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Ceux du lac de Corinne Royer : quand l’écologie expulse les oubliés

L’essentiel sur Ceux du lac de Corinne Royer
Quel est le genre de ce livre ?
Roman écologique et social
Quels sont les thèmes principaux ?
- Écologie
- Discrimination
- Expulsion
Quel est le niveau de lecture ?
Moyen : écriture soutenue
Quel est le nombre de pages ?
256
Pour qui est‑ce fait ?
- Pour ceux qui s’intéressent aux angles inattendus de l’écologie
- Pour ceux qui aiment les romans ancrés dans un lieu réel et documenté
- Pour ceux qui sont sensibles à la question de la discrimination des communautés roms en Europe
À qui ne pas le recommander ?
- À ceux qui cherchent un roman à l’intrigue tendue et construite
- À ceux qui ont besoin de s’attacher aux personnages pour être touchés
- À ceux qui attendent une écriture coup de poing, compte tenu du sujet
Quelle distinction ?
Prix du roman d’écologie 2025
Le début puissant de Ceux du lac est prometteur, malheureusement, les scènes suivantes sont loin d’avoir l’intensité qu’elles mériteraient. Le thème, une décision environnementale, prise pour le bien commun, qui broie des vies est dilué dans des pistes narratives secondaires. Enfin, les personnages sont plus symboliques que vivants.
Un petit paradis menacé
Une fratrie tzigane a trouvé un moyen de pêcher plus rapidement qu’avec leurs cannes à pêche de fortune. Le temps gagné est utilisé à jouer et s’amuser. Ils demeurent avec leur père, pauvrement, mais libres, dans un petit paradis. Hélas ! leur lieu de vie va être classé en réserve naturelle et ils sont menacés d’expulsion.
Bucarest, entre béton abandonné et nature reconquise
L’histoire réelle aurait pu être belle. Dans la zone humide de Văcărești, en plein cœur de Bucarest (Roumanie), Nicolae Ceaușescu avait lancé la construction d’un lac artificiel. Après la chute du dictateur (1989), le projet avait été abandonné et la nature avait repris ses droits en donnant naissance à un écosystème remarquable. En 2016, le site est classé parc naturel urbain. Hélas, une famille tzigane a été expulsée et relogée par les services sociaux, probablement dans les conditions décrites par le livre.
Un roman qui nivelle quand il faudrait frapper
J’ai été saisie par la beauté du début qui décrit un chien qui remonte le flux d’une rivière. Mais non, ce n’est pas un chien ! C’est un homme. C’est un démarrage très fort, mais au fur et à mesure que le livre se déroule, la force se dilue. En effet, Corinne Royer dépeint de la même manière une bagarre sanglante, une révélation importante et les errances d’un personnage secondaire.
Pourtant, certaines scènes auraient mérité une écriture coup de poing. Par exemple, quand Ruben construit des ailes, j’aurais aimé plus de force, plus d’émotion. C’est une scène forte rédigée doucement, et ce choix la dessert. J’ai compris ce qui s’est passé, mais les émotions sont diluées dans les réactions du témoin. Et ce n’est pas la seule scène, la toute dernière s est plus symbolique que réaliste.
Alors oui, bien sûr, le thème de l’oubli, oubli que le rouleau compresseur de la modernité laisse de côté certaines personnes est bien présent, mais ce n’est pas le parti pris que j’attendais. J’aurais choisi celui du paradoxe : une décision écologique, prise pour le bien-être de la majorité, brise la vie d’une poignée d’êtres humains, et ce, d’autant plus qu’ils sont discriminés.
Mais c’est à une série de scènes que nous convie Corinne Royer et elles ont parfois un lien ténu avec les thèmes principaux. Enfin, le dénouement, certes, m’a paru probable, mais il arrive brutalement, sans la montée de tension qu’on aurait pu attendre et qui aurait mis en valeur la situation tragique de la famille Serban.
Où acheter ?
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Des symboles plus que des êtres vivants
Les figures du roman sont plus symboliques que réalistes. Après son expulsion, le père se met à boire. Le fils aîné, Sasho, tente de vivre comme s’il n’avait pas quitté le lac, son frère Ruben, disjoncte. Quant à Naya, elle ne rêve que d’une chose : jouer au football, ce qui introduit un thème supplémentaire et contribue à noyer le message du livre.
L’introduction de Gigi Becali, dirigeant réel du FC Steaua Bucarest, connu pour ses propos racistes, crée une attente qui n’aboutit pas. En effet, il n’a aucun rôle dans la transformation du delta en parc naturel. De plus, pour sa décision de recherche de sang tzigane, un personnage fictif aurait été tout aussi convaincant.
Au-delà de ce cas particulier, le manque de profondeur des personnages m’a empêchée de m’attacher à eux, et même de vivre ce qui leur arrivait.
Un incipit fulgurant, une promesse non tenue
Oui, le début du livre est puissant.
Incipit :
« De loin, on aurait pu croire que c’était un chien. Une masse sombre. Une tête émergeant au ras de l’eau, mais pas une tête entière, seulement un crâne, ou plus exactement l’arrière d’un crâne couvert d’une toison noire ; et la toison noire flottait sur un large cercle tronqué par les courants et elle paraissait démesurée par la taille du crâne. »
Mais j’ai détesté le manque de précision du vocabulaire, son abstraction qui, à mon sens, n’est pas adaptée au propos parce qu’il l’affadit :
Citation :
« Elle avait dû juger son départ pénible, terriblement pénible ; car sans doute s’était-il inscrit dans la liste de ces fameux évènements à haut niveau de répercussion, actant la faillite des espérances et le désordre des sentiments. »
Des poèmes de l’autrice sont inclus dans le roman. Hélas ! ils ne m’ont pas touchée. Peut-être suis-je passée totalement à côté de la poésie du livre. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas ce que j’attends d’un thème aussi fort.
Mes notes
| Univers narratif | 4.0/5 |
| Personnages | 3.0/5 |
| Intrigue | 3.0/5 |
| Écriture | 3.0/5 |
| Moyenne | 3.3/5 |
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Tziganes et Roms
Corinne Royer a choisi d’utiliser le terme tzigane, tout comme Charles Aubert (Danser encore), un terme qui n’a pas la connotation péjorative de Roms, quasiment synonyme dans notre imaginaire de bidon ville et de marginalité.
Danser encore
Charles Aubert

Le bureau d’éclaircissement des destins de Gaëlle Nohant

Info-livre : Ceux du lac de Corinne Royer

Éditeur : Points
ISBN : 979-10-414-2076-6
Date de parution : 21/11/2025

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