Le rapport de Brodeck — Philippe Claudel

En arrière-plan, une main écrit et au premier plan; la coouverture du livre de Philippe Claudel, Le rapport de Brodeck
Fable noire

J’ai refermé Le Rapport de Brodeck de Philippe Claudel, bouleversée par cette fable sombre. Si, comme moi, vous aimez les romans qui interrogent la nature humaine sans jamais tomber dans le manichéisme, alors ce livre pourrait bien vous marquer durablement. Je vous raconte pourquoi il m’a autant troublée. Prix Goncourt des lycéens 2007.

Sommaire

Comment débute le livre ?

Il s’est passé quelque chose de grave dans le village où vit Brodeck. Il n’était pas là, il n’a rien fait, rien vu parce qu’il est arrivé après. En effet, sa petite-fille Poupchette était fiévreuse, et la vieille Fédorine lui a demandé d’aller chercher un peu de beurre pour faire des gâteaux que la fillette mangerait le lendemain matin.

Dans le café épicerie, tous les hommes du village étaient présents, à l’exception de ceux qui étaient trop âgés et du curé, sans doute occupé à cuver son vin. C’est là qu’ils lui ont demandé d’écrire un rapport — pour se disculper ?

Brodeck rédige donc le rapport, mais, dans le même temps, rédige un autre texte où il raconte ses souvenirs, sa vie. Il écrit au fur et à mesure de ses pensées, c’est à vous de reconstituer le puzzle. Je n’ai jamais, néanmoins, été perdue.

Qu’en ai-je pensé ?

C’est une fable très noire qui raconte ce que les hommes sont capables de faire quand ils ont peur. J’ai compris très rapidement que ce qui s’était passé était un meurtre, qui était la victime, qui étaient les coupables. L’intérêt du livre n’est pas là, il est dans la lente description de l’étau qui se ressert contre la victime et sans doute aussi contre Brodeck.

C’est pourquoi j’ai tourné les pages, fascinée par l’atmosphère sombre du village et ses personnages inquiétants. La peur semble couler le long des rues et des habitations, une peur que le silence éloigne à peine.

J’ai aimé la fin du livre parce que Brodeck tourne le dos à son passé douloureux et va vers un avenir que je lui souhaite meilleur.

Envie de le lire ?

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Quels sont les thèmes ?

  • Les temps noirs
  • Exactions collective
  • Culpabilité collective

Où et quand ?

Le roman se déroule dans un village isolé, dans un pays imaginaire dont le dialecte évoque l’allemand. On pense à l’après Seconde Guerre mondiale, mais Claudel ne nomme jamais les choses directement — pas de nazis, de camps, ni d’Hitler. Ce flou volontaire universalise le propos : ce qui s’est passé ici pourrait se produire ailleurs, à n’importe quelle époque. L’histoire est également différente, il y a un Adolf Buller, par qui tout commence, le village est occupé par les Fraterkeime.

Il ne faudrait donc pas grand-chose pour que tout recommence. Dans un village loin de tout, au milieu de montagnes, de forêt, de rivières où j’ai deviné un lieu qui aurait pu être enchanteur.

Qui sont les personnages ?

Le village
Il est le personnage principal du livre. En effet, même si l’auteur nous en décrit individuellement des habitants, les décisions ainsi que la culpabilité sont collectives. Les villageois ne sont pas forcément tous de mauvaises personnes, mais ils sont pris dans quelque chose de terrifiant qui les dépasse.

Brodeck
Son nom a été gravé sur le monument aux morts du village. Il a été effacé quand il est revenu du Kazerskwir (vous n’aurez aucun mal à traduire). Cela veut-il dire qu’il fait partie du village ? Alors, pourquoi n’était-il pas au café quand le meurtre s’est déroulé ?

Brodeck est une victime, ce qui n’est pas synonyme de bonne personne. Même s’il a souffert plus que les autres, il est le premier à reconnaître que ses actions ne lui permettent pas de juger autrui.

L’Anderer
Qui est cet homme aux vêtements brodés arrivé au village avec un cheval et un âne ? Sa réponse au maire est aussi calme qu’énigmatique :

« Tout dépend de vos croyances, monsieur le Maire, tout dépend de vos croyances. Je vous laisse seul juge… »

Ce qui est certain, c’est que cet homme mystérieux, qui note tout dans un petit carnet, va servir de miroir aux habitants et à leurs actions.

Il est intrigant et, par ses vêtements et son silence, introduit une touche aux frontières du fantastique.

Comment est-ce écrit ?

L’écriture de Philippe Claudel est limpide.

Incipit :

« Je m’appelle Brodeck et je n’y suis pour rien.
Je tiens à le dire. Il faut que tout le monde le sache. »

Citation :

« L’idiotie est une maladie qui va bien avec la peur. L’une et l’autre s’engraissent mutuellement, créant une gangrène qui ne demande qu’à se propager. »

Mon avis en résumé

Ce que j’ai aimé

  • Le rappel d’évènements qui pourraient se reproduire ailleurs et en d’autres temps
  • L’écriture, aussi claire qu’addictive
  • Le personnage de l’Anderer, mi-réaliste, mi-fantastique

Mes notes

Univers narratif5.0/5
Personnages5.0/5
Intrigue5.0/5
Écriture5.0/5
Moyenne5.0/5
Plus de détails sur le système de notation

Lecture un peu exigeante

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Et après ?

Que ce soit après la Deuxième Guerre mondiale ou après le génocide au Rwanda, est-ce que la vie reprend comme avant ? Voici deux livres qui vous parlent d’une après-guerre.

Les silences de Dunkelblum
Eva Menasse

A l'arrière-plan, la carte de l'Autriche et au premier plan, la couverture du livre d'Eva Menasse, Les silences de Dunkelblum
En 1989, dans un village autrichien

Jacaranda
Gaël Faye

Un couteau en arrière-plan et la couverture du livre de Gaël Faye au premier plan
« Je comprends maintenant pourquoi on dit qu’un génocide est indicible. »

Info-livre : Le rapport de Brodeck par Philippe Claudel

Couverture du livre de Philippe Claudel, Le rapport de Brodeck

Éditeur : LGF/Livre de Poche
ISBN : 978-2-253-12572-3
Pages : 374
Date de parution : 01/04/2009

Photo de Catherine Perrin

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