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Le bureau des audacieuses de Mélanie Sadler : quand la fiction dessert une héroïne bien réelle

L’essentiel sur Le bureau des audacieuses de Mélanie Sadler
Quel est le genre de ce livre ?
Roman biographique documenté/Roman historique de la Belle Époque
Quels sont les thèmes principaux ?
- Journalisme
- Féminisme
- Belle Époque
Quel est le niveau de lecture ?
Moyen : écriture fluide, mais évènements historiques survolés
Quel est le nombre de pages ?
384
Pour qui est‑ce fait ?
- Les lecteurs curieux de découvrir l’histoire méconnue des premières femmes journalistes françaises, même à travers un traitement romanesque inégal.
- Les amateurs de la Belle Époque et de l’affaire Dreyfus qui apprécient de retrouver ce contexte historique en toile de fond d’une fiction.
- Les lecteurs qui aiment picorer des figures féminines oubliées de l’Histoire sans exigence particulière sur la profondeur psychologique des personnages.
À qui ne pas le recommander ?
- Aux lecteurs qui cherchent une véritable immersion dans la psychologie et le courage de Séverine, plutôt qu’un survol de sa vie.
- À ceux qui sont mal à l’aise avec le flou entre faits réels et scènes inventées
- Aux amateurs d’une plume ciselée ou marquante
Le bureau des audacieuses de Mélanie Sadler est une biographie romancée de la journaliste Séverine (1855-1929), première femme journaliste de France. L’œuvre n’est pas assez romancée, peut-être pour que je m’enthousiasme pour le personnage et beaucoup trop à mon goût pour que j’arrive à la cerner. De plus, le très riche contexte historique est distillé à petite dose. Lisez l’article pour en savoir plus.
Exemplaire reçu via le Club Lecture du magazine Lire
Sommaire
Séverine, une jeune femme dans un journal d’hommes
En 1883, une jeune femme descend d’un fiacre et pénètre dans les locaux du journal Le cri du peuple. Elle y est accueillie chaleureusement par Jules Vallès, mais fraîchement par les autres journalistes qui ne supportent pas qu’une femme publie des articles.
Jules Vallès se souvient de sa rencontre avec Caroline Rémy, c’est grâce à lui qu’elle est devenue journaliste. Elle a d’abord utilisé Séverin comme nom de plume (pour être pris au sérieux), puis Séverine.
Une héroïne réelle, un courage flou
Séverine a réellement existé : c’est l’une des premières femmes journalistes françaises. Une femme journaliste à la Belle Époque, alors qu’elles étaient considérées comme mineures ? Ce titre ne pouvait que me faire de l’œil. Hélas ! J’attendais de rencontrer une femme inspirante, mais j’ai dû me contenter de bribes factuelles de sa vie ou de scènes fictionnalisées sans grand intérêt, telles celles qui la montrent en promenade ou cultiver son jardin.
L’autrice décrit une scène angoissante quand Séverine échappe de peu à un homme armé, mais cette scène a-t-elle réellement eu lieu ? Impossible de le savoir, Mélanie Sadler précise bien qu’il s’agit d’un roman. Cela a pourtant son importance : hormis le mépris et les moqueries, cette femme courageuse a-t-elle mis sa vie en danger ?
Autre sujet de frustration : la création du journal La Fronde, un quotidien dont toutes les collaboratrices sont… des collaboratrices. Comment Marguerite Durand a-t-elle réussi cet exploit ? Même si le financement était sans doute masculin (les femmes n’ayant pas le droit de gérer leur patrimoine), ça reste quand même une prouesse. L’autrice nous donne à voir les journalistes et les typographes au travail, une fois que le journal a été créé, mais rien sur sa réalisation proprement dite.
Mélanie Sadler décrit également certaines difficultés auxquelles elles ont dû faire face. Par exemple, les journalistes femmes ne pouvaient obtenir de carte de presse, et les typographes femmes ne pouvaient travailler la nuit. Est-ce que la façon de détourner ces obstacles correspond à la réalité ?
Ce flou dérange parce qu’il empêche de mesurer leurs vrais courages. Dans la même veine, certains faits réels, plus ou moins connus, semblent être là en tant que décor. Ça n’arrange rien.
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L’affaire Dreyfus et les occasions manquées
Les réactions de Séverine aux évènements de l’époque auraient pu nous renseigner sur sa personnalité. Et quelle affaire est plus emblématique que celle qui a envoyé le capitaine Dreyfus au bagne ? Elle assiste à son deuxième procès, mais nous n’en saurons rien, si ce n’est qu’il a été cette fois encore déclaré coupable. En revanche, nous suivrons une promenade de Séverine et de Marguerite qui annonceront à une paysanne qu’elles sont dreyfusardes. L’importance de cette promenade m’a échappé.
Mélanie Sadler semble choisir les faits sur lesquels elle s’étend : l’antisémitisme de l’époque est parfaitement rendu, le rôle de Zola dans l’affaire Dreyfus bien décrit. En revanche, celle-ci est survolée, ce qui peut dérouter les lecteurs n’ en connaissant pas les détails.
Il est vrai que beaucoup de choses se sont passées ces années-là et l’autrice tente de tous les inclure, grèves, révoltes, massacre d’Arméniens, mais chaque fois de façon superficielle. Quant à l’affaire Labaudy, elle est uniquement abordée sur l’angle privé : George a-t-il trahi Séverine ? A-t-il accepté des pots-de-vin pour convaincre Séverine de cesser ses articles ?
Il y avait pourtant beaucoup à en dire. Séverine a incriminé un jeune homme pour sa vie dispendieuse, mais aussi pour des passe-droits à l’armée. Le jeune homme est mort de tuberculose à 22 ans dans un sanatorium militaire avant l’arrestation de Georges pour extorsion. Il n’est fait nulle part mention de cette mort. C’est donc une occasion ratée de comprendre mieux Séverine.
Séverine et Marguerite Durand
Séverine (1855-1929)
Des textes de Séverine sont inclus dans le roman et confirment qu’elle était une femme inspirante :
« Ceux qui tuent journellement, lentement des travailleurs, par économie sur le matériel ou le salaire, le font du moins, il faut en convenir, dans des enceintes adhoc et privées, loin des beaux quartiers, sans scandale et sans bruit… d’une façon comme il faut. Le sang ne coule que par accident… Tandis que les explosions indignent, effrayent — tout le monde eut pu y être… »
À aucun moment, je n’ai retrouvé cette force dans le personnage de Séverine, telle qu’il est décrit dans le roman.
Son côté sombre, elle a écrit un temps pour le journal antisémite d’Édouard Drumond, La libre Parole est balayée d’un revers dans le roman, justifiée par le besoin de gagner de l’argent. Dommage que cet aspect n’ait pas été plus creusé.
Marguerite Durand (1864 – 1936)
Elle joue un rôle important dans le livre et quelques anecdotes savoureuses lui sont rattachées, l’autrice parle peu de ses actions en faveur d’un journal féminin. Elle a pourtant obtenu le droit de travailler la nuit pour les typographes.
Une écriture qui manque de souffle
Je l’ai trouvée plutôt plate :
Incipit :
« En ce soir glacé de décembre 1883, on peine à distinguer les silhouettes s’enfonçant dans la brume ».
Pas vraiment à la hauteur de la journaliste :
Citation :
« Séverine croise son reflet dans les vitres du fiacre, drôle de miroir aux touches impressionnistes. Marguerite, premier prix du Conservatoire, avait convaincu les critiques qui en un tour de plume faisaient et défaisaient la réputation des actrices et des acteurs. »
Mes notes
Décidément, je n’aime pas les romans qui parlent de personnes ayant réellement existé. Je fais leur connaissance à travers un filtre et ça ne me convient pas.
| Univers narratif | 3.0/5 |
| Personnages | 2.5/5 |
| Intrigue | 2.5/5 |
| Écriture | 3.0/5 |
| Moyenne | 2.8/5 |
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Vous arrive-t-il, comme moi, d’être mal à l’aise face aux romans qui mêlent personnages réels et scènes inventées sans qu’on sache faire la part des choses ? Dites-le-moi en commentaires.
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Info-livre : Le bureau des audacieuses de Mélanie Sadler

Éditeur : La Tribu
ISBN : 978-2-487858-70-1
Date de parution : 19/08/2026

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