Un monstre et un chaos d’Hubert Haddad : entre onirisme et horreur au ghetto de Lodz

En arrière-plan, l'étoile de David et au premier plan, la couverture du livre d'Hubert Haddad, Un monstre et un chaos

Avec Un monstre et un chaos, Hubert Haddad nous plonge dans l’enfer du ghetto de Lodz. Entre la précision historique et la poésie onirique, ce roman explore la survie au milieu du chaos et interroge le concept de monstre. Voici mon avis sur ce récit bouleversant.

L’essentiel sur Un monstre et un chaos d’Hubert Haddad

Quel est le genre de ce livre ?

Roman historique documenté

Quels sont les thèmes principaux ?
  • L’histoire du ghetto de Lodz
  • Survie au milieu du chaos
  • Chaïm Rumkowski
Quel est le niveau de lecture ?

Exigeant : le sujet est dur, le roman utilise des mots yiddish

Quel est le nombre de pages ?

293

Pour qui est‑ce fait ?
  • Les passionnés d’Histoire exigeants
  • Les amoureux de la langue
  • Les lecteurs de la littérature mémorielle
À qui ne pas le recommander ?
  • Aux lecteurs en recherche de légèreté
  • Aux lecteurs qui aiment l’action linéaire
  • Aux personnes très sensibles

Le point de départ de l’histoire

Deux enfants, des jumeaux, Ariel et Alter ont quitté Lodz pour Mirlek, un shtetl. Ils ont été recueillis par un parent (peut-être… un parent). L’oncle Waeshauer leur offre gîte et nourriture. La vie a toujours été difficile, mais, petit à petit, les produits de première nécessité viennent à manquer, malgré cela, les petits jouent et sont heureux, inséparables.

Et puis arrive l’année 1939, les enfants sont toujours insouciants, et ça m’a serré le cœur. En effet, j’ai vite compris vers quel univers l’auteur nous emmenait, bien que, sans appréhender tout de suite, qu’il allait, au-delà des personnages fictifs, nous raconter une histoire vraie.

L’histoire vraie derrière « Un monstre et un chaos »

Le ghetto de Lodz a été créé en avril 1940, avant celui de Varsovie (octobre 1940). Il a été aussi le plus grand. À partir du 8 février, les juifs avaient reçu l’ordre de se regrouper dans quelques quartiers. Le 1er mars, les nazis ont soutenu un pogrom qui a fait de nombreuses victimes et qui a facilité le transfert des juifs dans le ghetto. Il comptait environ 200 000 individus, 45 000 y sont morts de faim ou de maladie. Avant l’arrivée des Russes, les occupants ont été transportés dans des camps d’extermination. Seulement, 10 000  personnes ont survécu.

Le doyen du Judenrat (conseil juif), Chaïm Rumkowski, surnommé le roi ou le dictateur du ghetto, est un personnage controversé. C’est son incroyable histoire que raconte aussi Hubert Haddad.

Où acheter Un monstre et un chaos d’Hubert Haddad ?

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Mon avis sur Un monstre et un chaos d’Hubert Haddad

Le flou du début

Ce qui m’a d’abord surprise, ce sont les informations vagues données au début sur les jumeaux. Alter ne se souvient pas de ce qui s’est passé quelques années auparavant, et pourquoi ils ont quitté Lodz. Il ignore si la jeune femme qui s’occupe d’eux est leur mère ou leur sœur. Et ce parent mutique (il a de bonnes raisons) qui les abrite, qui est-il ?

Plus tard, j’ai compris que ce flou contrastait avec l’effroyable efficacité des nazis qui ont tout archivé, sans aucune humanité.

J’aurais pu être perdue. Mais de nombreux détails, Lodz, Vistule et du vocabulaire, Grande Guerre (dans le passé), shtetl, hébraïque, kaddish m’ont happée.

Le vocabulaire yiddish

L’auteur explique en postface que le contexte éclaire suffisamment les mots pour qu’on puisse se passer de glossaire. Alors oui, et non.

Oui, parce que ce vocabulaire vous imprègne mieux que le feraient de longues descriptions. Non, parce que si vous êtes comme moi, vous risquez d’interrompre votre lecture pour vérifier le sens d’un mot.

Mais en conclusion, j’ai préféré cette immersion dans le roman et l’hommage à une langue en voie de disparition au confort de lecture.

La description de la résistance

La culture, résistance symbolique, est omniprésente dans le livre à travers le théâtre de marionnettes et un théâtre qui a réussi à survivre et où se passe une scène forte. Et cela, malgré la faim, la maladie, les déportations et les interdictions. Et ce n’est sans doute pas un hasard si les deux scènes les plus violentes du roman, celles qui m’ont le plus émue, montrent les nazis viser la religion et la culture.

Enfin, Hubert Haddad raconte comment Henryk Ross (1910-1991) est parvenu à prendre et à sauver des milliers de clichés du ghetto.

J’ai aimé qu’il rende ainsi vivants les personnages réels ou imaginés.

Qui est le monstre ?

Le chaos, je vois bien, c’est celui dans lequel Alter, enfant mystérieux et mutique, se débat. Mais le monstre ?

« Disons tout bonnement que l’homme, privé de simple humanité, n’est qu’un monstre et un chaos. »

Hubert Haddad

Aucun doute que chaque nazi présent est un monstre. Et cette lancinante question : comment est-ce que ça a pu exister ? La citation en exergue de Primo Levi n’est en rien rassurante :

« C’est arrivé. Cela peut donc arriver de nouveau. »

Reste la délicate question de Chaïm Rumkowski dont Hubert Haddad reproduit le discours inhumain de 1942. Selon Primo Levi toujours :

« Ce n’est pas un monstre. Ce n’est pas non plus un homme comme tous les autres ; c’est un homme comme beaucoup d’autres, comme beaucoup de frustrés qui goûtent au pouvoir et s’en enivrent. »

Le contraste stylistique : réalisme vs onirisme

Lorsque Hubert Haddad évoque la réalité, le ghetto ou Chaïm Rumkowski, sa plume est d’une précision chirurgicale :

« Qui d’autre que Chaïm Mordechai Rumkowski, parrain des ligues et alliances caritatives, eût pu intercéder auprès des autorités occupantes après la débandade de l’essentiel des notables et politiques du consistoire parti à Londres ou dans les territoires annexés par les Russes ? »

Mais lorsqu’il évoque Alter ou le théâtre de marionnettes, elle devient onirique :

« Tous ont un visage que la mémoire saisit mal et une âme plus labile qu’un courant d’air. »

D’un côté pour le réalisme historique, refus d’esthétiser la souffrance, le froid, la faim et les déportations et, de l’autre, pour la résistance, la survie par l’art, tout l’esthétisme du style de l’auteur.

Mon avis en résumé

Ce que j’ai aimé

  • L’immersion dans le récit
  • L’écriture de l’auteur et ses deux versants
  • Le thème du ghetto de Lodz
  • Un roman qui laisse une trace durable

Ce que j’ai regretté (mais peut-être pas vous)

  • Un peu difficile d’y entrer
  • Alter et maître Azoï, tout en symboles, m’ont un peu perdue

Mes notes

Univers narratif5.0/5
Personnages3.5/5
Intrigue4.0/5
Écriture5.0/5
Moyenne4.4/5
Consultez ma grille de notation détaillée pour mieux comprendre mes choix

À vous de jouer : Partagez votre avis !

Peut-on juger certains choix faits dans un contexte extrême comme celui du ghetto de Lodz, ou sommes-nous condamnés à rester dans une zone grise ? Dites-le-moi en commentaires.

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Info-livre : Un monstre et un chaos d’Hubert Haddad

Couverture du livre d'Hubert Haddad, Un monstre et un chaos

Éditeur : Zulma
ISBN : 979-10-387-0094-9
Date de parution : 10/03/2022

Photo de Catherine Perrin

Je m’appelle Catherine, et je suis blogueuse littéraire

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