Les dames de Kimoto de Sawako Ariyoshi : la biographie d’une seule femme, pas d’une lignée

En arrière-plan, un koto, instrument traditionnel japonais. Au premier plan, la couverture du livre de Sawako Ariyoshi, Les dames de Kimoto
Haba joue du koto, instrument de musique traditionnel

L’essentiel sur Les dames de Kimoto de Sawako Ariyoshi

Quel est le genre de ce livre ?

Portrait de femme/Chronique des mœurs japonaises, ère Meiji-Taishō

Quels sont les thèmes principaux ?
  • Japon du XXe siècle
  • Épouse parfaite
Quel est le niveau de lecture ?

Moyen : écriture soutenue avec beaucoup de descriptions

Quel est le nombre de pages ?

313

Pour qui est‑ce fait ?
  • Pour les lecteurs qui préfèrent un portrait psychologique dense à une intrigue mouvementée
  • Pour les amateurs de littérature japonaise attentifs à la matière : kimonos, cérémonies, objets
À qui ne pas le recommander ?
  • À ceux qui cherchent une vraie saga à trois voix avec une évolution féministe crédible sur trois générations
  • À ceux qui veulent un ancrage historique fort sur le Japon du XXe siècle

Les dames de Kimoto de Sawako Ariyoshi raconte avec une écriture classique la vie d’une parfaite épouse japonaise, Hana, au début du siècle dernier. Le roman est subtilement féministe, même si la révolte de sa fille pendant ses années étudiantes n’aboutit à rien.

Sommaire

Le point de départ de l’histoire

Toyono et sa petite-fille, Hana, se rendent au temple Jiso le jour où Hana va cesser d’appartenir à sa famille pour « être admise comme bru dans une nouvelle famille ». La grand-mère, sachant qu’elle n’aura plus souvent l’occasion de revoir la jeune femme, a voulu passer un moment, seule, avec elle.

Quelques heures plus tard, Hana embarque sur le fleuve Ki. D’autres barques suivent avec les cadeaux, les hommes de la famille et les domestiques.

Ce que j’ai pensé du roman : une promesse éditoriale non tenue

Une biographie imaginaire plutôt qu’une saga

J’ai d’abord été séduite par la sérénité des deux femmes, la description des kimonos et du mariage, mais l’histoire que j’attendais n’est jamais vraiment arrivée. En effet, la quatrième de couverture parle de trois générations de femmes. En réalité, c’est surtout la vie d’Hana qui se déroule sous nos yeux, ainsi que ses réactions aux comportements de sa fille aînée, Fumio, et de sa petite-fille.

Fumio vue par les yeux de sa mère

Lorsque Fumio est étudiante à Tokyo, nous connaissons sa vie grâce aux lettres qu’elle envoie à ses parents, mais nous ne découvrirons la réalité que quand Hana rend visite à sa fille. Et les missives étaient loin de tout raconter. Cette scène est également frappante par la réaction de Fumio et représentative du livre. Bien que Fumio ait compris que sa mère voulait la marier (mariage arrangé, cela va de soi), elle comprend qu’elle est incapable de s’ opposer à sa mère.

Une épouse et seulement une épouse

Des événements dramatiques se produisent dans la vie d’Hana, mais elles ne font souvent l’objet que de quelques lignes, même s’il s’agit de pertes de proches. Et ce manque d’attention à des événements dramatiques rend l’intrigue plate, de même que le peu d’intérêt que porte Hana à l’Histoire de son pays.

Où acheter Les dames de Kimoto de Sawako Ariyoshi ?

Note : Les liens d’achat vers ce livre sont des liens affiliés. Si vous passez par eux pour effectuer un achat, je reçois une petite commission sans surcoût pour vous. Votre soutien aide à maintenir ce blog. Merci.

Acheter d’occasion
Recyclivre
Poche neuf
Eyrolles
Numérique
Eyrolles

Voir le comparatif de mes partenaires

Wakayama, un décor sans Histoire

L’histoire se déroule à Wakayama (Japon) du début du XXe siècle à l’après-guerre, après la défaite des Japonais contre les Américains (l’ère Meiji puis Taishō). Mais le contexte historique est très peu décrit et j’aurais aimé plus de détails. Sauf qu’en y réfléchissant, Sawako Ariyoshi nous raconte l’époque surtout du point de vue d’Hana ; et elle se préoccupait plus des conséquences que la Deuxième Guerre mondiale avait sur sa famille que de l’évolution et des soubresauts politiques de l’empire japonais.

En revanche, les descriptions d’objets et de vêtements, plus proches de ce qui intéressait Hana, m’ont emportée au Japon. Et celles du fleuve Ki (titre original du livre), presque un personnage de l’histoire, sont somptueuses.

Les figures du roman

Hana

J’ai eu l’impression que Sawako Ariyoshi nous décrivait la parfaite épouse japonaise, belle, intelligente et élégante. De plus, elle a tellement intériorisé son rôle (grâce à sa grand-mère) qu’elle est devenue ce rôle. À peine peut-on percevoir qu’elle aurait pu être une tout autre personne.

Une parfaite épouse, pleine d’attention pour sa belle-famille. Mais qu’en est-il d’Hana en tant que mère ? Elle voit tout à travers le prisme de son rôle d’épouse ; elle se doit donc d’avoir des enfants dignes de la famille : un fils aîné capable de succéder à son père, et des filles qui puissent devenir, à leur tour, de bonnes épouses. Croyez-moi, vous n’auriez pas aimé l’avoir pour mère, même si d’apparence, Hana n’est que douceur et sérénité.

A-t-elle été heureuse ? Je ne suis pas certaine que la question se posait pour elle. Du moins jusqu’au jour où son mari meurt, et voici ce qu’elle pense alors :

« D’après elle, une femme même forte et intelligente, qui n’avait pas d’homme au côté duquel se tenir, était inévitablement condamnée »

Fumio

Elle est d’abord un garçon manqué, au grand désespoir de sa mère qui n’arrive pas à lui donner l’éducation adéquate d’une future épouse. Fumio ment souvent, mais peut-elle faire autrement ?

Lorsque, plus tard, elle fait ses études à Tokyo, elle est séduite par les mouvements féministes des années 1920. Mais cela ressemble davantage à une révolte contre sa mère qu’à de réelles convictions qu’elle les abandonne d’ailleurs très vite. Fumio se marie-t-elle ? La réponse est oui et l’histoire est savoureuse. Je vous laisse découvrir ce qu’elle devient par la suite.

Hanako

La fille de Fumio a 27 ans lorsque se termine le livre et on la connaît surtout par les yeux d’Hana qu’elle adore. Mais, même si la société, après la Deuxième Guerre mondiale, a changé, il est difficile d’en savoir beaucoup sur elle.

Les autres personnages

Ils sont à peine esquissés, peut-être, à l’exception de Kôsaku, le beau-frère d’Hana. S’ils meurent, l’information est expédiée en une phrase.

Une écriture posée, presque XIXe siècle

Incipit :

« Tenant sa petite fille Hana par la main, Toyono gravissait l’escalier de pierre d’une démarche décidée qui surprenait chez une femme de cet âge. »

Elle accumule les descriptions et laisse peu de place à l’émotion, comme dans la scène du mariage d’Hana.

Citation :

« Le costume de “retour aux couleurs” dans lequel Hana fit sa rentrée se composait d’une robe de brocart gris argent orné d’un motif de fleurs de prunier roses dans le style des peintures de Kôrin, et d’un kimono de satin broché d’or. »

Avis et notes

Sawako Ariyoshi raconte l’histoire d’une femme puissante, mais qui n’a rien d’inspirant pour les femmes d’aujourd’hui. Hana ne cherche ni pour elle ni pour les autres ce qui est si important pour nous, bonheur et épanouissement personnel.

Univers narratif4.0/5
Personnages5.0/5
Intrigue3.0/5
Écriture4.0/5
Moyenne4.0/5
Consultez ma grille de notation détaillée pour mieux comprendre mes choix

À vous de jouer : Partagez votre avis !

Et vous, pensez-vous qu’on puisse être une femme « puissante » sans jamais chercher son propre épanouissement ? Dites-le-moi en commentaires.

Acheter d’occasion
Recyclivre
Poche neuf
Eyrolles
Numérique
Eyrolles

Voir le comparatif de mes partenaires

Si vous avez aimé détester le patriarcat d’Hana

Maintenant que vous êtes convaincu, grâce à Hana que la parfaite épouse japonaise du début du siècle dernier n’est une position confortable ni pour les uns ni pour les autres, revenons au féminisme, même s’il n’a pas entièrement convaincu Fumio.

Le secret des Islandaises
Eliza Reid

En arrière-plan, des femmes se tiennent par l'épaule et au premier plan, la couverture du livre d'Eliza Reid, Le secret des Islandaises
La solidarité féminine est un de leurs secrets

Toute une moitié du monde
Alice Zeniter

A l'arrière-plan, l'image est coupée en deux avec un style de chaque côté, au premier plan, la couverture du livre d'Alice Zeniter, Toute une moitié du monde.
Une littérature à qui il manque toute une moitié du monde

Info-livre : Les dames de Kimoto de Sawako Ariyoshi

Couverture du livre de  Sawako Ariyoshi, Les dames de Kimoto

Éditeur : Folio
ISBN : 978-2-07-279375-2
Date de parution : 15/11/2018

Photo de Catherine Perrin

Je m’appelle Catherine, et je suis blogueuse littéraire

Je donne mon avis, bien sûr, mais surtout des repères pour vous aider à savoir si un livre est fait pour vous.
Un mot, une image, un lien… rejoignez-moi là où on parle lecture :

Envie d’encore plus de lecture ? Rejoignez les 700+ abonnés de la newsletter gratuite Dequoilire et recevez votre carnet de lecture : 10 livres coup de poing.

Vos données ne seront jamais partagées

En savoir plus sur l’utilisation des données

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *