Le monde de demain dans la littérature

A gauche, une pile de livre et à droite, un robot sert la main à un humain

Il y a eu 1984, Le meilleur des mondes, La ferme des animaux, Fahrenheit 51. Ils nous ont marqués, alertés, et nous les lisons toujours. Alors que les écrans de 1984 sont devenus nos smartphones, les écrivains d’aujourd’hui ne se contentent plus de prédire l’avenir : ils autopsient notre présent.

Sommaire

Société sous surveillance : quand la technologie devient une prison.

Au cours des dernières années, les nouvelles technologies ont accru la possibilité d’observer chaque individu. Si, aujourd’hui, la surveillance est restreinte à ce que nous consommons, les nombreux piratages sont là pour en montrer le danger. Pire, pour n’importe quel dictateur, le contrôle politique est à portée de clic.

Qu’est-ce que ça donnerait si nous poussions le curseur plus loin ? Des écrivains nous le racontent. Dans Panorama, Lila Hassaine imagine une France où, grâce à des immeubles transparents, « … chacun sera garant de la sécurité et du bonheur de son voisin ». Plus de viols, plus de femmes ou d’enfants maltraités. Le bonheur ? Non, bien sûr que non.

Avons-nous besoin d’immeubles transparents, alors que nos smartphones nous pistent ? Il suffit de les transformer en bague où toutes les données personnelles seraient enregistrées. Et la surveillance devient organique et marchande dans Les furtifs d’Alain Damasio. En effet, cette bague leur donne accès à tout ou partie de la ville où ils vivent selon leur forfait. La ville d’Orange a été privatisée et rachetée par Orange, bien sûr. Devrons-nous échanger la liberté contre le confort ? Certains pensent que non et trouvent des alternatives imaginatives.

Couverture du livre de Lilia Hassaine, Panorama
Couverture du livre de poche d'Alain Damasio, Les furtifs, société de surveillance

Là où ces écrivains envisagent des changements brutaux pour l’humanité, Margaret Atwwod imagine un avenir sinistre pour les femmes (La servante écarlate, Les testaments). Ce qui nous ramène à des problématiques très actuelles, violences faites aux femmes, la baisse de la fertilité qui inquiète. Et Michel Houellebecq n’est pas en reste (Soumission).

Couverture du livre de Margaret Atwood, Les testaments
Couverture de Michel Houellebecq, Soumission

Récits de survie post-apocalyptique : que reste-t-il de l’humain ?

Dans Chien 51 de Laurent Gaudé, ce sont de pays entiers qui sont rachetés par des sociétés. Encore des zones plus ou moins privilégiées, et cette fois-ci en fonction de la pollution. Mais, la civilisation ne s’est pas tout à fait effondrée. Ce qui, en revanche, est le cas pour Dans la forêt de Jean Hegland et de Station Eleven d’Emily St John Mandel. Plus d’électricité, plus d’internet. Vous avez le choix entre le retour à la nature (Dans la forêt) ou tenter de faire survivre l’art (Station Eleven).

Guerres et fractures : le futur des crises actuelles selon la littérature.

La Troisième Guerre mondiale ? Ken Follett l’avait déjà imaginé dans Pour rien au monde, mais avec des dirigeants rationnels. Si elle peut arriver avec des dirigeants rationnels, que dire de ce qui se passe aujourd’hui, avec deux égos démesurés à la tête de deux puissances mondiales (Poutine en Russie et Trump aux États-Unis) ? Dans Wanted, Philippe Claudel y ajoute Elon Musk.

Douglas Kennedy imagine une nouvelle Guerre de Sécession aux États-Unis dans Et c’est ainsi que nous vivrons. Elle se solde par la division du pays en deux. Dans une des parties, les conservateurs ont gagné la partie : foi, avortement interdit ainsi que l’homosexualité et le divorce. Dans l’autre, une curieuse conception de la liberté individuelle : tout le monde est surveillé !

Couverture du livre de poche de Ken Follett, Pour rien au monde
Couverture du livre de Philippe Claudel, Wanted
Couverture du livre de Douglas Kennedy, Et c'est ainsi que nous vivrons

L’intelligence artificielle dans les romans

Les grands romans sur l’IA restent à venir. Quoique ! La peur de la machine qui remplace l’homme est présente depuis toujours et pas seulement chez les écrivains de science-fiction. Dans sa nouvelle, La grande grammatisatrice automatique, Roald Dahl invente une machine qui se substitue aux auteurs. De son côté, Camille de Peretti imagine un logiciel pour succéder aux traducteurs dans Les rêveurs définitifs. Et enfin, Kazuo Ishiguro (prix Nobel de littérature 2017) raconte d’un point de vue de l’IA, l’histoire d’une IA qui joue le rôle d’une amie (Klara et le soleil).

Couverture du livre de poche de Camille de Peretti, Les rêveurs définitifs
Couverture du livre de poche de Kazuo Ishiguro, Klara et le soleil, intelligence artificielle

Machine, logiciel et enfin IA, c’est le reflet de notre évolution technologique. Même peur. Mais cette fois-ci, il semble bien que nous y sommes. Au Japon, Rie Kudan, lauréate d’un prix prestigieux, a reconnu avoir écrit 5 % de son livre grâce à l’IA. Les éditions Harlequin envisagent de remplacer les traducteurs par l’IA et, finalement, l’IA comme ami ? Elle vous est proposée par friend.com sous forme de pendentif.

Le saviez-vous ? L’effet ELIZA

En lisant Klara et le Soleil, vous avez peut-être ressenti une profonde empathie pour Klara (c’est ce qui m’est arrivé). C’est ce qu’on appelle l’effet ELIZA : notre tendance psychologique à prêter des émotions, une conscience et une personnalité à une intelligence artificielle dès qu’elle imite le langage humain. Ce terme vient d’un programme informatique créé en 1966 qui, bien que très simple, parvenait à faire croire à ses utilisateurs qu’ils discutaient avec un véritable psychologue.

Conclusion

Sommes-nous encore capables d’imaginer un avenir désirable ? À travers la surveillance, l’effondrement ou l’intelligence artificielle, la littérature contemporaine ne prédit plus : elle interroge notre présent et nos choix collectifs. Ces récits nous inquiètent, mais ils ont au moins une vertu essentielle : nous obliger à penser. Alors, mesdames et messieurs les écrivains, à vos plumes.

À vous de jouer : Partagez votre avis !

Et vous, quel futur vous effraie le plus parmi ces lectures ? Panorama ou Station Eleven ? Dites-le-nous en commentaire !

Photo de Catherine Perrin

Je m’appelle Catherine, et je suis blogueuse littéraire

Je donne mon avis, bien sûr, mais surtout des repères pour vous aider à savoir si un livre est fait pour vous.
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