La tristesse des anges de Jón Kalman Stefánsson : quand la poésie affronte la mort dans les fjords islandais

Une tempête en arrière-plan, et la couverture du livre de Jón Kalman Stefánsson, La tristesse des anges, au premier plan
5/5 note globale
Univers 5,0/5
Personnages 5,0/5
Intrigue 5,0/5
Écriture 5,0/5

L’essentiel sur La tristesse des anges de Jón Kalman Stefánsson

Quel est le genre de ce livre ?

Roman islandais/Roman de la survie hivernale islandaise

Quels sont les thèmes principaux ?
  • Vie des Islandais au XIXe siècle
  • Survie au sein d’une tempête de neige
  • Poésie et littérature
Quel est le niveau de lecture ?

Exigeant : prose poétique et questions laissées au lecteur

Quel est le nombre de pages ?

415

Pour qui est‑ce fait ?
  • Pour les lecteurs qui recherchent une écriture poétique et sensorielle, capable de rendre le froid et la tempête presque physiques.
  • Pour les lecteurs curieux de la culture islandaise rurale du XIXe siècle, notamment de ce rapport singulier à la lecture et à l’alphabétisation dans des fermes isolées.
  • Pour les lecteurs qui apprécient les récits méditatifs sur la mort et la fragilité de la vie.
À qui ne pas le recommander ?
  • Aux lecteurs qui cherchent une intrigue rapide et des rebondissements
  • Aux lecteurs qui n’ont pas lu Entre ciel et terre et veulent une entrée autonome dans l’histoire
  • Aux lecteurs sensibles aux atmosphères sombres et à la présence constante de la mort et du deuil, thèmes omniprésents d’un bout à l’autre du roman.
Ce livre peut-il se lire indépendamment ?

Ce serait dommage. Il est le deuxième tome d’une trilogie, par conséquent, les allusions au premier volume vont vous échapper.

  • Tome 1 : Entre ciel et terre
  • Tome 2 : La tristesse des anges
  • Tome 3 : Le Cœur de l’homme

Après la lutte des hommes contre la mer (Entre ciel et terre), Jón Kalman Stefánsson nous emmène batailler contre les tempêtes de neige au mois d’avril. Deux compagnons improbables, le gamin, déjà rencontré dans le volume précédent, et Jens le postier, marchent pour porter le courrier, et seules la littérature et la poésie apportent une note d’espoir dans cette Islande désolée.

Sommaire

Le gamin, Jens le postier et une tournée hors du commun

Le gamin réside toujours chez Geirþrúður avec Helga et l’ancien capitaine de bateau devenu aveugle. Il apprend à mieux connaître son entourage, le puissant Friðrik, qui vient un jour sermonner Geirþrúður et la convaincre d’avoir une vie décente en se mariant. Il a une fille, dont les épaules « aussi blanches que le clair de lune » troublent le gamin.

Geirþrúður annonce au jeune homme qu’il va rester avec eux et qu’ils vont se charger de son éducation, mais seulement à son retour. En effet, il doit accompagner Jens le postier dans une tournée inhabituelle.

Une marche dangereuse, portée par la poésie

L’aventure commence, une marche incessante dans la neige et la tempête. Ce pourrait être interminable, mais c’est fascinant. Et même si La tristesse des anges, suite de Entre ciel et terre, ne m’a pas autant surprise que le premier tome, j’ai toutefois trouvé ce livre remarquable.

D’abord, le gamin, bavard, comme pas deux, et Jens, un rude gaillard taiseux, sont à l’opposé l’un de l’autre. La communication est difficile, comment vont-ils arriver à prendre soin l’un de l’autre dans ces conditions ? Très vite, Jens marche en avant, le gamin le suit comme il peut, manque de le perdre, le perd et… je vous laisse découvrir les conséquences.

Ensuite, cette présence constante des morts, de la mort, et de la poésie. Comme si la poésie avait la capacité de repousser la mort. La vie, c’est le Village où réside le gamin et où les habitants se préoccupent de pouvoir et de décence. Partir en voyage, c’est affronter les morts et la mort à chaque instant, une seule chose compte : survivre ; la poésie est là pour aider :

« Serre-toi tout contre moi, le froid s’évanouira.
Serre-toi tout contre moi, la solitude s’adoucira.
Serre-toi là contre moi, la beauté règnera.
Serre-toi bien contre moi, la mort ne m’effrayera.
Serre-toi fort contre moi, et je trahirai tout. »

Enfin, les étapes sont l’occasion de rencontrer des familles qui vivent dans des fermes isolées et qui ne voient jamais personne l’hiver à cause des difficultés qu’il y a à se rendre chez elles. Et elles ne voient pas grand monde l’été non plus, trop occupées par le travail de la ferme. Elles sont pauvres, mais, même quand elles n’ont presque rien, elles partagent. Et paradoxe, pour nous, Français, ces familles misérables ont des livres !

Alphabétisation et littérature en Islande au XIXe siècle

À la fin du XIXe siècle, le taux d’alphabétisation approchait les 100 % en Islande (de 85 % à 90 % en France, avec une disparité entre hommes et femmes).

À partir de 1744 (décret royal danois), les parents islandais avaient l’obligation d’enseigner la lecture à leurs enfants dès leur plus jeune âge ; ceux-ci devaient en effet être capables de lire les textes religieux ; et les pasteurs inspectaient chaque ferme, une ou deux fois par an, pour s’en assurer. Un adolescent qui ne savait pas lire se voyait refuser l’accès à la confirmation et donc à toute vie sociale. Sans confirmation, il était impossible de se marier ou d’acheter une ferme.

Pendant les longues soirées d’hiver, les habitants de la ferme se réunissaient dans la baðstofa (pièce principale) pour travailler (la laine pour les femmes, les outils et les chaussures pour les hommes). Une personne était désignée pour faire la lecture de manuscrits recopiés. Cette tradition, la kvöldvaka, a disparu avec l’arrivée de l’électricité, mais les Islandais ont conservé leur amour de la lecture.

Où acheter La tristesse des anges de Jón Kalman Stefánsson ?

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L’Islande, fin XIXe siècle : après la mer, la tempête de neige

Nous sommes donc toujours en Islande à la fin du XIXe siècle, dans ce deuxième volet de la Trilogie romanesque. Et il ne s’est déroulé que 3 semaines entre le début d’Entre ciel et terre où les hommes affrontaient la mer, et le début de La tristesse des anges. Mais cette fois-ci, préparez-vous à braver une tempête de neige devant laquelle vous n’êtes qu’un fétu de paille.

Deux Islande face à face : ceux qui survivent, ceux qui jugent

Les personnages sont admirablement caractérisés, même si les personnages secondaires tiennent relativement peu de place, tels que Friðrik et sa fille.

J’ai ressenti deux classes de personnes dans ce roman. D’un côté, les gens qui mettent leur vie en danger pour survivre, c’est le cas des pêcheurs que nous avons rencontrés dans le premier tome, également de Jens et du gamin. Jens n’a pas vraiment le choix, il doit accepter une mission avec un trajet qu’il ne maîtrise pas, pire que ça, une partie de voyage se fait par mer, ce qu’il n’aime pas.

Et puis, il y a ceux qui ont assez, et qui ont le temps de s’occuper d’autres choses, de la vie soi-disant indécente de Geirþrúður, par exemple. Geirþrúður devrait faire partie de cette classe-là. Grâce à ce que lui a laissé son mari, elle a suffisamment de biens pour rester au Village. Mais voilà, Geirþrúður est une femme et son indépendance choque.

Et au-dessus, ou à côté, je ne sais pas vraiment, la mort et les morts, présents et pas forcément bienveillants.

La plume de l’auteur

La plume poétique de l’auteur est envoutante. Ses propos sur les morts sont plus fascinants que morbides.

Incipit :

« Maintenant, il ferait bon de dormir jusqu’à ce que les rêves deviennent un ciel, un ciel calme et sans vent où quelques plumes d’ange virevoltent doucement, où il n’y a rien que la félicité de celui qui vit dans l’ignorance de soi. Mais le sommeil fuit les défunts. »

Et la mort qui, d’une façon ou l’autre, rôde toujours autour de ceux qui essaient de survivre.

Citation :

« Qu’est-il devenu des vies qui se consumaient en ces lieux, pourquoi chacune des heures de l’homme s’évapore-t-elle pour sombrer ainsi dans l’oubli, n’y a-t-il donc personne qui consigne tout cela, les événements, le rire des enfants, les baisers ? S’écoule la nuit, vient le matin et ils sont encore en vie. Mais guère plus, maugrée le gamin, quand il quitte l’abri, recroquevillé derrière Jens, tellement engourdi par le froid qu’il lui semble avoir vieilli de cinquante ans. »

À vous de jouer : Partagez votre avis !

Et vous, croyez-vous que la poésie puisse vraiment nous aider à affronter la mort, ou n’est-ce qu’une belle idée littéraire ? Dites-le-moi en commentaires.

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Info-livre : La tristesse des anges de Jón Kalman Stefánsson

Couverture du livre de  Jon Kalman Stefansso, La tristesse des anges

Éditeur : Folio
ISBN : 978-2-07-045037-4
Date de parution : 03/01/2013

Photo de Catherine Perrin

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