Station Eleven – Emily St. John Mandel

J’ai dévoré Station Eleven d’Emily St. John Mandel, un roman postapocalyptique fascinant où la survie rime avec mémoire et art. Je vous emmène à la rencontre de personnages qui résistent dans une société bouleversée par une pandémie foudroyante, entre tension, émotions et réflexions sur ce qui les relie encore à l’Ancien Monde.

En arrière-plan, un virus envahit le monde et au premier plan, la couverture du livre de poche d'Emily St. John Mandel, Station Eleven
Effondrement de la civilisation

Le point de départ de l’histoire

Arthur Laender, un acteur connu, s’effondre sur scène, alors qu’il joue Le Roi Lear. Jeevan, infirmier urgentiste, se précipite et, avec l’aide d’un cardiologue, tente de sauver le comédien. Ils n’y parviennent pas.

Laissant la place aux secouristes qui viennent d’arriver, Jeevan noue une conversation avec une fillette, actrice elle aussi, qui a tout vu.

Pendant que tout le monde s’affaire dans les coulisses, un autre drame se joue à l’extérieur ; les passagers d’un avion russe ont apporté un virus terriblement contagieux et qui ne laisse que quelques heures à vivre une fois qu’on l’a contracté. Peu de gens vont survivre.

Emily St. John Mandel nous entraîne à la suite des personnes présentes ce soir là. La plupart mourront assez vite, mais d’autres survivront dans un monde apocalyptique.

Ce que j’ai pensé du roman

L’intrigue

Les romans postapocalyptiques ne sont pas ce que je préfère (je ne crois pas avoir terminé Le Fléau de Stephen King, malgré les pages extraordinaires du commencement). Station Eleven va pourtant me marquer durablement.

D’abord, parce que les survivants pensent beaucoup à l’Ancien Monde, ce qui paraît plus réaliste que des personnages qui tirent une croix sur le passé et s’en vont à l’aventure. Et c’est parfait de comprendre ce nouveau monde, où aucune eau ne coule d’un robinet, aucun interrupteur ne fait jaillir la lumière et où on peut mourir d’une simple égratignure. Et puis, comment faut-il parler aux enfants de cette civilisation disparue ? Faut-il en garder la mémoire, transmettre, ou est-il mieux de l’oublier, pour vivre dans cet autre milieu ?

Parfait et angoissant. Parce que les adultes vivent entre deux mondes. Mais il n’y a plus aucune autorité, et chacun doit se débrouiller seul pour faire face au mal que ce genre de situation fait surgir (enfin, c’est du moins ce que les auteurs imaginent). Et qu’il n’y a pas de super-héros, au mieux, des braves gens qui font ce qu’ils peuvent.

Et c’est sans doute à cause de ce réalisme que j’ai trouvé certaines scènes (la nuit, dans les bois et le silence, et puis un bruit…) particulièrement inquiétantes.

Ensuite, comment ne pas faire une comparaison avec la pandémie du Covid ? Dans le roman, le virus se répand à une vitesse fulgurante, laissant très peu de temps pour réagir, alors que nous avons eu quelques semaines. De plus, les gens fuient sur les routes, essaient de rejoindre un aéroport, se contaminent les uns les autres. La contagion du Covid a été stoppée par le confinement, et le vaccin est arrivé. Plaise au ciel que la situation de cette fiction n’advienne jamais.

Enfin, j’ai aimé la fin et son tout petit espoir : la civilisation va avoir du mal à s’en remettre, mais elle finira par resurgir. D’ailleurs, l’art n’est-il pas toujours présent dans le roman ? Les personnages principaux font partie d’une troupe itinérante qui joue des pièces de Shakespeare et de la musique classique ; signe que la culture n’a pas totalement disparu.

La structure

Je n’aime pas non plus les structures éclatées, mais, quand elles sont maîtrisées, ce peut être un pur bonheur, et donner envie d’avancer dans le livre. C’est le cas ici où Emily St. John Mandel a pris le soin de laisser plusieurs fils rouges : tout d’abord, les personnages que nous avons presque tous rencontrés lors de la première scène ; ensuite, le roman graphique que Kirsten porte dans son sac à dos, dont vous connaîtrez vite l’origine.

Envie de le lire ?

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Thématiques abordées

  • Effondrement de la civilisation
  • Pandémie
  • Résilience
  • Art et survie

Les lieux et l’époque du récit

Le récit se déroule à une époque indéterminée dans le futur, au Canada. Précisément, il commence à Toronto. Il ne pourrait se passer ailleurs qu’en Amérique du Nord : les grandes étendues, les armes que tout le monde trouve si facilement…

Les figures du roman

Les personnages du roman, soit, font preuve d’une étonnante résilience, soit tombent entre les mains d’un gourou. Il y a aussi ceux qui acceptent la situation et ceux qui voudraient retourner à l’Ancien Monde. Pour l’autrice, tout tourne autour de ces deux axes, comme si la survie ne laissait la place à rien d’autre. Et n’est-ce pas, en effet, le plus probable ?

Arthur Laender
Bien qu’il meure pratiquement avant le début du récit, il constitue aussi un fil rouge, ayant rencontré, de façon plus ou moins rapprochée, beaucoup d’autres personnages. Sans lui, pas d’histoire.

Kirsten
J’ai fait sa connaissance au tout début du livre, quand elle jouait dans la même pièce qu’Arthur. Et puis je l’ai retrouvée vingt ans plus tard au sein de la troupe la Symphonie Itinérante. Elle ne se souvient plus de son passét ni d’une partie de son errance avant de rencontrer la troupe. C’est probablement mieux comme ça, lui a dit son frère.

Clark
Le meilleur ami d’Arthur se souvient de tout, mais lui aussi, bloqué dans un aéroport et sans possibilité d’en partir, fait preuve d’une étonnante résilience. Il est le personnage qui espère que les choses reviendront à la normale, même s’il a peu de chances de le voir de son vivant.

Jeevan
L’infirmier qui a tenté de sauver Arthur va suivre une route différente. Il est le personnage qui accepte certainement le plus la nouvelle situation.

Le Prophète
S’il est une figure incontournable (sous cette forme ou sous une autre, celui qui opprime), il est aussi le personnage qui m’a le moins convaincue. Mais il est vrai qu’Emily St. John Mandel ne nous donne pas à voir son évolution, ce que j’ai trouvé frustrant.

La plume de l’auteur

J’ai apprécié l’écriture très littéraire d’Emily St. John Mandel qui prend le temps de décrire, d’expliquer, sans que cela ne ruine la tension du livre.

Incipit :

« Le roi se tenait à la dérive, dans une flaque de lumière bleue. C’était l’acte IV du Roi Lear, un soir d’hiver à l’Elgin Theatre de Toronto. En début de soirée, pendant que les spectateurs entraient dans la salle, trois fillettes — version enfantine des filles de Lear — avaient joué à se taper dans les mains sur le plateau, et elles revenaient maintenant sous forme d’hallucinations dans la scène de la folie. »

Citation :

« Certains dormaient à tour de rôle dans les caravanes en mouvement, d’autres marchaient sans répit jusqu’à ce que leurs pensées se consument l’une après l’autre, telles des étoiles mourantes, et qu’ils sombrent dans un état de fugue dissociative : rien d’autre n’importait ou n’existait que ces arbres, cette route, le rythme des pas et celui des sabots en contrepoint, le clair de lune qui se muait en ténèbres, puis en matin d’été, les caravanes fantomatiques qui ondoyaient dans la chaleur. »

Mon avis en résumé

Ce que j’ai aimé

  • La tension bien présente
  • Une intrigue marquante

Mes notes

Univers narratif5,0/5
Personnages4,0/5
Intrigue5,0/5
Écriture4,5/5
Moyenne4,6/5
Plus de détails sur le système de notation

Lecture un peu exigeante

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D’autres romans postapocalyptiques

Si ce thème vous intéresse, j’ai aussi chroniqué ces romans :

Dans la forêt
Jean Hegland

Une forêt en arrière-plan et au premier plan, la couverture du livre de Jean Hegland, Dans la forêt
Effondrement de la civilisation

La déroute
Emma Pattee

En arrière-plan, des immeubles subissent un tremblement de terre, au premier plan, la couverture du livre d'Emma Pattee, La déroute
Survie après un tremblement de terre

Info-livre : Station Eleven par Emily St. John Mandel

Couverture du livre d'Emily St. John Mandel, Station Eleven

Éditeur : Rivages poche
ISBN : 978-2-7436-4200-6
Pages : 476
Date de parution : 02/05/2018

Photo de Catherine Perrin

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