L’île de Sigríður Hagalín Björnsdóttir : et si l’Islande se retrouvait seule au monde ?

En arrière-plan, une carte de l'Islande et au premier plan, la couverture du livre de Sigridur Hagalin Bjornsdottir, L'île

L’essentiel sur L’île de Sigríður Hagalín Björnsdóttir

Quel est le genre de ce livre ?

Science-fiction islandaise / Fable politique

Quels sont les thèmes principaux ?
  • Effondrement de la société islandaise
  • Dérive fasciste
  • Rejet des étrangers
  • Collusion entre médias et pouvoir
Quel est le niveau de lecture ?

Moyen : écriture fluide, mais narration fracturée

Quel est le nombre de pages ?

302

Pour qui est‑ce fait ?
  • Pour ceux qui aiment les romans qui utilisent un scénario catastrophe pour radiographier une société
  • Pour ceux qui s’intéressent à l’Islande : la géographie, l’histoire et la fragilité économique
  • Pour ceux qui ont aimé Station Eleven ou Dans la forêt et qui cherchent un équivalent européen
À qui ne pas le recommander ?
  • À ceux qui attendent une intrigue tendue et des personnages dont ils comprennent la psychologie
  • À ceux qui cherchent une analyse des mécanismes qui conduisent à l’effondrement
  • À ceux qui aiment une structure narrative linéaire

Sommaire

La terreur du monde postapocalyptique de L’île de Sigríður Hagalín Björnsdóttir est amplifiée par les spécificités islandaises : l’impossibilité de fuir d’une île et l’absence d’arbres ou de forêts pour s’y cacher ou s’y réfugier. Ce sont des choix pour les continentaux qui subissent la perte de ce qu’ils prenaient pour acquis. Mais j’ai regretté que l’autrice documente l’effondrement sans en documenter les ressorts.

Le point de départ de l’histoire

Un homme récupère une brebis et ses deux agneaux qui viennent de naître. Il vit dans une ferme isolée et bien cachée, abandonnée depuis des dizaines d’années. Il a peur, ne veut pas qu’on le retrouve, évite de faire du feu, parce que la fumée indiquerait sa position.

Des années auparavant, Hjalti prépare un dîner pour ses amis, mais à aucun moment, il n’a pensé aux deux enfants de sa compagne, Maria. La soirée est gâchée, Maria quitte Hjalti.

Hjalti est journaliste, donc aux premières loges quand un curieux incident se produit : il n’y a plus de réseau, et lorsqu’il fonctionne de nouveau, ce n’est que pour l’Islande. Plus aucun avion n’atterrit, plus de bateau en provenance de l’étranger. Quant à ceux qui ont quitté l’Islande, silence radio. On envoie bateaux et avions en reconnaissance, mais on perd le contact et ils ne reviennent pas.

Bienvenue dans un monde postapocalyptique islandais.

L’Islande est une île, ce qui rend la situation encore plus effrayante. Sur un continent, les populations ont toujours la possibilité de fuir ou de se mettre en quête d’un endroit où la vie sera plus supportable (Station Eleven d’Emily St. John Mandel), mais pas en Islande.

Mais il y a pire : il n’y a pas d’arbres en Islande ; les forêts ont été rasées pendant la colonisation viking et le climat a empêché qu’elles se reconstituent. Par conséquent, pas d’endroit où se cacher pour être en sécurité, comme le font Eva et Nell (Dans la forêt de Jean Hegland). D’où la frayeur de l’homme aux brebis quant à être retrouvé.

Enfin, les ressources alimentaires de l’Islande sont limitées. L’agriculture ne représente que 1 % du PIB. Si l’Islande est un pays riche, ce n’est que depuis deux générations. Et c’est grâce à l’industrialisation de la pêche d’une part ( les produits représentent 60 % de l’exportation) et à l’explosion du tourisme d’autre part. (Source : Wikipédia). Ces deux secteurs s’effondrent dans le roman.

Prenant, mais davantage un constat qu’une analyse

L’île est prenant et se lit facilement. Il est encore plus terrifiant si on connaît un peu l’Islande. Et c’est cette spécificité islandaise qui l’empêche d’être seulement un roman postapocalyptique de plus. De surcroît, le lecteur a deux points de vue différents. Hjalti profite de la situation. Maria, quant à elle, est une violoniste d’origine espagnole et a un petit garçon noir. Elle subit de plein fouet la xénophobie montante. En clair, Hjalti représente la cause, Maria les conséquences.

L’île aborde évidemment des thèmes universels : dérive vers le chaos et le fascisme, collusion entre les médias et le pouvoir, rejet des étrangers. Mais l’autrice ne décrit pas les mécanismes qui y conduisent, bien sûr, on les connaît plus ou moins. Faute de décryptage, le livre est davantage un empilement de conséquences qu’une analyse et je l’ai regretté.

C’est une fable politique, où la question, comment survivre et à quel prix, l’emporte sur le postulat de départ et vous ne connaîtrez pas la cause de l’isolement du pays, pourtant on ne peut plus intrigant.

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Hjalti : le témoin intelligent qui ne voit rien

J’ai lu cette phrase, dans la bouche d’un des personnages :

« Les salauds sont inoffensifs tant qu’ils sont seuls. Ils ne deviennent dangereux que lorsque des gens intelligents, des esprits éclairés, n’interviennent pas, voire participe à leurs folies. »

Et là, je me suis dit que Hjalti était un participant de compétition. En effet, il est loin d’être un salaud et il part à la recherche de Maria. En revanche, il ne voit rien et ne déchiffre rien. J’aurais aimé mieux comprendre sa psychologie.

Quant au Premier ministre islandais, il s’agit d’une gracile et ravissante jeune femme. Certes, l’Islande est le pays le plus avancé en matière d’égalité hommes-femmes, mais j’ai trouvé ce personnage féminin un peu cliché.

Une écriture fluide au service d’un récit glaçant

L’écriture est fluide et on entre rapidement dans le vif du sujet :

Incipit :

« La lumière filtre à travers la grisaille, illumine la crête de la montagne et inonde le bas du fjord comme une cascade de lait. Le deuxième agneau est sorti, il tombe sur les pierres du rivage, son pelage est brun-roux, comme celui du premier. »

Mais, il est parfois difficile d’en saisir toutes les subtilités

Citation :

« Maria empoigna vigoureusement Elias pour l’emmener loin de la fenêtre en hurlant aux femmes et aux autres enfants, courez, courez aussi vite que vous le pouvez ! »

Courez ! C’est la seule chose à faire. Il n’y a aucun endroit pour se cacher. C’est de la roche, de la mousse, du désert volcanique.

Mes notes

Univers narratif5.0/5
Personnages3.0/5
Intrigue4.0/5
Écriture4.0/5
Moyenne4.0/5
Consultez ma grille de notation détaillée pour mieux comprendre mes choix

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Si votre pays se retrouvait du jour au lendemain coupé du reste du monde, pensez-vous qu’il pourrait survivre en autarcie ? Dites-le-moi en commentaires.

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Info-livre : L’île de Sigríður Hagalín Björnsdóttir

Couverture du livre de  Sigríður Hagalín Björnsdóttir, L'île

Éditeur : Babel
Traducteur : Éric Boury
ISBN : 978-2-330-18730-9
Date de parution : 03/01/2024

Photo de Catherine Perrin

Je m’appelle Catherine, et je suis blogueuse littéraire

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