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J’emporterai le feu de Leïla Slimani : quand l’autofiction maintient à distance

L’essentiel sur J’emporterai le feu de Leïla Slimani
Quel est le genre de ce livre ?
Autofiction, saga familiale, littérature marocaine, roman franco-marocain
Quels sont les thèmes principaux ?
- Identité entre deux cultures
- Bourgeoisie marocaine, années 1980
- Déclassement social
Quel est le niveau de lecture ?
Exigeant : style soutenu et narration non linéaire
Quel est le nombre de pages ?
473
Pour qui est‑ce fait ?
- Pour ceux qui ont lu les deux premiers tomes et veulent connaître le destin de Mia et Inès
- Pour ceux qui sont sensibles à la prose avant tout
- Pour ceux qui s’intéressent au Maroc des années 1980-2000, à la question du déclassement social sous Hassan II
À qui ne pas le recommander ?
- À ceux qui attendent un roman à tension narrative
- À ceux qui ont besoin de personnages très incarnés pour s’attacher à eux
Faut-il avoir lu les deux premiers tomes pour apprécier ce roman ?
Pas forcément, vous pouvez le lire de façon indépendante, mais c’est dommage de ne pas suivre l’évolution de la famille depuis les années 1940.
Quels sont les premiers volume de la trilogie ?
- Le pays des autres (vol 1)
- Regardez-nous danser (vol 2)
Le talent pour l’écriture de Leïla Slimani n’est plus à démontrer. Mais je reste frustrée par le manque d’incarnation du Maroc et des personnages. De plus, là où j’attendais tension dramatique et émotions, d’autant plus que l’histoire était proche de la réalité, je suis demeurée à distance. Enfin, l’engagement politique et féministe, bien que présent, reste en surface.
Sommaire
Une famille bourgeoise marocaine, dernier tome de la trilogie
Mehdi quitte Casablanca, une ville qu’il ne comprend pas, qu’il n’aime pas. Il vient d’y vivre six jours d’affilée, en dormant sur un lit pliant et en se nourrissant de sandwich au thon. Il n’a fait que travailler, pour saisir l’opportunité qui se présentait. Lorsqu’il arrive chez lui, il se réjouit de passer la soirée devant un match de foot avec ses copains, le Maroc joue contre l’Algérie. Aïcha, la femme de Mehdi qui a des contractions, devra néanmoins attendre la fin du match.
Le Maroc des années 1980-90 : un décor peu incarné
L’histoire se déroule au Maroc dans les années 1980 et 1990. Mais il y a peu de descriptions et le Maroc semble, effectivement, un pays étranger, mais sans réelle incarnation.
Autofiction et distance émotionnelle
Le roman raconte la vie quotidienne d’une famille bourgeoise marocaine, et j’ai éprouvé la lassitude de la vie quotidienne en le lisant. Il y avait pourtant des drames qui auraient dû installer une tension et m’émouvoir.
En effet, Mehdi, comme le père de Leïla Slimani, est banquier. Il a été licencié et arrêté. Il a passé des mois en prison. Mais peut-être parce qu’Aïcha tient ses filles à distance, je l’ai été aussi. J’aurais aimé avoir plus de détails sur ce qui s’est passé. Malheureusement, l’autrice ne s’attarde pas sur le destin de cet homme mort en sortant de prison et blanchi à titre posthume.
À la place, j’ai dû me contenter d’une illustration de ce qui pouvait se passer d’arbitraire au Maroc. Certes, ce n’était probablement pas l’objectif de Leïla Slimani de nous instruire sur ce sujet, mais, ce faisant, son histoire ne m’a pas vraiment touchée. L’autrice écrit de longues pages sur son père après son licenciement. Il s’ennuie, moi aussi. C’est souvent le problème avec l’autofiction, elle peine à atteindre tous les lecteurs.
Certes, ce tome est plus autobiographique que les précédents, Mia est écrivaine (de romans policiers), vit en France et veut raconter l’histoire de son père. Mais, il m’a davantage donné envie de connaître Leila Slimani que ses œuvres. Leila Slimani m’émeut, ses romans beaucoup moins.
Une scène m’a néanmoins stoppée dans ma lecture et illustre ce que je viens d’écrire. Le soir du premier tour de l’élection présidentielle 2002, Jean-Marie Le Pen arrive deuxième. Jérôme, avec qui vit Inès, se met à pleurer. Il lui explique que c’est pour elle qu’il pleure. Comment ça ? Inès est une jeune fille ravissante qui fait des études de médecine. Ce n’est pas un peu condescendant ? En fait, probablement pas, du moins du point de vue de l’autrice. Elle explique très bien, dans cette vidéo, ce qu’a été son éducation dans un pays qui « ne compte pas ».
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Des personnages féminins engagés, mais peu assurés
Les figures du roman sont surtout féminines et j’ai senti au travers de ces femmes, le désir de Leïla Slimani de défendre la cause des femmes.
D’abord, Aïcha est gynécologue et affronte les problèmes des femmes marocaines. Ensuite, à aucun moment, la famille de Mia et d’Inès ne leur impose une trajectoire typiquement féminine. Et enfin, les deux jeunes femmes n’auront pas à conquérir leurs libertés.
Malheureusement, j’ai trouvé les personnages très peu incarnés. Ils ont tous deux ou trois caractéristiques fortes, et ça s’arrête là. Par exemple, Aïcha est gynécologue et ne vit que pour sa famille, .
Une écriture magnifique qui prend le pas sur tout le reste
Le style de l’autrice est magnifique
Incipit :
« Une nuit de novembre 2021, j’ai perdu le goût et l’odorat. Une femme dormait dans mon lit. »
Mais j’ai été perdue. Qui est « je » ? Malheureusement, le style prend le pas sur tout le reste (incarnation du lieu et des personnages) et ce n’est pas le genre de roman que je préfère.
Citation :
« Est-ce que j’aurai un jour le droit, juste une fois de rester vraiment seul ? Est-ce que je pourrai un jour ne pas sortir de ce lit, ne pas prendre ma douche, ne pas faire semblant que le long défilé des jours a encore un sens ? »
Mes notes
| Univers narratif | 3.0/5 |
| Personnages | 3.0/5 |
| Intrigue | 3.0/5 |
| Écriture | 5.0/5 |
| Moyenne | 3.5/5 |
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Info-livre : J’emporterai le feu de Leïla Slimani

Éditeur : Folio
ISBN : 978-2-07-313381-6
Date de parution : 05/03/2026

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