À l’ouest rien de nouveau d’Erich Maria Remarque : la charge antiguerre la plus violente de la littérature ?

A l'arrière-plan, une grenade et au premier plan, la couverture du livre d'Erich Maria Remarque, A l'ouest rien de nouveau
5,0/5 note subjective

L’essentiel sur À l’ouest rien de nouveau d’Erich Maria Remarque

Quel est le genre de ce livre ?

Roman de guerre allemand/Roman pacifique

Quels sont les thèmes principaux ?
  • Soldats allemands au front pendant la Première Guerre mondiale
  • Combats
  • Génération sacrifiée
Quel est le niveau de lecture ?

Assez facile : écriture fluide, mais violence due aux combats

Quel est le nombre de pages ?

224

Pour qui est‑ce fait ?
  • Pour les lecteurs qui ont déjà lu Le Feu de Barbusse et veulent découvrir le même conflit du point de vue allemand
  • Pour ceux qui s’intéressent à la manière dont une génération sans repères ni vie antérieure vit la violence de guerre différemment des adultes déjà installés dans une existence.
  • Pour les lecteurs sensibles à l’histoire littéraire elle-même : comment un livre pacifiste devient une cible du nazisme et façonne le destin de son auteur.
À qui ne pas le recommander ?
  • Aux lecteurs cherchant un récit d’action ou d’aventure guerrière : le roman s’attarde sur l’absurdité et l’attente autant que sur le combat.
  • À ceux qui veulent un point de vue français ou allié sur la Première Guerre mondiale
  • Aux lecteurs peu à l’aise avec les scènes crues de mort et de souffrance physique

À l’ouest rien de nouveau d’Erich Maria Remarque raconte l’indicible des combats de la Première Guerre mondiale. Seuls, des détails trahissent que l’histoire se déroule du côté allemand. L’horreur a été la même. Mais Paul Baümer, 18 ans, quand il devance l’appel, n’a rien à perdre parce que sa vie n’a pas commencé, et sa génération sera broyée deux fois, par la Première Guerre mondiale et par le nazisme.

Sommaire

Paul Bäumer, 18 ans, devançant l’appel

Lorsque l’histoire commence, les soldats dont Remarque va nous raconter la guerre sont à l’arrière du front. Ils bénéficient de plus de rations de nourriture et de tabac que d’habitude, ce qu’ils apprécient. Une fois rassasiés, les soldats décident de rendre visite à un de leurs amis blessés, Kemmerich. C’est encore le temps où on soigne correctement les combattants.

Ce sont de très jeunes gens, ils se sont tous engagés à 18 ans, devançant l’appel, sous l’influence de leur professeur de gymnastique : « Vous y allez tous, n’est-ce pas, camarades ? » Ils comprendront rapidement qu’entre ceux qui parlent, et ceux qui partent au front, il y a tout un monde. Paul Bäumer, le narrateur, est l’un d’eux.

Peut-être, leurs noms vous ont-ils alertés. Ces très jeunes gens sont tous allemands.

La Première Guerre mondiale vue par un soldat allemand

J’ai d’abord lu Le feu d’Henri Barbusse, qui raconte la vie des soldats français. J’ai eu envie de lire ensuite, À l’ouest rien de nouveau d’Erich Maria Remarque, qui me semblait en être le pendant, côté allemand. Et effectivement, certaines scènes sont presque interchangeables. Seuls les noms à consonance allemande ou certains détails (pas de saucisse de foie dans les tranchées françaises) indiquent que l’histoire est vue par des soldats allemands. Peu importe, où elles se passent et comment elles se passent, des hommes sont confrontés à l’indicible, telles que la mort des compagnons, l’épreuve du feu ou l’incompréhension de ceux qui sont restés en arrière.

La mort des compagnons

Kemmerich est l’un des premiers à mourir, laissant ses bottes à un de ses amis parce qu’elles lui seront plus utiles qu’à lui.

« Si Müller désire les bottes de Kemmerich, il n’a pas pour cela moins de compassion pour son camarade qu’un autre à qui la douleur interdirait de pareilles pensées. Seulement, il sait faire la différence. Si ces bottes étaient utiles à Kemmerich en quoi que ce fut, Müller marcherait plutôt nu-pieds sur du barbelé que de songer à la façon dont il pourrait les avoir. »

Il n’a pas été difficile à ses amis de comprendre que Kemmerich était perdu. Ils ont compris quand les infirmiers ont désigné ceux qui partaient pour un hôpital ou pour chez eux, ils sont passés devant son lit sans un regard. Alors, ses camarades ont soudoyé un soignant, avec des cigarettes, pour qu’il lui donne de la morphine.

L’épreuve du feu

J’ai néanmoins ressenti plus de violences dans les scènes de combat dans À l’ouest, rien de nouveau. Mais franchement, vous sauriez dire de quel côté ça se passe, à moins, peut-être, d’être un spécialiste des armes utilisées par les uns et les autres ?

« À ce moment-là, nous entendons dernière nous un sifflement, qui grandit, et qui devient un grondement puissant comme le tonnerre. Nous nous sommes baissés ; à cent mètres en avant de nous jaillit un nuage de feu. La minute suivante, une partie s’élève lentement dans l’air. C’est un second obus qui vient de tomber et trois ou quatre arbres sont emportés et se brisent en morceaux. Déjà, les obus suivants se pressent avec un bruit de soupape de chaudière ; le feu est intense. »

Le fossé infranchissable avec l’arrière

Lorsque Paul obtient une longue permission et rentre chez lui, il réalise qu’il n’est plus le même que celui qui est parti ; il ressent que sa place n’est plus ici, où on n’entend jamais le bruit du front, et où personne n’a vécu les combats. Ce qui n’empêche pas certains de lui expliquer la guerre.

Il riposte d’un air supérieur et prouve que je n’y entends rien. « À coup sûr, pour ce qui est des détails, vous avez raison, dit-il, mais ce qui importe, c’est l’ensemble, et cela, vous n’êtes pas en état de le juger. »

Les objectifs ne sont pas les mêmes, les Allemands de l’arrière veulent conquérir des territoires que les Français défendent, mais chaque soldat vit la même chose.

Une main tient le livre d'Erich Maria Remarque, À l’ouest rien de nouveau

Provenance : Exemplaire acheté d’occasion chez Recyclivre (lien affilié)

Où acheter À l’ouest rien de nouveau d’Erich Maria Remarque ?

Note : Les liens d’achat vers ce livre sont des liens affiliés. Si vous passez par eux pour effectuer un achat, je reçois une petite commission sans surcoût pour vous. Votre soutien aide à maintenir ce blog. Merci.

Acheter d’occasion
Recyclivre
Poche neuf
Eyrolles
Numérique
Eyrolles

Voir le comparatif de mes partenaires

Barbusse, Remarque : deux pacifismes, deux destins

Barbusse a transformé son expérience de la guerre en action militante organisée, alors que Remarque s’en tient à un engagement littéraire et humaniste.

Henri Barbusse

Il s’est engagé à 41 ans, en 1914, malgré des opinions pacifistes. Il pensait en réalité combattre « le militarisme et l’impérialisme, le Sabre, la Botte et la Couronne » (source : France Archives). Il a déjà une conviction politique formée. Son roman est tiré de son journal, il reçoit le prix Goncourt en 1916. Il adhère au parti communiste en 1923. Plus tard, en 1932, trois ans avant sa mort, il crée un mouvement pacifiste avec Romain Roland : Amsterdam-Pleyel. Ils seront rejoints par Albert Camus.

Erich Maria Remarque

Il a été incorporé à l’âge de 18 ans, en 1916 (et non volontaire, comme Paul Bäumer). C’est donc la vision, en partie autobiographique, d’un tout jeune homme qui est décrite, avec 10 ans de recul.

Ces très jeunes hommes étaient à l’aube de la vie, encore sans cadre. Paul Bäumer est conscient de ce qui le sépare des soldats plus âgés : ces derniers ont un métier, une femme, une famille, une existence qu’ils pourront reprendre après la guerre. Mais lui, Paul, il n’a rien à reprendre. C’est peut-être cette différence qui m’a fait ressentir une charge antiguerre beaucoup plus violente dans À l’ouest rien de nouveau. Remarque raconte l’histoire d’une génération sacrifiée.

L’Allemagne va encore broyer cette génération, car son histoire embraie sur le nazisme. Sans mouvement structuré à rejoindre, contrairement à Barbusse, Remarque n’aura d’autre réponse que l’exil. Son livre est brûlé par les nazis en place publique, le pacifisme étant jugé comme une idéologie dangereuse et faible (source : Encyclopédie multimédia de la Shoah), et il part se réfugier en Suisse.

Mon avis

C’était il y a plus d’un siècle, et j’aimerais croire que ce roman est désormais inutile. Bien sûr, les moyens militaires ont changé, mais les guerres existent encore, les soldats font toujours face à l’horreur. Pour avoir raconté, comme Henri Barbusse, ce dont les soldats eux-mêmes sont incapables de parler, je vous recommande vivement ce livre auquel je donne la note maximum : 5/5.

À vous de jouer : Partagez votre avis !

Avez-vous déjà comparé deux romans sur un même conflit vu de chaque côté du front. Lequel vous a marqué le plus fort ? Dites-le-moi en commentaires.

Acheter d’occasion
Recyclivre
Poche neuf
Eyrolles
Numérique
Eyrolles

Voir le comparatif de mes partenaires

D’autres livres sur les Guerres mondiales

La Première Guerre mondiale
Livres indispensables

Une pile de livre et en arrière-plan, la silhouette d'un soldat de la première guerre mondiale
Un conflit majeur

La Deuxième Guerre mondiale
Livres indispensables

Une pile de livre au premier plan et en arrière-plan, des ruines
Des années 1930 jusqu’à après la guerre

Info-livre : À l’ouest rien de nouveau d’Erich Maria Remarque

Couverture du livre d'Erich Maria Remarque, A l'ouest, rien de nouveau

Éditeur : LGF/Livre de Poche
ISBN : 225300670X
Date de parution : 14/06/1973

Photo de Catherine Perrin

Je m’appelle Catherine, et je suis blogueuse littéraire

Je donne mon avis, bien sûr, mais surtout des repères pour vous aider à savoir si un livre est fait pour vous.
Un mot, une image, un lien… rejoignez-moi là où on parle lecture :

Envie d’encore plus de lecture ? Rejoignez les 700+ abonnés de la newsletter gratuite Dequoilire et recevez votre carnet de lecture : 10 livres coup de poing (disponible en PDF et en version Notion à intégrer dans votre espace).

En savoir plus sur l’utilisation des données

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *