Lázár de Nelio Biedermann : la saga hongroise qui raconte tout et montre si peu

En arrière-plan, la silhouette de la ville de Budapest, capitale de la Hongrie. Au premier plan, la couverture du livre de Nelio Biedermann, Làzàr
Univers3/5
Personnages2.5/5
Intrigue2.5/5
Écriture2.5/5

L’essentiel sur Lázár de Nelio Biedermann

Quel est le genre de ce livre ?

Littérature suisse / Saga familiale historique

Quels sont les thèmes principaux ?
  • Déclin aristocratique
  • Histoire hongroise du XXe siècle
Quel est le niveau de lecture ?

Moyen : narration non linéaire et ellipses

Quel est le nombre de pages ?

352

Pour qui est‑ce fait ?
  • Pour les lecteurs qui aiment les sagas menées tambour battant, capables de couvrir 60 ans d’une famille en 350 pages
  • Pour les amateurs d’atmosphères gothiques et oniriques, qui apprécieront le château isolé, la forêt menaçante et l’enfant translucide
  • Pour les lecteurs qui connaissent déjà l’histoire de la Hongrie au XXᵉ siècle, capables de combler eux-mêmes les liens entre les évènements et le destin de la famille.
À qui ne pas le recommander ?
  • Aux lecteurs qui veulent comprendre la Hongrie de l’entre-deux-guerres à 1956 à travers une famille
  • Aux lecteurs qui ont besoin de s’attacher aux personnages, car leur vie intérieure reste presque toujours hors champ
  • Aux lecteurs qui attendent que chaque mystère trouve sa suite, car le roman ouvre de nombreuses pistes qu’il abandonne en chemin.

Dans Lázár, Nelio Biedermann enchaîne les faits sur près de soixante ans, mais ils ne laissent pas les scènes se développer. Une exception néanmoins : l’histoire d’amour de Pista et de Matilda. En revanche, les conséquences de la prise de pouvoir des communistes sur une famille aristocratique sont traitées au même niveau que les autres évènements. J’ai donc été déçue, puisque j’avais choisi ce roman pour son arrière-plan hongrois.

1900 : un enfant translucide naît chez les Lázár

En 1900, un enfant vient de naître au domaine du baron von Lázár, une famille de l’aristocratie hongroise. Au grand étonnement du médecin, le bébé a une peau tellement translucide qu’on peut voir ses organes. Il est pourtant en parfaite santé.

Son père, Sándor von Lázár est perturbé par ce bébé différent. Quant à sa mère, Mária, elle redoute une question qui ne viendra que deux ans plus tard, posée sur le ton de la plaisanterie : « Es-tu certaine que cet enfant est de moi ? » La baronne ose alors attester de la ressemblance du petit garçon avec Hayo 1er, un ancêtre de la famille. Au lieu de lui rétorquer qu’il n’existe aucun portrait de l’ancêtre, Sándor se met à l’imaginer sous les traits de son fils.

Une saga qui raconte plus qu’elle ne montre

J’ai dû lire plusieurs fois la première page, l’incipit m’ayant égarée :

« Alors que l’orée de la forêt obscure était encore jonchée de la neige du siècle défunt, Lajos von Lázár, l’enfant translucide aux yeux bleu lac, aperçut pour la première fois l’homme qu’il croirait, jusqu’à sa mort et même au-delà, être son père. »

En effet, « enfant » et « aperçut » m’ont orientée vers un enfant assez grand pour tirer une conclusion de ce qu’il voit. En réalité, la suite de la phrase est une anticipation du narrateur, pas un point de vue de l’enfant. À la première lecture, j’ai donc pris l’enchaînement pour un retour en arrière, et j’ai attendu en vain que l’auteur revienne sur cette phrase énigmatique.

Et pour ne rien arranger, je trouvais que ça faisait beaucoup, cette enfant translucide, qui n’est pas le fils du mari de sa mère. Sándor se pose des questions sur cette différence, Mária redoute les questions de son époux. Deux histoires en parallèle qui n’auront aucune conséquence : le secret ne sera jamais révélé et, plus tard, personne ne fera allusion au fait qu’on voit les organes de Lajos à travers sa peau.

Plus généralement, j’ai ressenti ce roman comme une suite de nombreux éléments juxtaposés plus ou moins approfondis. Par exemple, l’auteur narre l’histoire du précepteur de Lajos, il apparaît, puis disparaît sans avoir marqué qui que ce soit dans la famille. Il y en aura plein d’autres.

Et j’ai commencé à m’ennuyer, parce que toutes les histoires avaient déjà été racontées. L’auteur les narre une fois de plus, sans rien montrer. Puis Pista, le fils de Lagos, tombe amoureux de Matilda, certes un récit raconté maintes fois (voir Gioconda de Nikos Kokantzis). Et c’est là que le talent de Nelio Biedermann se révèle ; j’ai lu cette histoire similaire à une autre comme si c’était la première fois et j’ai ressenti les émotions comme si c’était la première fois.

Une liseuse posée sur une étagère de bibliothèque. Elle est ouverte sur la couverture du livre  de Nelio Biedermann, Làzàr

Provenance : Service de Presse numérique reçu des Éditions Belfond via NetGalley

Où acheter Lázár de Nelio Biedermann ?

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La Hongrie de 1900 à 1956, simple toile de fond

J’ai choisi ce roman à cause du lieu (Hongrie) et de la période (de la fin de l’Empire austro-hongrois à l’insurrection de Budapest en 1956). En lisant ce livre, j’ai réalisé que je connaissais l’histoire de la Hongrie à travers celle de l’Autriche-Hongrie, donc jusqu’à la Première Guerre mondiale. Et j’ignorais ce qui s’était passé entre les deux guerres, mes notions ne reprenaient que quand la Hongrie se retrouvait derrière le rideau de fer.

Alors, bien sûr, je n’espérais pas un livre d’histoire, mais de comprendre comment l’Histoire spécifique de la Hongrie avait influencé sur la vie de cette famille. Mais là encore, ce sont des scènes qui se suivent sans que les personnages se posent trop de questions, ce qui aurait fait le lien entre l’Histoire et le récit familial. Au lieu de ça, ils paraissent attendre, presque paisiblement, d’être chassés du château, puis de leur vie même :

« C’est alors que le crissement des gravillons lui fit lever les yeux. Il fut surpris d’apercevoir, au lieu de Venise, la surface du bassin. Son père était à la maison, et ils n’attendaient pas de visite. Mais Pista ne s’inquiéta pas pour autant. »

Le crissement des gravillons, c’est la bonne qui vient lui annoncer : « Les communistes sont là ! Il faut partir ! » Une heure et deux pages plus loin, ils ont quitté le château. Alors que cet évènement aurait dû être le cœur du livre !

Des personnages sans vie intérieure

J’ai eu du mal à les trouver attachants, même Pista, dont l’histoire d’amour m’a pourtant touchée. D’abord, aucun d’entre eux n’est vraiment sympathique, sans doute parce qu’il nous manque des clés. Certes, j’ai éprouvé de la compassion envers Mária (elle se scarifie les poignets), mais je n’ai aucune idée de pourquoi, elle en est arrivée là. Quant à son histoire d’amour avec le père biologique de Lajos, elle est pour le moins elliptique :

« Mais Mária le suivit, admirant ses larges épaules, et quelques pas derrière lui, elle se racla presque imperceptiblement la gorge.
Neuf mois plus tard, Lajos venait au monde. »

La mort prématurée de PAL met définitivement fin à cette partie de l’histoire : le secret cesse de peser et la translucidité de la peau n’est plus un problème.

C’est le cas pour tous les personnages, j’ai attrapé, çà et là, quelques bribes de leurs vies, mais sans accès à leurs pensées ni à une quelconque possibilité d’explication psychologique. Peut-être est-ce la limite d’une saga familiale sur 3 générations en seulement 350 pages.

De Proust, il ne reste que la citation

En lisant Lázár, je n’ai cessé de penser au conseil donné aux apprentis écrivains : show, don’t tell (montrez, ne racontez pas). Nelio Biedermann raconte beaucoup et montre peu.

« La célérité, l’efficacité et l’ingéniosité avec laquelle Mária apprit à maîtriser ce savoir-faire furent d’autant plus surprenantes. Pourtant, la méthode qu’elle utilisa pour s’exercer était aussi simple qu’infaillible : elle mentait chaque fois que l’occasion se présentait. »

J’aurais aimé voir cette évolution de Mária en menteuse de compétition.

Et les rares allusions littéraires que j’ai trouvées me sont plutôt apparues comme une décoration de plus. Celle-là, très célèbre :

Citation :

« Longtemps, il s’était couché de bonne heure. »1

Trop célèbre pour que je ne la reconnaisse pas. Difficile de ne pas chercher un lien entre le roman et Marcel Proust. Mais alors que Proust s’étend sur les expériences des personnages, en les décrivant sur des pages et des pages (la non moins célèbre Madeleine), Nelio Biedermann passe d’un fait à un autre. Bref, il ne suffit pas de convoquer de grands auteurs pour se hisser à leur niveau.

Un phénomène qui ne m’a pas convaincue

Je reste surprise de l’engouement suscité par ce roman souvent comparé à celui de Thomas Mann, Les Buddenbrock. Écrit par un jeune auteur suisse de 23 ans, Nelio Biedermann, Lázár est un parfait candidat pour un post sur Instagram : ces livres que tout le monde aime sauf moi.

À vous de jouer : Partagez votre avis !

Pour raconter un siècle d’histoire familiale, préférez-vous une saga en un seul volume, qui va droit à l’essentiel, ou une saga en plusieurs tomes, qui prend le temps d’installer ses personnages ? Dites-le en commentaires..

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D’autres sagas familiales en un seul tome

Je préfère les sagas en plusieurs tomes, elles prennent leur temps d’installer leurs personnages qui finissent par nous être familiers. Pourtant, ces sagas en un seul volume (mais beaucoup plus longues, 632 et 512 pages) sont parvenues à me toucher.

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Info-livre : Lázár de Nelio Biedermann

Couverture du livre de Nelio Biedermann, Lázár

Broché
Traductrice : Rose Labourie
Éditeur : Belfond
ISBN : 978-2-7144-0509-8
Date de parution : 20/08/2026

Photo de Catherine Perrin

Je m’appelle Catherine, et je suis blogueuse littéraire

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Réservé aux humains :

  1. Paraphrase de l’incipit du premier volume de A la recherche du temps perdu, Du côté de chez Swann : Longtemps, je me suis couché de bonne heure ↩︎

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