Sukkwan Island de David Vann : quand le huis clos père-fils tourne au roman noir

En arrière-plan, un poisson d'Alaska et au premier plan, la couverture du livre de David Vann, Sukkvan Island
Univers5/5
Personnages3/5
Intrigue3/5
Écriture3.5/5

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L’essentiel sur Sukkwan Island de David Vann

Quel est le genre de ce livre ?

Nature writing tourné roman noir familial/Récit de dérive psychologique

Quels sont les thèmes principaux ?
  • Survie en Alaska
  • Huis clos
  • Relation père-fils
Quel est le niveau de lecture ?

Assez facile : écriture fluide

Quel est le nombre de pages ?

216

Pour qui est‑ce fait ?
  • Pour les lecteurs amateurs de nature writing américain
  • Pour les lecteurs qui s’intéressent aux relations père-fils
  • Pour les lecteurs curieux de la démarche littéraire de David Vann
À qui ne pas le recommander ?
  • Aux lecteurs qui ont besoin d’une intrigue vraisemblable
  • Aux lecteurs qui privilégient une progression dramatique portée par l’évolution des personnages
A-t-il reçu des distinctions ?

Prix Médicis étranger 2010

Sukkwan Island de David Vann s’ouvre sur une invraisemblance qui ne s’est jamais dissipée au cours de ma lecture. Au centre du roman, le basculement, non préparé, m’a sidéré et la fin de l’histoire a cessé de m’intéresser.

Sommaire

Un père, un fils, une cabane isolée en Alaska

Roy et son père Jim s’installent dans une cabane dans une baie minuscule au sud-est de l’Alaska. Ils ne peuvent l’atteindre que par bateau ou par avion. Ils n’ont aucun voisin.

Ils ont emporté de la nourriture pour les deux premières semaines. Ensuite, il leur faudra vivre de pêche et de chasse. Ils ont donc avec eux, carabines, fusil et pistolet.

Oui, mais voilà, cette façon de vivre est aussi nouvelle pour l’un que pour l’autre et ils se connaissent mal tous les deux parce que Roy, jusque-là, résidait avec sa mère en Californie. Et, là, une pensée me vient, qui me sort du livre et m’empêchera d’y rentrer tout à fait.

Pourquoi cette histoire m’a semblé invraisemblable

Voilà la pensée qui m’a bloquée : mais pourquoi la mère de Roy l’a-t-elle autorisé à passer un an dans un endroit pareil avec son père, inexpérimenté en la matière et abonné aux échecs ?

Alors oui, bien sûr, les Américains sont plus habitués que nous à la survie en pleine nature, ils aiment camper dans des parcs nationaux où vivent des ours, par exemple. Mais, dans ce cas, ils ne sont pas éloignés de tout, les sentiers sont balisés et les rangers patrouillent. Nous sommes loin d’une année à passer en autarcie dans un endroit totalement isolé.

Certes, la mère de David Vann avait accepté que son fils fasse cette expérience avec son père. David avait refusé et son père s’était suicidé peu de temps après. Mais il faut connaître la biographie de l’auteur, que je ne connaissais pas au début de ma lecture. Et j’ignore totalement si le contexte était exactement le même.

Ah ? Ce n’est donc pas un simple livre d’aventure ? Non, c’est l’ouvrage d’un auteur qui a un passif à régler avec la vie parce qu’il a failli se retrouver dans la même situation que Roy. Et je n’y ai pas trouvé mon compte de lectrice.

Roy, un narrateur dont on ne connaît jamais les pensées

Tout d’abord, le point de vue de la première partie est celui de Roy, mais on a très peu accès à ses pensées. À le voir vivre, j’avais envie qu’il retourne chez lui avec sa mère et sa sœur. J’ai donc attendu que quelqu’un vienne le secourir ou peut-être que sa mère commence à s’inquiéter de ne pas avoir de nouvelles.

Côté survie et nourriture, les choses se sont avérées plus difficiles que prévu, mais ils ont fini par engranger de quoi tenir l’hiver. En revanche, on ne peut pas dire qu’ils se connaissent mieux qu’au début du livre, sans doute parce qu’ils ont œuvré plus côte à côte qu’ensemble. Jim décide de ce qu’il y a à faire, Roy approuve et exécute.

Et puis « le drame violent et imprévisible » (quatrième de couverture) arrive. Attendez-vous à éprouver de la sidération, j’ai dû relire deux fois la phrase pour être sûr que j’avais bien compris.

Jim, ou l’ennui d’une seconde partie sans souffle

La deuxième partie est vue du côté de Jim, le père, et cette partie ne m’a pas intéressée du tout, au point que j’ai bien failli abandonner le roman. Mais je suis allée jusqu’au bout, suivant en cela le conseil de Delphine de Vigan à la fin du premier paragraphe :

« Lectrice, lecteur, si tu as cette chance, passe ton chemin, saute ces pages et entre dans ce roman vierge de tout commentaire et de toute représentation. Il sera toujours temps d’y revenir. »

Parce que commentaires, voire explications, j’en avais bien besoin !

Un conseil de lecture qui aurait pu me guider

En lisant la préface, ainsi que la postface de l’auteur, j’ai réalisé que tous les deux avaient chacun trouvé leur manière de se projeter dans le livre. Cela n’a pas été mon cas, mais ce pourrait être le vôtre. Et pour ça, le mieux est de lire le livre, comme le conseille Delphine de Vigan, sans idées préconçues. Et, dans ce cas, vous pourriez trouver une troisième façon qui n’est ni celle de Delphine de Vigan ni celle de David Vann. Donc, si les relations père-fils ou parents-enfants vous intéressent, ce livre pourrait bien être fait pour vous.

Photo personnelle de l'ancienne édition du livre posé sur une étagère de ma bibliothèque

Provenance : Cet exemplaire provient de ma bibliothèque personnelle

Où acheter Sukkwan Island de David Vann ?

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Un huis clos, au bout du monde

Le récit se déroule de nos jours, mais Jim a choisi un huis clos total sans technologie, à l’exception d’une radio. Ce qui rend la situation encore plus effrayante.

Le détroit de Tlevak où est située l’île de Sukkvan, existe bel et bien. Comme dans le livre de David Vann, les îles sont inaccessibles autrement que par bateau ou par avion. Un endroit tellement perdu et inconnu que si vous faites une recherche, vous trouverez surtout des chroniques de Sukkwan Island.

Les figures du roman

Le roman tourne surtout autour des personnages de Jim et de son fils Roy.

Jim

Ancien dentiste, il a raté beaucoup de choses. Sûr de lui pendant la journée, il pleure la nuit. C’est dans la deuxième partie, qu’on en apprend plus sur lui. Mais pourquoi a -t-il décidé de cette aventure avec son fils ? Certes, on sait d’où est venue l’idée de l’auteur. Mais pourquoi n’a-t-il pas creusé ce point pour son personnage ?

Roy

Malgré ses 13 ans, il est plus mûr et plus équilibré que son père. Il pêche, vide les poissons et les fait cuire pendant que son père essaie de compléter leur installation. Il n’a aucun souci non plus pour prendre sa carabine et accompagner son père à la chasse. Ce décalage de maturité entre un enfant de 13 ans et un homme est déroutant, et s’ajoutant à l’acceptation de la mère, a renforcé mon impression que cette histoire est invraisemblable.

La plume de l’auteur

L’écriture est très concrète et reste toujours dans les faits :

Incipit :

« On avait une Morris Mini avec ta maman. C’était une voiture minuscule comme un wagonnet de montagnes russes et un des essuie-glaces était bousillé, alors je passais tout le temps mon bras par la fenêtre pour l’actionner. »

Elle est idéale pour un roman de nature writing, mais beaucoup moins pour décrire des relations père-fils :

Citation :

« Roy avait du mal à s’endormir et demeura longtemps allongé les yeux ouverts. Quelques heures plus tard, il entendit son père sangloter. »

Pas un mot sur ce que ressent Roy. Le lecteur devra se contenter de savoir que celui-ci s’est levé plus tard que d’habitude.

Verdict

Sukkwan Island débute comme un roman de nature writing, dans un endroit que Roy commence par trouver magique, continue sur des relations père-fils assez peu compréhensibles. Il s’achève comme un roman noir américain que j’ai eu l’impression de ne pas avoir souhaité lire.

À vous de jouer : Partagez votre avis !

Et vous, avez-vous ressenti la même invraisemblance de départ dans Sukkwan Island, ou le postulat du roman vous a-t-il semblé acceptable dès la première page ? Dites-le-moi en commentaires.

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Info-livre : Sukkwan Island de David Vann

Couverture du livre de David Vann, Sukkvan Island

Poche
Éditeur : Gallmeister
ISBN : 978-2-404-08124-3
Date de parution : 16/06/2025

Photo de Catherine Perrin

Je m’appelle Catherine, et je suis blogueuse littéraire

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