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Les orphelins Une histoire de Billy the Kid d’Éric Vuillard

L’essentiel sur Les orphelins d’Éric Vuillard
Quel est le genre de ce livre ?
Biographie historique revisitée/Récit historique engagée
Quels sont les thèmes principaux ?
- Les États-Unis au temps de la conquête
- Billy the Kid
- Déconstruction d’un mythe
Quel est le niveau de lecture ?
Moyen : écriture fluide, mais récit dense
Quel est le nombre de pages ?
176
Pour qui est‑ce fait ?
- Pour les lecteurs curieux de l’histoire de l’Ouest américain qui veulent dépasser la légende et comprendre les mécanismes économiques et politiques
- Pour les admirateurs d’Éric Vuillard
- Pour les lecteurs qui aiment les récits courts et percutants
À qui ne pas le recommander ?
- Aux lecteurs qui attendent une biographie complète et documentée de Billy the Kid
- Aux lecteurs irrités par les auteurs qui orientent sans déclarer leurs intentions
- Aux lecteurs en quête d’un vrai western, d’action et d’aventure
Dans Les orphelins, Éric Vuillard déconstruit le mythe de Billy the Kid, pour en faire une victime émouvante de la violence d’un pays en train de naître. Mais dans un monde qui n’édifie plus de mythes, et ne croit plus aux légitimations morales des guerres, il arrive un peu tard.
Sommaire
Comment Vuillard réécrit le premier meurtre de Billy the Kid
Le récit commence par la réécriture du premier meurtre de Billy the Kid. Après avoir donné le seul élément historique dont on dispose, le témoignage écrit de la victime, Éric Vuillard déconstruit le mythe de l’honnête artisan tué par « un jeune prodige du barillet ». Frank Cahill était en réalité une crapule qui rudoyait Billy.
Fascinant et agaçant : la méthode Vuillard
Jusqu’ici, je n’avais croisé que l’insupportable gamin aux dents en avant et voleur de caramels dans Lucky Luke. Autant dire que je ne savais rien de lui. J’ai donc été surprise de le retrouver sous la plume d’Éric Vuillard. Curieuse aussi d’en apprendre plus sur ce personnage mythique.
La première surprise a été d’apprendre que le mythe a été construit sur du vide. En effet, aucune certitude n’existe sur Billy, ni sur sa date de naissance, ni même sur son nom, pas plus que sur le nombre de ses victimes. Enfin, sa mort, racontée par le shérif qui l’a tué, est aussi sujette à caution. Une question qui ne date pas d’aujourd’hui, puisque son tueur n’a jamais touché la prime promise, personne n’étant sûr que le cadavre était bien celui de Billy. Comment se construit un mythe sur du rien ? J’aurais adoré comprendre, mais ce n’est pas l’objet du livre.
Si le thème du livre n’est pas la construction du mythe de Billy the Kid, quel est-il donc ? Voilà une question fort agaçante qui ne manque jamais de se poser quand je lis un des livres d’Éric Vuillard. D’un côté, ses récits me fascinent, ne serait-ce que par le choix de ses sujets, des histoires à la fois puissantes et méconnues (l’Anschluss, la fin de la guerre d’Indochine). Mais de l’autre, j’ai la désagréable impression qu’il me dicte ce que je dois penser, sans jamais le dire clairement.
Selon Éric Vuillard, Billy the Kid est un pauvre orphelin, victime de la violence de l’endroit et de l’époque.
« Il essaya sans doute de l’éviter, on sait, d’après d’autres témoignages, que depuis quelques jours, l’homme s’en prenait à Billy, le rudoyait ; il se moquait de lui, et, parfois, le giflait. Billy a dû avoir peur. »
Pourquoi pas ? Mais un sale type qui rudoie un sale type, ça existe aussi, non ? Il n’en reste pas moins une victime. Et comment être certain que Billy a eu peur ? D’ailleurs, le sous-titre a l’honnêteté de préciser qu’il s’agit d’une histoire de Billy the Kid et pas de l’histoire définitive.
Plus tard, la violence devient légale. Comment alors ne pas penser à la police de l’immigration américaine (ICE), qui sévit aujourd’hui là où Billy et ses acolytes tentaient de survivre ? Le lecteur est prêt à conclure que les États-Unis sont un pays violent. Certes, c’est incontestable, mais quelle leçon devons-nous en tirer ?
En effet, le mythe est plutôt réconfortant, un affreux, responsable de 21 morts, est à son tour abattu par un représentant de la loi. Fin de l’histoire. Derrière ce conte moral, nous dit l’auteur, il y a la construction violente d’une société capitaliste. Comme si le massacre des Indiens, l’esclavage et le racisme systémique n’avaient pas réussi à nous convaincre.
De plus, notre société actuelle croule sous les informations, vraies ou fausses, et les mythes n’ont plus le temps de se construire. En revanche, le jeu serait plutôt de démonter les mensonges. Qui croit, aujourd’hui, que l’intention de Donald Trump n’a jamais été de venir au secours du peuple iranien quand il a envoyé ses bombes ? Bref, j’ai eu l’impression qu’Éric Vuillard enfonçait des portes ouvertes.
Lisez-le si l’histoire de l’Ouest américain vous intéresse parce qu’il y a beaucoup de choses à apprendre, mais gardez à l’esprit que l’auteur joue avec les émotions pour vous convaincre.
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Nouveau-Mexique, fin du XIXe : un monde de violence et d’impunité
Le récit se déroule au XIXe siècle au Nouveau-Mexique. La guerre de Lincoln, qui fit plus d’une centaine de morts, eut lieu en 1878. Elle est célèbre à cause des figures de l’Ouest américain, dont Billy the Kid, qui y ont pris part. Éric Vuillard rapporte cet épisode que j’ai trouvé confus (beaucoup de personnages qui peinent à tenir leur place dans une livre de moins de 200 pages).
Billy the Kid, Jesse Evans : mythe contre oubli
Billy the Kid
Comme beaucoup de personnages mythiques dont la mort est sujette à caution, des témoins disent l’avoir vu après son décès. Des hommes ont également prétendu être le véritable Billy the Kid.
Jesse Evans
Bizarrement, la photo en couverture du livre montre le chef de la bande adverse de Billy pendant la guerre de Lincoln. La photo de Jesse Evans présente un mélange de tranquillité et de douceur, démenti par le colt tenu par une jeune fille. Comme une provocation. Mais Jesse Evans n’est pas devenu un mythe. Pourquoi ? Quelle différence y-a-t-il entre eux ?
Une écriture coup de poing au service d’une thèse
Elle vous plonge directement dans l’histoire.
Incipit :
« À dix-sept ans, il tua son premier homme. C’est alors que sa vie commence. »
C’est une écriture fluide, mais coup de poing.
Citation :
« À cette étape de l’histoire américaine, le Kid et ses semblables ont joué leur petit rôle dans la marche du monde, ils ne sont désormais plus nécessaires à l’épanouissement primitif des grandes inégalités. »
Mon avis en bref
Grâce au talent d’Éric Vuillard, Les orphelins est un récit historique plaisant à lire, mais ça n’en fait pas pour autant un grand livre.
Ma note subjective : 3/5
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Pensez-vous qu’un auteur est en droit d’interpréter les pensées de personnages historiques réels pour défendre une thèse, ou est-ce une forme de manipulation du lecteur ? Dites-le-moi en commentaires.
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Info-livre : Les orphelins, Une histoire de Billy the Kid d’Éric Vuillard

Éditeur : Actes Sud
ISBN : 978-2-330-21755-6
Date de parution : 28/01/2026

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