécifique aux juifs et qui existe dans de nombreuses familles. J’aurais aimé savoir si l’écriture de ce livre avait apporté une réponse à l’auteur. Il ne se sent peut-être pas concerné parce qu’il garde une certaine distance avec ce point.
Bien que ce livre soit court, il est dense, il évoque des problèmes universels, à travers une situation précise. Il est donc probable qu’il raisonnera en vous de façon spécifique, du moins s’il existe des non-dits dans votre famille, sur un sujet ou un autre. Et c’est pour ça que vous devriez le lire.
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Suzanne, une figure inoubliable au cœur du récit
Elle s’avère très attachante et j’ai compris pourquoi elle était si essentielle à son petit-fils. Bien qu’atteinte de la maladie d’Alzheimer, elle a essayé d’écrire sur sa vie, un texte que vous trouverez à la fin de l’ouvrage, aussi puissant que poétique.
« Mon papa avait promis que Hitler allait bientôt partir. Hélas, il a fallu attendre 1945 pour qu’il soit mort (il s’est tué lui-même). »
« Je ne me rappelle plus ce qui s’est passé après et comment je me suis retrouvée à Paris. »
Citations marquantes
« Et dans l’impossibilité d’inventer la réalité, je tourne autour d’un trou noir, pris dans le vertige de la commémoration de l’oubli. »
« Shoah-Alzheimer, le couple parfait pour mon livre d’amour, me pousse vers des textes que je connais par cœur à force de les citer. »
Littérature de la Shoah, trois générations
Les témoins directs (Primo Levi) ont constitué les écrivains de la première génération. Ceux de la deuxième génération (Patrick Modiano) ont subi le lourd silence de leurs parents. Ils ont cherché à comprendre leur traumatisme qui a impacté leur enfance.
Les écrivains de la troisième génération (Rafaël Sigal, Anne Berest) n’ont souvent hérité que de fragments. Ils n’écrivent pas sur une histoire, mais sur la difficulté à y accéder. Ils cherchent, doutent, échouent (ce qui donne l’impression que Rafaël Sigal se regarde écrire).
Mon avis en résumé
Ce que j’ai aimé
- Le questionnement sur le silence des familles
- Une situation spécifique qui atteint l’universel
Ce que j’ai regretté (mais peut-être pas vous)
- Trop de place pour les contraintes d’écriture
L’essentiel de mon avis sur Hystérie collective
Genre : Mémoire et transmission
Niveau de lecture : un peu exigeant
Recommandé pour vous si : vous avez envie de réfléchir sur la mémoire de l’oubli.
Ma note : 4/5
Lecture assez facile
À vous de jouer : Partagez votre avis !
Face aux silences de nos familles, faut-il chercher à savoir à tout prix… ou apprendre à respecter ce qui n’a pas été transmis ?
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D’autres livres sur l’oubli et la transmission
La carte postale
Anne Berest

Dora Bruder
Patrick Modiano

Info-livre : Géographie de l’oubli de Raphaël Sigal

Éditeur : Robert Laffont
ISBN : 978-2-221-27718-8
Pages : 144
Date de parution : 21/08/2025

Je m’appelle Catherine, et je suis blogueuse littéraire
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