Les mangeurs de nuit de Marie Charrel : une page d’histoire méconnue, un roman inégal

En arrière-plan, des personnes déplacées, et au premier plan, la couverture du livre de Marie Charrel, Les mangeurs de nuit

L’essentiel sur Les mangeurs de nuit de Marie Charrel

Quel est le genre de ce livre ?

Roman historique et choral

Quels sont les thèmes principaux ?
  • Internement des Japonais-Canadiens pendant la Deuxième Guerre mondiale
  • Mémoire et exil
  • Identité
  • Deuil
  • Minorités en Amérique du Nord
Quel est le niveau de lecture ?

Moyen : narration non linéaire

Quel est le nombre de pages ?

330

Pour qui est‑ce fait ?
  • Pour les lecteurs attirés par une page d’histoire méconnue
  • Pour ceux qui aiment une écriture travaillée, riche en images, et les atmosphères de nature sauvage.
À qui ne pas le recommander ?
  • Aux lecteurs qui ont besoin d’un fil narratif clair dès les premières pages
  • À ceux qui cherchent un roman historique documenté et approfondi

Les mangeurs de nuit de Marie Charrel s’appuie sur une histoire méconnue de la Deuxième Guerre mondiale : l’internement des Japonais-Canadiens, un épisode plus radical encore que son équivalent américain. Un roman choral d’une grande richesse de thèmes. Mais les thèmes traités de façon superficielle et l’architecture narrative, trois histoires racontées sous forme de puzzle, ont rendu l’immersion difficile.

Une femme, un ours, trois destins entremêlés

Une femme a été attaquée par un ours, ils tombent tous les deux dans la rivière.
En 1945, en Colombie britannique, Jack savoure le moment juste avant que l’aube se lève, une tasse de café à la main. Il est sur son bateau, caresse son chien, pense à Mark.
En 1956, un homme frappe à la poste d’Hannah, elle n’ouvre pas. Il lui laisse une photo, et un message : je reviendrai demain. La photo est celle d’Aika, une fiancée sur photo, venue du Japon pour se marier à un homme qu’elle n’a jamais vu.

Un roman choral déséquilibré malgré un sujet fort

Peut-être que ce début vous intrigue et vous donne envie de lire la suite, ça n’a pas été mon cas. Je n’aime pas les constructions en forme de puzzle quand elles me perdent. Il m’a fallu un moment pour réellement plonger dans l’histoire.

De plus, comme dans toutes histoires en parallèle, certaines sont plus intéressantes que d’autres. Quitter Aika (dont l’histoire est chronologique) pour retrouver Hannah et Jack dont je ne savais pas grand-chose, était décevant ; du moins jusqu’à ce que l’histoire d’Hannah devienne compréhensible. Le mystère qui entoure Jack n’est révélé qu’à la fin. C’est une scène très noire, mais sans réelle surprise, parce qu’annoncée trop en amont. On savait qu’il y avait un secret et qui il concernait. Bref, ce récit est beaucoup moins captivant que le parcours d’Hannah et d’Aika.

Quant au parcours d’Hannah et d’Aika, il est inspiré de l’internement des Japonais et des ressortissants canadiens d’origine japonaise dans l’Ouest canadien. J’ai regretté que cette histoire ne soit pas davantage intégrée dans le roman. En effet, les personnages en subissent, certes, les conséquences, mais le paragraphe qui intervient après la fin du livre est très succinct et arrive trop tard. Je savais que des faits similaires s’étaient déroulés aux États-Unis, mais j’ignorais que le Canada avait été beaucoup plus radical. Et cela peut éventuellement vous dérouter.

Internement des Japonais et des ressortissants canadiens d’origine japonaise dans l’Ouest canadien

Après l’attaque de Pearl Harbor, 22 000 personnes, dont les deux tiers sont nés au Canada, sont évacuées. Les hommes sont envoyés dans des camps de travail, les femmes et les enfants dans des camps d’internement insalubres. Leurs biens sont saisis et vendus par le gouvernement.

Les restrictions dureront jusqu’en 1949 et ce n’est qu’en 1988 que le gouvernement canadien présentera ses excuses et proposera une indemnisation aux 12 000  survivants.

Source : L’encyclopédie canadienne

Enfin, les longues descriptions de la nature canadienne donnent un rythme très lent au livre, mais qui n’a rien d’apaisant. En effet, l’histoire de Jack et son mystère qu’on ne connaît qu’à la fin induit une violence sourde présente tout au long du livre.

Où acheter ?

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Des personnages inégaux

Aika et Hannah
Aika m’a tout de suite fascinée, peut-être parce qu’elle est représentative de ces personnes broyées par l’Histoire. C’est aussi le cas d’Hannah, mais elle essaie de s’en sortir, de se défendre.

Jack
Il est très peu construit psychologiquement. Si j’ai bien compris pourquoi il était devenu « compteur de saumon » et aimait vivre dans la solitude, j’ai moins compris ses réactions.

Mark, le personnage oublié
Il est pourtant à l’origine de la plus jolie scène du livre : sa rencontre avec les jumeaux. À moitié indien, il est séparé de sa famille et envoyé dans un pensionnat. Il y a subi de la maltraitance, ce qui est censé suffire à expliquer son évolution. Mark aurait mérité un plus grand développement. Il semble n’être là que pour « expliquer Jack » alors qu’on entrevoit en arrière-plan une dimension coloniale, à peine esquissée qui aurait pu faire miroir avec l’histoire d’Hannah et Aïka.

Une écriture imagée, parfois alambiquée

Marie Charrel est adepte de comparaisons, de métaphores, parfois elle les accumule, quitte à exiger du lecteur un effort pour comprendre.

Incipit :

« Elle lève les yeux au ciel et le nuage d’albâtre s’abat sur elle telle une tempête de neige. Un tourbillon de nacres, le baiser du colosse d’ivoire ; elle comprend, dans la violence de l’instant, qu’il s’agit d’un animal. »

Les descriptions de la nature sont nombreuses, mais ralentissent une histoire pourtant intense.

Citation :

« Au sein de la forêt, rien n’est jamais silence. L’eau crépite sur les frondaisons, claque, rebondit, ruisselle le long des troncs craquelés des épinettes, s’insinue dans les fissures rocheuses avant de tomber en gouttes lourdes dans les cavités souterraines. »

Mon avis en résumé

Les mangeurs de nuit est un livre dense, mais qui m’a un peu laissé sur ma faim, compte tenu des multiples thèmes, traités de façon trop superficielle à mon goût.

Mes notes

Univers narratif3.0/5
Personnages4.0/5
Intrigue3.0/5
Écriture3.5/5
Moyenne3.4/5
Consultez ma grille de notation détaillée pour mieux comprendre mes choix

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Connaissiez-vous l’internement des Japonais-Canadiens pendant la Seconde Guerre mondiale ? Ce roman vous a-t-il donné envie d’en savoir plus ? Dites-le-moi en commentaires.

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Histoire de minorités en Amérique du Nord

Harlem Quart
James Baldwin

En arrière-plan, un chanteur de gospel et au premier plan, la couverture du livre de James Baldwin, Hamlet Quartet
L’amour, entre couples, entre frères ou encore entre amis, suinte du livre

Nickel Boys
Colson Whitehead

En arrière plan, une carte postale représentant la Dozier School, au premier plan, la couverture du livre de Colson Whitehead, Nickel Boys
En arrière-plan, la Dozier School for boys (carte postale)

Info-livre : Les mangeurs de nuit de Marie Charrel

Couverture du livre de Marie Charrel, Les mangeurs de nuit

Éditeur : Le Livre de Poche
ISBN : 978-2-253-24530-8
Date de parution : 06/03/2024

Photo de Catherine Perrin

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