La nuit des juges d’Hubert Haddad — un recueil crépusculaire et exigeant

Un sanglier en arrière-plan et la couverture du livres d'Hubert Haddad, La nuit des juges

Ce qu’il faut savoir avant de commencer

Quel est le genre de ce livre ?

Nouvelles

Quels sont les thèmes principaux ?

Pas de fil thématique, des nouvelles éclectiques unies par le style de l’auteur

Quel est le niveau de lecture ?

Très exigeant : écriture soutenue, narration non linéaire, mots rares

Quel est le nombre de pages ?

240

Pour qui est‑ce fait ?
  • Les lecteurs déjà familiers de Haddad
  • Les amateurs de langue travaillée, de mots rares, d’écriture soutenue
  • Les lecteurs qui peuvent poser le livre, le reprendre
À qui ne pas le recommander ?
  • Aux lecteurs qui découvrent Haddad
  • À ceux qui se perdent dans les textes trop oniriques
  • À ceux qui lisent vite ou cherchent une lecture de divertissement

La nuit des juges d’Hubert Haddad est un recueil de nouvelles courtes ou longues, qui se renvoient quelquefois entre elles et quelques fois non. Elles sont d’une terrible précision, poétiques, ou oniriques, palette assumée en fonction du sujet, mais toujours crépusculaires.

Sommaire

Comment Haddad construit ses nouvelles

Le dernier texte, ce n’est pas vraiment une nouvelle, explique comment Hubert Haddad construit ses nouvelles :

« On commence par poser un mystère. On l’amplifie pour le faire durer. On parvient au point ultime d’énigme. Il est temps de trouver l’issue. Il s’agit en fait de prendre son élan avec élégance, d’atteindre la vitesse d’arrachement d’une foulée mesurée, puis de franchir le plus haut possible la barre du mystère, sans jamais effleurer celle-ci… »

Et c’est ce que j’ai ressenti en lisant le recueil. Un point de départ, quelquefois un fait divers (Crime d’honneur) que l’auteur traite à sa façon. Ce sont des histoires éclectiques malgré le fil conducteur de la Sologne (clairement, Crime d’honneur ne se déroule pas en Sologne) et des personnages que l’on retrouve de temps à autre d’une nouvelle à l’autre (mais est-ce qu’ils sont vraiment les mêmes ?).

Certaines nouvelles m’ont touchée, j’ai soupiré parfois sur d’autres. En effet, je me perds toujours dans des textes trop oniriques.

La nuit des juges est un recueil de nouvelles qui ne peut pas se lire d’une traite. Il vaut mieux le lire lentement, en savourant la langue, le poser, le reprendre. Si vous aimez l’auteur, nul doute que vous apprécierez cet ouvrage. En revanche, si vous ne l’avez jamais lu, commencez plutôt par un de ses romans, Un monstre et un chaos, par exemple.

Les nouvelles

Mais vous pouvez aussi accepter que des nouvelles vous touchent moins que d’autres, ou vous laissent carrément perplexe. C’est ce qui m’est arrivé pour celle qui donne son nom au recueil, ce qui me range dans la catégorie des personnes à qui ne pas les recommander. Ce n’est pas si simple, puisque trois des histoires m’ont bouleversée.

La nouvelle éponyme : La nuit des juges

Un laird écossais excentrique achète un domaine en Sologne plein d’histoires mystérieuses, dont la moindre n’est pas la présence d’un cénotaphe à la mémoire de la belle fiancée du précédent propriétaire. Alister McRoqhan est convié à une partie de chasse chez Charles Dupont-Malloré. La description de la Sologne aux mains de grands propriétaires est acide, domaines grillagés dans le mépris des procédures engagées, gibier élevé dans l’unique objectif d’être tué pour la distraction.

Les personnages, jolies femmes et hommes célèbres ou fortunés, correspondent au lieu et n’appellent pas à la sympathie. Après une chasse et un incident que je vous laisse découvrir, une tempête coince tout ce joli monde (qui a bien profité du lunch et de ses boissons) dans le domaine de Charles Dupont-Malloré. Ce dernier a l’idée (saugrenue ?) de demander à ses hôtes de lui dire de quoi il est coupable.

Ce procès pour rire, très peu décrit par l’auteur, est interrompu par la chute d’un vieux chêne. Quant à Alister, une jeune femme, Léonie, lui rappelle son « amante idéale » dont il possède un cénotaphe à demeure sur lequel il a gravé son nom, Amphéandra, de ses propres mains. Il a fallu que je fasse attention à chaque mot pour avoir un début de compréhension, qui n’est malheureusement pas allé jusqu’à la chute. Elle arrive brutalement sans que j’en saisisse la logique.

Où acheter La nuit des juges d’Hubert Haddad ?

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Trois nouvelles qui m’ont bouleversée

Elles m’ont bouleversée ou touchée

Isa sur le sentier aux ruches, la plus onirique de ces trois nouvelles, raconte un amour tragique. Elle est aussi émouvante que poétique. J’ai été sensible et intriguée par l’abeille dont le vrombissement était « un son pur et léger ». Et la fin, qui éclaire enfin le début sibyllin de la nouvelle, m’a rendue triste.

Dans une ville entre mer et montagne, deux orphelins vivent dans une agglomération illégale, Jadropha. Ils subsistent de mendicité et de rapines. Les grands frères appartiennent tout à un gang. Une nuit à Sohelo raconte la misère, les trafics en tout genre, organes d’enfants compris.

Crime d’honneur raconte les dernières heures d’une toute jeune fille assassinée par son père, ses frères et son grand-père. Au delà de la cruauté de l’histoire, Hubert Haddad décrit parfaitement la non-existence des femmes, à peine des choses pour les hommes de la famille. Sobre et bouleversant.

La plume de l’auteur

Elle est tantôt précise…

Incipit :

« Je m’étais réfugiée dans la salle d’eau pour échapper à la dispute. On s’y trouvait au calme et à l’écart, enfin seul. »

… tantôt onirique, mais toujours soutenue ; elle utilise souvent des mots rares.

Citation :

« … écrire est une folie partielle, un très singulier handicap dont pâtissent l’ensemble des dispositions civiles, convivialité, subsistance, récréation libidinale »

Mon avis en résumé

Certains textes sont des poèmes en prose et ce n’est pas ce que j’ai préféré. En effet, j’ai surtout aimé les nouvelles où Hubert Haddad applique une incroyable précision qui prend au cœur. C’est parce que les nouvelles oscillent entre poésie, onirisme et réalisme fantasmé qu’elles ont une cohérence, l’auteur choisissant chaque fois la meilleure façon de traiter le sujet.

Mes notes

Impossible d’appliquer mes critères habituels sur ce recueil.

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Info-livre : La nuit des juges d’Hubert Haddad

Couverture du livre d'Hubert Haddad, La nuit des juges

Éditeur : Zulma
ISBN : 979-10-387-0415-2
Date de parution : 12/03/2026

Photo de Catherine Perrin

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