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Tous les silences d’Arttu Tuominen : quand la Finlande regarde ses fantômes en face

L’essentiel sur Tous les silences d’Arttu Tuominen
Quel est le genre de ce livre ?
Polar mémoriel
Quels sont les thèmes principaux ?
- Finlande pendant la Deuxième Guerre mondiale
- Guerre
- Criminels de guerre
Quel est le niveau de lecture ?
Facile : écriture fluide et deux temporalités chronologiques
Quel est le nombre de pages ?
456
Pour qui est‑ce fait ?
- Pour ceux qui aiment les polars qui s’appuient sur des épisodes historiques méconnus
- Pour ceux qui s’intéressent à la Scandinavie et à ses zones d’ombre
- Pour ceux qui s’intéressent au devoir de mémoire face aux crimes de guerre
À qui ne pas le recommander ?
- À ceux qui cherchent un polar tendu et bien rythmé
- À ceux que rebutent les scènes de combat et de violence de guerre
Tous les silences d’Arttu Tuominen est un polar ancré dans un épisode enfoui de l’Histoire de la Finlande. Mais bien que la double temporalité soit parfaitement menée, le manque d’arc narratif des personnages m’a laissée sur ma faim. Reste la question au centre du livre : que fait-on de crimes anciens de quatre-vingts ans quand les coupables sont des vieillards ?
Un vieillard agressé, deux soldats en Ukraine : le roman s’ouvre en deux temps
En 1941, en Ukraine, deux SS pénètrent dans un chalet où est assise une jeune mère allaitant un bébé. L’un des hommes trouve un Talmud dans un coffre en bois. À l’extérieur, des vrombissements de moteur annoncent qu’ils viennent chercher les femmes et les enfants. Les deux SS conseillent à la femme de se cacher, l’aident et sortent de la maison en mentionnant qu’il n’y a personne.
En 2019, à Helsinki, un très vieil homme, Albert Kangasharju, s’apprête à faire sa promenade du soir. Il est agressé par deux hommes.
Les lieux et l’époque du récit
Le roman se déroule sur deux temporalités. La première histoire se passe en 1941 quand les Allemands combattent les Russes. La seconde partie a lieu de nos jours en Finlande, les policiers finlandais enquêtent sur l’agression dont Albert a été victime.
La Finlande au XXe siècle
Ce que vous devez savoir pour comprendre ce roman
La Finlande a proclamé son indépendance le 6 décembre 1917 en profitant de la Révolution bolchévique. Mais, pour préparer l’indépendance, des militaires finlandais sont partis se former en Allemagne pendant la Première Guerre mondiale. Les Jägers sont devenus le socle de l’armée indépendante finlandaise.
En 1939, l’URSS envahit la Finlande, c’est la Guerre d’Hiver (dont des épisodes sont racontés par Olivier Norek dans Les guerriers de l’hiver). En 1941, quand l’Allemagne attaque l’URSS, la Finlande en profite pour récupérer les territoires perdus. Sans être alliée à l’Allemagne, elle s’est retrouvée, de fait, du même côté.
En 1944, le cessez-le-feu avec l’URSS oblige les Finlandais à chasser les troupes allemandes. La guerre se termine donc contre les Allemands.
Un roman ambitieux, inégal, mais qui pose les bonnes questions
Nous sommes bien pendant la Deuxième Guerre mondiale et les nazis sont bien présents. Le contexte historique est néanmoins différent du nôtre et il m’était inconnu. C’est ce qui rend le livre captivant.
Mais Arttu Tuominen s’est heurté à un problème : comment révéler des faits historiques méconnus tout en gardant le suspens ? Eh bien, il a utilisé un narrateur non fiable dans une des deux intrigues, là où j’aurais aimé un arc narratif. Le narrateur non fiable nous entraîne sur une fausse interprétation des évènements, habile pour ménager le suspens, moins satisfaisant quand on referme le livre et qu’on réalise ce que le procédé a évité de regarder en face.
Un peu facile, et ça permet de traîner les deux intrigues parallèles en longueur. Celle qui se déroule pendant la Deuxième Guerre mondiale est lente et c’est surtout une histoire de guerre : combats, explosions, soldats déchiquetés. Ce n’est pas ce que je préfère. Bien sûr, en arrière-plan, il y a les SS et les massacres de civiles. Une atmosphère très sombre, violente et sans concessions.
L’enquête sur les agresseurs du vieil homme traîne aussi en longueur. Elle est un prétexte pour nous révéler ces faits méconnus. Mais elle est également prétexte à se poser les questions de notre époque : faut-il vraiment faire justice quand les coupables sont des vieillards fragiles ? Que ferions-nous si nous avions connaissance de faits épouvantables, les dénoncerions-nous ? Détournerions-nous le regard ?
Où acheter ?
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Des personnages sans arc narratif : ma grande frustration
Les personnages du roman, qu’ils soient du passé ou du présent, n’ont pas réellement d’arc narratif et c’est dommage. La brutalité de Klaus est juste expliquée par un évènement traumatisant pendant La guerre d’Hiver.
Quant à Albert, j’ai vite compris qu’il était le lien entre les deux temporalités. Mais j’aurais attendu une évolution pendant et après la guerre, nous le connaissons par une multitude de scènes qui se succèdent, mais dont il est difficile de cerner l’impact sur lui. Et pourtant, n’y aurait-il pas eu beaucoup à dire sur les sentiments d’un jeune homme jeté non seulement au milieu de la guerre, mais aussi de massacres de civils ? Au lieu de cela, j’ai eu l’impression de lire l’histoire de deux hommes, peut-être même trois, totalement différents.
Quant aux péripéties des policiers contemporains, elles ne m’ont pas vraiment marquée. L’auteur doit être fâché avec les arcs narratifs.
L’écriture, entre bonne accroche et remplissage
Elle n’est pas désagréable et j’ai été happée par la première phrase :
Incipit :
« La porte craque et deux soldats pénètrent dans le chalet, suivi par un courant d’air glacé chargé de givres. Leurs capotes grises, longues jusqu’à mi-mollet, sont munis à un revers du col d’une patte frappée de deux S en forme d’éclairs stylisés. »
J’ai néanmoins trouvé que des phrases (et même des scènes entières) n’étaient que du remplissage :
Citation :
« Palovita regarda l’heure. Il faisait déjà nuit. Il s’était remis à pleuvoir. Il attrapa sur le coin de son bureau les papiers qu’ils avaient saisis dans la maison abandonnée et les fourra dans sa sacoche d’ordinateur. Il les lirait chez lui. Il éteignit ensuite la lumière de son bureau, puis celle du couloir et sortit par l’arrière pour rejoindre le parking. »
Mes notes
| Univers narratif | 5.0/5 |
| Personnages | 3.0/5 |
| Intrigue | 4.0/5 |
| Écriture | 3.0/5 |
| Moyenne | 3.8/5 |
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Info-livre : Tous les silences d’Arttu Tuominen

Éditeur : Points. Policier
ISBN : 979-10-414-2068-1
Date de parution : 12/09/2025

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