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La tristesse du samouraï de Víctor del Árbol : un puzzle noir sur l’Espagne franquiste

L’essentiel sur La tristesse du samouraï de Víctor del Árbol
Quel est le genre de ce livre ?
Roman noir espagnol/Thriller historique
Quels sont les thèmes principaux ?
- L’Espagne sous Franco
- Naissance de la démocratie en Espagne
- Exactions
- Vengeances
Quel est le niveau de lecture ?
Moyen : narration sur deux temporalités
Quel est le nombre de pages ?
528
Pour qui est‑ce fait ?
- Les lecteurs de roman noir qui aiment les intrigues construites comme un puzzle
- Les amateurs de fiction historique ancrée dans la guerre civile espagnole et le franquisme, prêts à ce que le contexte reste un décor plutôt qu’un objet de réflexion
- Les lecteurs qui recherchent une noirceur totale et assumée
À qui ne pas le recommander ?
- Aux lecteurs sensibles à la violence envers les femmes, omniprésente
- À ceux qui ont besoin de s’attacher à au moins un personnage pour apprécier un roman
- Aux lecteurs qui attendent d’une fiction historique qu’elle nourrisse une réflexion sur son contexte
La tristesse du samouraï de Víctor del Árbol est un roman remarquable en forme de puzzle dans un contexte historique fort. J’ai néanmoins regretté qu’il ne serve que de décor. La noirceur du livre ainsi que le manque de personnages attachants me dissuadent de lire d’autres fictions de cet auteur.
Sommaire
Deux femmes, deux époques, un même piège
En décembre 1941, une jeune femme et son fils de 10 ans attendent un train. Ils ne prennent pas le premier, mais le suivant qui passe une heure et demie plus tard ; un temps suffisant pour que le chef de gare dénonce cette femme en fuite. Un homme inquiétant emmène Isabel, non sans avoir proféré des menaces envers l’enfant.
En novembre 1976, María apprend que son père a un cancer. Bien qu’elle n’ait plus de contact avec lui, elle décide de lui rendre visite. Il habite dans un village, où il a exercé le métier de forgeron. L’idéal serait qu’il vienne vivre avec elle, mais Lorenzo, son mari, s’y opposerait. Et pour cause, le père de María l’a envoyé croupir quelques mois en prison.
De la dictature franquiste au putsch de 1981
Le récit se déroule en Espagne dans une double temporalité, chargée d’histoire. Néanmoins, il vous faudra faire appel à vos souvenirs, car l’auteur donne peu d’explications.
Début des années 1940
En 1941, deux ans après la fin de la guerre civile espagnole, Franco est au pouvoir et la dépuration des vaincus continue avec des exécutions sommaires et des emprisonnements massifs. Le pays est exsangue. Alors que la Deuxième Guerre mondiale se poursuit, l’Espagne est officiellement neutre, mais la division Azul est envoyée sur le front de l’est en 1941. Une période sombre où il suffisait d’être « du bon côté » pour commettre des exactions sans être inquiété.
Fin des années 1970 et années 1980
Franco meurt en 1975 et a désigné son successeur, Juan-Carlos 1er, qui rétablit rapidement une démocratie participative. Mais la jeune démocratie est fragile et connaît une tentative de coup d’État en février 1981. Le roi désavoue le putsch qui échoue. C’est une période incertaine où toute idée de retour vers la dictature est encore loin d’être abandonnée.
Ce sont donc deux périodes idéales pour écrire un roman noir, avec leur climat de peur ou d’incertitude, d’impunité pour certains. Mais elles sont surtout un décor, l’auteur ne tirant aucune réflexion ou conclusion. Le passage de la dictature à une démocratie naissante, par exemple, ne donne lieu à aucun changement, même opportuniste dans les personnages.
Un démarrage laborieux, un puzzle remarquable
J’ai tout de suite été happée par le début du roman, en comprenant qu’il y avait forcément un lien entre María et Isabel. Le démarrage est pourtant le passage le plus faible du livre. J’ai peiné à comprendre dans quoi Isabel était impliquée, et quand les explications sont venues, elles ne m’ont pas convaincue.
Mais ceci étant posé, le puzzle commence à s’assembler et sa construction est remarquable. Je n’ai cessé de chercher les liens entre les nombreux personnages des années 1940 et des années 1980. J’en ai trouvé certains, d’autres ont créé la surprise. C’est ce que j’ai préféré dans ce livre.
Mais ce que j’ai moins aimé, c’est sa noirceur et sa violence. Et le ton est donné dès le début du roman. D’abord, l’homme inquiétant menace Isabel d’envoyer son fils Andrés, différent des autres, à l’asile ; ensuite on apprend que María est une femme battue, enfin celle-ci accepte une affaire où un homme a été torturé par un policier. Et jamais, il n’y a une pointe d’espoir ou de gaieté.
Et ce n’est pas la fascination d’Andrés pour les samouraïs japonais et leurs armes qui va éclaircir l’atmosphère. Avant d’élucider qui était Andrés dans les années 1980, je me suis longtemps demandé comment un enfant à qui on offrait un vrai katana (nommé La tristesse du Samouraï) pouvait bien grandir. Si vous avez compris ce que je viens d’écrire, vous vous doutez que vous ne le retrouverez pas en père de famille épanoui.

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Des personnages noirs, aucun attachant
Andrés est le personnage le plus intrigant, mais il n’est pas le Grand Méchant. Celui-ci, qui apparaît seulement çà et là, mais tire toutes les ficelles, est un psychopathe. Il est entouré d’hommes du même acabit, psychopathes tueurs ou au mieux, des hommes qui battent leur femme. Et en toute logique, dans le meilleur des cas, les femmes sont battues, et dans le pire, torturées, violées et assassinées.
Bien sûr, il y a des hommes qui subissent, mais ils rendent coup pour coup. Les femmes le peuvent rarement. Il n’y a donc pas seulement une lutte démocratie contre fascisme, mais aussi une démonstration de virilité toxique, sans que l’auteur prouve clairement que les deux sont liés.
De plus, aucun des personnages n’est touchant, même María poursuit son ambition personnelle, sans s’attacher à qui que ce soit.
Et c’est pour ces raisons que je ne lirai pas d’autres livres de l’auteur, bien que ce roman soit excellent. Mais il est trop noir à mon goût.
Une écriture sans une once de lumière
Dès le début, on comprend que l’auteur nous emmène dans une période sombre.
Incipit :
« Il faisait froid, la voie de chemin de fer était recouverte d’une couche de neige, sale, maculée de rouille. Un enfant brandissait une épée en bois, hypnotisé par l’enchevêtrement des rails. »
Et vous chercheriez en vain une phrase qui donne un peu de couleur ou de lumière. Même dans un endroit paisible, la noirceur reprend ses droits.
Citation :
« Il vit deux vieillards avec un déambulateur et des infirmières en blouse et coiffe blanches. Tout était propre, sénile, paisible. Un lieu aseptique où les passions n’avaient plus leur place. »
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Avez-vous déjà lu un roman noir où le contexte historique reste un simple décor, sans jamais nourrir la réflexion des personnages ? Est-ce pour vous un défaut ou une liberté que vous laisse l’auteur ? Dites-le-moi en commentaires.
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Info-livre : La tristesse du samouraï de Víctor del Árbol

Éditeur : Babel noir
ISBN : 978-2-330-01514-5
Date de parution : 02/01/2013

Je m’appelle Catherine, et je suis blogueuse littéraire
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