Danser encore — Charles Aubert

En arrière-plan, des gants de boxe, et au premier plan, la couverture du livre de Charles Aubert, Danser encore
Un boxeur tsigane sous le nazisme

J’ai lu Danser encore de Charles Aubert, un témoignage littéraire sur les Roms déportés qui m’a profondément marquée. À travers la figure oubliée de Johann Trollman, boxeur tsigane brisé par le régime nazi, ce livre court mêle histoire vraie et émotion contenue. Un livre que je vous recommande sans hésiter.

Sommaire

Comment débute le livre ?

L’auteur s’attarde sur la photo sépia en couverture et la compare à des photos d’autres boxeurs. J’ai regardé le cliché avec fascination, c’est vrai que de la douceur se dégage du jeune homme (il avait 21 ans) ; il ne m’a pas été possible de dénicher des photos où il a l’air plus menaçant. Ce que les boxeurs cités dans la biographie ne semblaient pas trouver si difficile, même si on peut les voir souriants et avenants sur certains portraits.

Photo de Jack Dempsey
Jack Dempsey
Photo de Johann Trollman
Johann Trollman
Photo de Joe Louis
Photo de Joe Louis

« Il a beau serrer les poings, braver l’objectif d’un regard d’acier, on devine qu’ils vont tout lui prendre. »

Qui était Johann Trollman, dit Rukeli ?

Né en 1907 et tué en 1943 (à 35 ans) parce qu’il était tsigane, Rukeli était un boxeur de nationalité allemande. Il remporte le championnat d’Allemagne mi-lourd en 1933, dont il est déchu une semaine plus tard parce que sa façon de combattre « n’était pas allemande ». En 2003, la Fédération de boxe allemande le reconnaît officiellement comme le vainqueur du championnat de 1933.

Qu’en ai-je pensé ?

Le titre du livre, Danser encore, évoque le point de vue des nazies sur la boxe. Pas question de sautiller ou d’esquiver, seule la force brute est permise, les boxeurs doivent rendre coup sur coup.

Cette évolution du sport est parfaitement décrite par l’auteur, ainsi que l’angoisse de Rukeli, qui se voit, malgré sa forte popularité, interdire tout ce qui constitue son talent. L’angoisse est accentuée par l’évolution de la population allemande, les lois anti-juives, mais aussi les lois anti-tsiganes.

Dans le livre de Charles Aubert, Rukeli n’échappe pas à son destin, stérilisation d’abord, déportation, puis assassinat. Il fera cependant tout, pour protéger sa femme et sa fille. Certaines scènes sont aussi sobres qu’émouvantes, par exemple, celle où Olga insiste pour avoir un enfant alors que son mari trouve que ce n’est pas le moment.

Le livre oscille entre documentation et narration. Pour moi, qui aime discerner le vrai de la fiction, c’est parfait. Mais si ce n’est pas votre cas, vous trouverez peut-être un manque d’unité.

Évidemment, vu d’aujourd’hui, il est facile de se demander pourquoi Rukeli n’a pas fui avant qu’il soit trop tard. C’est oublier un peu vite que relativement peu de gens ont compris ce qui se passait réellement. Olga, la femme de Rukeli incarne cette lucidité si rare, elle pressent le danger, le pousse à faire des choix. Enfin, elle apporte l’émotion que l’apparente indifférence du boxeur tient à distance.

J’ai refermé le livre avec un soupir : n’en aurons-nous jamais fini de découvrir les exactions des nazies ? Et, n’en aurons-nous jamais fini avec ce qu’il y a de plus mauvais dans l’être humain ? Lisez Danser encore parce qu’il rend hommage à une figure oubliée, à un destin brisé, car tsigane..

Envie de le lire ?

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Quels sont les thèmes ?

  • Un boxeur tsigane sous le nazisme
  • Biographie romancée
  • Persécutions nazies
  • Mémoire effacée des persécutions tsiganes
  • Instrumentalisation du sport par un régime totalitaire
  • Deuxième Guerre mondiale

Pourquoi cette renaissance tardive ?

Plusieurs centaines de milliers de Tsiganes furent internés, stérilisés de force, déportés dans des camps, puis exterminés.

Ce n’est pourtant qu’en 1982 que la RFA a reconnu qu’ils avaient été persécutés pour des raisons raciales. Il a fallu encore plus longtemps en France, malgré le combat de Simone Veil qui a dénoncé dès 1979, alors qu’elle était Présidente du Parlement européen, l’ignorance persistante de leur destin tragique dans la mémoire collective.

Comment ne pas s’indigner devant cette différence de traitement, comme si la souffrance de certains valait moins que celles d’autres. Et comment ne pas voir comme une évidence, que nous avons encore du chemin à faire en matière d’égalité des droits ?

Comment est-ce écrit ?

L’écriture est tantôt journalistique (énumération des combats)…

Citations :

« Rukeli entame l’année 1932 par un combat contre Franz Boja, au Berghaus de Hanovre. Victoire aux points en dix rounds. Son nouveau programme d’entraînement commence à porter ses fruits. »

… tantôt émouvante (quand elle évoque les rapports de Rukeli avec sa famille ou l’étau qui se resserre).

« En ce mois de décembre 1932, la solution qu’ont trouvée Carlo et tant d’autres jeunes Allemands comme lui : passer du côté des bourreaux pour espérer ne jamais faire partie des victimes. »

Mon avis en résumé

Ce que j’ai aimé

  • Un livre sur la mémoire effacée
  • Le parallélisme entre l’évolution des règles de la boxe et le nazisme

Ma note

Il y a des livres qu’il faut lire, peu importe qu’on soit sensible au personnage ou à l’univers, parce qu’ils disent l’essentiel. Danser encore en fait partie. 5.0/5

Un des meilleurs livres de poche de l’année

Lecture un peu exigeante

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Du côté des bourreaux

Si l’Allemagne nazie vous intéresse, voici deux livres que je vous recommande :

Erika Sattler
Hervé Bel

A l'arrière-plan, un avion de combat et au premier plan la couverture du livre de Hervé Bel, Erika Sattler
L’histoire vue par une Allemande nazie

La mort est mon métier
Robert Merle

En arrière plan, Ne pas oublier, au premier plan, couverture du livre de Robert Merle, La mort est mon métier
L’histoire d’un homme dénué de toute empathie, de toute humanité.

Info-livre : Danser encore par Charles Aubert

Couverture du livre de Charles Aubert, Danser encore

Éditeur : Folio
ISBN : 978-2-07-307815-5
Pages : 192
Date de parution : 08/05/2025

Photo de Catherine Perrin

Je m’appelle Catherine, et je suis blogueuse littéraire

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