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Entre ciel et terre de Jón Kalman Stefánsson : plongée dans l’Islande des pêcheurs, loin de Pierre Loti

L’essentiel sur Entre ciel et terre de Jón Kalman Stefánsson
Quel est le genre de ce livre ?
Littérature islandaise / Fresque islandaise
Quels sont les thèmes principaux ?
- Vie des Islandais au XIXe siècle
- Survie
- Pêche à la morue
Quel est le niveau de lecture ?
Exigeant : prose poétique et questions laissées au lecteur
Quel est le nombre de pages ?
260
Pour qui est‑ce fait ?
- Pour les lecteurs sensibles à une écriture poétique dense, qui n’ont pas peur d’un rythme contemplatif entrecoupé de scènes de tension pure.
- Pour les amateurs de littérature nordique curieux de découvrir l’Islande vue de l’intérieur
À qui ne pas le recommander ?
- Aux lecteurs allergiques aux structures narratives par touches successives
- Aux lecteurs cherchant un roman d’aventures maritime linéaire et rythmé
Entre ciel et terre de Jón Kalman Stefánsson raconte une Islande vue de l’intérieur, à rebours de Pierre Loti qui parlait de campagnes de pêche bretonnes. Ce livre n’a rien d’un roman d’aventures, il relate la survie et le peu de place laissé pour quoi que soit d’autre.
Le point de départ de l’histoire
Bárður et le gamin ont quitté le village. Ils marchent dans une neige épaisse pour atteindre le campement. Ils espèrent sortir cette nuit, en effet, ils n’ont pu pêcher la morue depuis deux semaines à cause du temps : tempête, pluie et neige. Arrivés au baraquement, ils retrouvent Pétur, le maître pêcheur, sa femme Andrea, qui est aussi la cantinière et les autres membres de l’équipage. Ils s’installent et tirent leurs livres de leur sac, pas grand-chose pour le gamin, mais Bárður a emprunté Le Paradis perdu de Milton.
Ils ont vu juste, ils vont sortir. Le premier coup de rame sera donné à 3 heures du matin précises, une fois que le cor de Benedikt aura retenti.
Ce que j’ai pensé du roman
Pour faire court, ce roman m’a émerveillée. D’abord, je ne m’attendais pas à une telle tension. Elle est bien préparée, parce qu’avant le départ des pêcheurs, l’auteur nous parle de ceux, nombreux, qui ont été noyés. Le gamin lit dans le journal que six hommes ont péri dans le golfe de Faxaflói. Et pas dans n’importe quel bateau, dans une barque à six rames, comme celles qu’ils vont prendre. Alors évidemment, quand on retrouve Bárður, le gamin et les autres sur la frêle embarcation, à quatre heures de rame de la côte, l’angoisse monte. Et quand la tempête de neige arrive…
Et puis arrive la surprise qui m’a sortie du livre : Bárður a oublié sa vareuse parce qu’il était trop occupé à retenir des vers de Milton. C’est possible, ça ? Après tout ce que l’auteur vient de nous raconter sur les dangers de la mer ainsi que sur le temps islandais, un pêcheur peut oublier sa vareuse ? Cette question est restée dans un coin de ma tête jusqu’à ce que je finisse par comprendre : les poètes ne sont pas faits pour le métier de pêcheur en Islande. Bárður l’a pourtant annoncé, juste une phrase posée comme en passant : p 62
« Toi et moi ne sommes pas nés pour être pêcheurs, lui a-t-il confié hier, à la Boulangerie allemande, devant une tasse de café et un peu de brioche. »
Lorsque la barque est revenue au camp, à un peu plus du tiers du livre, je me suis inquiétée. Que peut-il se passer de plus après ce passage plein de tension et qui ne soit pas ennuyeux ? C’est en fait sur un tout autre ton que s’ouvre la deuxième partie. J’ai rencontré des Islandaises et des Islandais, pour la plupart d’entre eux, la vie n’est pas facile. Au détour d’un bâtiment, Jón Kalman Stefánsson raconte des histoires, tristes ou tendres. J’ai aimé la fin, qui pourrait se suffire à elle-même, mais, sachant qu’il y a encore deux livres (c’est le premier tome d’une trilogie), j’ai hâte de les découvrir.
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Les lieux et l’époque du récit
L’époque se déroule à la fin du XIXe siècle, à la période préindustrielle. Nous connaissons, bien sûr, les pêcheurs d’Islande, ne serait-ce que grâce au livre éponyme de Pierre Loti, mais il s’agit de pêcheurs bretons partis pêcher la morue en Islande. Ils ne s’intéressaient qu’à la morue et fort peu aux Islandais. Jón Kalman Stefánsson nous plonge dans l’autre partie de l’histoire, aussi méconnue que l’Islande avant qu’elle se mette à fasciner les touristes.
Les figures du roman
Les deux principales figures de ce roman islandais sont énigmatiques.
Bárður
Il est jeune, beau, amoureux et passionné de poésie. Que fait-il au milieu de ces rudes pêcheurs ? Et c’est peut-être là tout le thème du livre : que peut-on faire quand on est né dans un endroit pour lequel on n’est pas adapté ?
Le gamin
J’avoue que ne jamais connaître son nom, alors qu’on sait tout ou presque de sa vie et de ses pensées, m’a agacée. Pourquoi n’a-t-il pas de nom ? Pour renforcer sa fragilité morale ? Il est capable d’aller pêcher la morue, mais, dès qu’on lui adresse la parole, il se liquéfie. À la fin du livre, j’ai pensé qu’il méritait un nom.
Les autres personnages
Un des cœurs du Village est un café tenu par Helga et qui appartient à Geirþrúður. Elles sont venues de Reykjavik quand Geirþrúður a épousé un homme du Village, mort depuis. Elles sont aussi généreuses qu’énigmatiques. Peut-être en saurons-nous davantage dans les prochains tomes ? C’est dans ce café qu’un ancien capitaine de bateau devenu aveugle passe son temps à avaler des tonnes de café noir. Il possède 400 livres. Et c’est lui qui a prêté Le Paradis perdu à Bárður.
Autour d’eux gravitent des personnages moins complexes, capitaines de bateau, commerçants, postiers…
La plume de l’auteur
Elle est magnifique et poétique, tout en ne prenant jamais le dessus sur l’histoire racontée.
Incipit :
« Les montagnes en surplomb dominent la vie, la mort ainsi que ces maisons blotties sur la langue de terre. Nous vivons au fond d’une cuvette : le jour s’écoule, le soir se pose ; elle s’emplit lentement de ténèbres, puis les étoiles s’allument au-dessus de nos têtes où elles scintillent éternellement, comme porteuse d’un message urgent, mais lequel et de qui ? »
Jón Kalman Stefánsson est capable d’écrire de façon soutenue tout en créant de l’angoisse :
Citation : p63
« Seule une maigre planche les sépare de la noyade, il ne s’y habituera jamais et ici, le vent souffle plus fort. Les vagues grossissent, la mer s’alourdit. Ce n’est pourtant pas du gros temps et ils rament. Ils forcent, leurs muscles se nouent, patience, morue, nous voilà. »
Avis et notes
Ce roman n’est pas des plus faciles parce qu’il oblige à réfléchir sur certaines choses, comme la vareuse oubliée ou l’absence de nom du gamin ; il n’en reste pas moins un des meilleurs livres lus cette année.
| Univers narratif | 5.0/5 |
| Personnages | 5.0/5 |
| Intrigue | 5.0/5 |
| Écriture | 5.0/5 |
| Moyenne | 5.0/5 |
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Info-livre : Entre ciel et terre de Jón Kalman Stefánsson

Éditeur : Folio
ISBN : 978-2-07-044051-1
Date de parution : 03/03/2011

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