La nuit au cœur de Nathacha Appanah : Analyse d’un récit bouleversant (Prix Femina 2025)

En arrrière-plan, une femme court. Au premier plan, la couverture du livre de Nathacha Appanah, La nuit au coeur

Avec La nuit au cœur, Nathacha Appanah signe un récit aux frontières du roman et du témoignage, couronné par le Prix Femina et le Goncourt des lycéens 2025. Pourquoi ce livre sur les féminicides et l’emprise a-t-il suscité un tel enthousiasme ? Est-ce un simple récit de plus sur la violence conjugale ou une œuvre littéraire nécessaire ? Je vous livre mon analyse d’un ouvrage qui ne laisse personne indemne.

Sommaire

Trois femmes, trois courses, une seule survivante

La narratrice évoque trois hommes et la façon dont ils se définiraient, « adorable et travailleur » pour MB, « un homme de famille » pour RD, « un poète » pour HC. Et pour chacun d’entre eux, une antienne : « à les voir comme ça… on n’imagine pas ».

En 1998, une jeune femme essaie d’échapper à son compagnon qui la poursuit de pièce en pièce. Elle sort de la maison, il prend sa voiture. Elle court, il la rattrape, elle finit par monter dans la voiture. Peut-être pense-t-elle que c’est la meilleure chose à faire pour survivre.

En 2000, une autre jeune femme court pour échapper à son mari qui la poursuit en voiture.

En 2021, un homme descend d’une camionnette et surprend sa femme. Il sort de prison, a interdiction de l’approcher. Elle ne crie pas, elle se met à courir.

De ces trois femmes, seule la première, la narratrice, est encore en vie.

Mon avis : À quoi sert un livre sur les féminicides ?

La nuit au cœur parle de féminicides dont un drame atroce : Chahinez Daoud a été brulée vive par son conjoint, après qu’il lui a tiré deux balles dans les cuisses, en pleine rue. Lire un tel livre pose question : d’abord, l’auteur utilise une tragédie réelle pour écrire son livre. Ensuite, j’éprouve toujours un malaise : cette lecture sert-elle à quelque chose ou nourrit-elle le voyeurisme que nous avons tous plus ou moins en nous ? À quoi sert ce genre livre ?

Rendre un visage à Chahinez Daoud

Nathacha Appanah se pose la question :

« Peut-être que je voudrais écrire en ayant l’assurance que l’écriture, les livres, ce travail, cette obsession, que tout ça, ça sert à quelque chose. »

Eh bien oui ! chère Nathacha Appanah, votre livre sert à quelque chose. Tout d’abord, vous avez rendu hommage à Chahinez Daoud en la faisant revivre. Dans votre livre, elle est incarnée, loin des clichés véhiculés par la presse. Chahinez Daoud ne voulait pas être une « casoss », avait un rire communicatif, aimait le rose et les paillettes, enfin, elle adorait cuisiner.

Ensuite, j’ai appris d’un tel livre. L’impuissance glaçante de l’entourage, sa lassitude devant cette impuissance sont très bien décrites. La honte que subit la famille d’Emma, amplifiée par la défense du meurtrier. Le sous-entendu — il y a toujours un peu de la responsabilité de la victime — est insupportable.

Enfin, à partir du moment où l’écriture est honnête et réfléchie, ce livre empêche un oubli, tellement rapide.

Littérature et faits divers

Ils ont toujours fait bon ménage (Le Rouge et le Noir de Stendhal, Madame Bovary de Flaubert ou plus récemment L’enragé de Sorj Chalandon). Nathacha Appanah n’a pourtant pas écrit un roman et reste fidèle à la réalité. Vous aimerez ce livre pour cette fidélité.

Mais vous l’aimerez pour ses qualités littéraires : l’antienne du début du livre que j’ai déjà citée, mais aussi cette image forte d’une femme qui court. Une vision présente dès le commencement du récit, mais qui revient et revient encore.

Vous l’aimerez aussi pour l’émotion qu’il dégage : le rire de Chahinez Daoud opposé à la femme voilée de la presse, l’effacement d’Emma provoquée par la honte de sa famille.

Où acheter La nuit au cœur de Nathacha Appanah ?

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Le style Appanah : Une écriture clinique et poétique

Nathacha Appanah utilise des métaphores pour mieux se faire comprendre.

Incipit :

« Ils ne sont pas entièrement mauvais
S’il existait une manière de les presser pour en extraire un jus, ce jus ne serait pas tout à fait imbuvable, parfois, sous son amertume empoisonnée, il y aurait un arrière-goût de douceur. »

Son écriture peut aussi être directe, clinique et efficace, et pourtant induire une révolte chez le lecteur. En effet, cette écriture sans pathos rend l’horreur plus palpable.

Citation :

« C’est la version qui dessine un homme rendu fou par la femme qu’il aime, c’est le “crime passionnel”. C’est cette histoire qui fait que la famille d’Emma se recroqueville encore, plus de deux décennies plus tard, par crainte du scandale, et qu’Emma est quasiment effacée des souvenirs, de la mémoire familiale. »

Mon avis en résumé

La nuit au cœur de Nathacha Appanah est le meilleur livre sur le féminicide que j’ai lu jusqu’à présent. En effet, il a été écrit par une femme hantée par sa propre histoire, parce qu’elle n’est passée pas loin du même sort et qui, par conséquent, révèle certaines choses que personne d’autre ne peut ressentir. Je vous le recommande donc vivement. Pour sa fidélité aux faits, l’émotion qu’il dégage, et ses qualités littéraires, je lui décerne la note de 5/5.

Lecture un peu exigeante

Pour aller plus loin : l’interview de Nathacha Appanah à La grande librairie.

Nathacha Appanah explique chez Augustin Trapenard son rapport à l’écriture et à la mémoire des victimes.

À vous de jouer : Partagez votre avis !

Pensez-vous que la littérature peut réellement changer notre regard sur les féminicides, ou seulement nous confronter à notre impuissance ? Dites-le en commentaires.

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Si ce livre m’a semblé aller plus loin que d’autres, voici néanmoins quelques lectures pour prolonger la réflexion, ne serait-ce que parce qu’ils abordent le féminisme d’un autre point de vue.

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Info-livre : La nuit au cœur de Nathacha Appanah

Couverture du livre de Nathacha Appanah, La nuit au coeur

Éditeur : Gallimard
ISBN : 978-2-07-308002-8
Pages : 288
Date de parution : 21/08/2025

Photo de Catherine Perrin

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