Le rêve de Ryôsuke — Durian Sukegawa

En arrière-plan, une chèvre et au premier plan, la couverture du livre de Dirian Sukegawa, Le rêve de Ryôsuke
Des épreuves toutes plus difficiles les unes que les autres

Je ne sais pas vous, mais moi, j’adore ces romans qui vous embarquent dès la première page, sans qu’on comprenne encore où l’on va. Le rêve de Ryôsuke de Durian Sukegawa, c’est exactement ça. Un mystère minuscule, une atmosphère étrange, et cette impression que, derrière le récit, tellement de leçons sont à portée de lecture.

Sommaire

Comment débute le livre ?

Dans la cafeteria d’un ferry à destination de l’archipel d’Aburi, Ryôsuke discute avec le contremaître qui l’a embauché. Ils sont bientôt rejoints par un jeune homme, Tachikawa et une jeune fille, Kaoru, eux aussi en partance pour aller faire des travaux de terrassement.

Ce que cherchent les trois jeunes gens, c’est gagner un peu d’argent, bien sûr, même si le travail s’annonce difficile et si la paie n’a rien d’extraordinaire. Mais Ryôsuke a une mission supplémentaire, trouver un homme et lui remettre un paquet.

Quand les travaux seront terminés, Ryôsuke décide de reprendre à son compte un projet inachevé, celui de son père. Ce rêve venu du passé devient le moteur de sa quête. Comment le percevrez-vous — ou l’avez-vous perçu si vous avez déjà lu le roman — comme une force de vie ou une illusion tragique ?

Qu’en ai-je pensé ?

Ce roman dégage de la sérénité. Mais cette sérénité vient du fait que les personnages ne s’attardent pas sur ce qui leur arrive, pas d’étalage de sentiments, ils passent à autre chose. Le rêve de Ryôsuke n’en reste pas moins une histoire tragique.

D’abord, il s’agit d’un roman initiatique et Ryôsuke passe par des épreuves toutes plus difficiles les unes que les autres. Beaucoup d’obstacles (qu’il se met parfois lui-même) et beaucoup d’échecs.

Ensuite, la fin ouverte m’a laissée sur une question angoissante : qu’allait-il arriver à certains personnages de l’île ? En effet, les décisions du Président tout puissant, soumises à la tradition, me font craindre le pire.

Enfin, le thème principal, notre relation avec les animaux, est traité de façon négative : non, nous ne pouvons pas vivre en paix avec eux, parce que nous devons les tuer pour survivre. Et à ce propos, et si vous deviez abattre l’animal que vous allez manger ?

Envie de le lire ?

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Quels sont les thèmes ?

  • Relations hommes et animaux
  • Survie dans un environnement difficile
  • Voyage initiatique
  • Secret de famille
  • Amitiés
  • Se reconstruire après une tentative de suicide

Où et quand ?

Le rêve de Ryôsuke se déroule sur l’archipel imaginaire d’Aburi. Les conditions de vie y sont difficiles, on y a d’ailleurs pratiqué l’ubasute, un usage mythique japonais qui consistait à abandonner un parent âgé sur une montagne et à le laisser mourir.

Les habitants ont appris à vivre sur l’île d’Aburi en pêchant, chassant et mangeant les chèvres sauvages. Ce mode de vie est devenu la tradition de l’île à laquelle les occupants sont attachés et dont le Président est le gardien.

Qui sont les personnages ?

Ryôsuke
Son père s’est suicidé, sa mère est morte de maladie et il soupçonne un secret autour de sa naissance. Lui aussi est attiré par le suicide qu’il a tenté même s’il a — et c’est paradoxal — envie de vivre.

Tachikawa et Kaoru
J’ai compris que leur vie était compliquée, mais je n’en ai pas su davantage. Ryôsuke et eux vont nouer une amitié aussi forte que pudique. Il trouvera en eux un soutien inattendu.

Kaoru va tirer des leçons importantes de son séjour sur l’île. Elle en repart plus forte, avec un objectif.

Les habitants de l’île
En dehors de certains personnages, ils sont représentés collectivement avec un comportement paradoxal. En effet, ils voudraient attirer de nouvelles personnes sur l’île tout en refusant la moindre modification de la tradition, ce qui constitue un obstacle aussi bien à leurs propres objectifs qu’à ceux des derniers arrivants.

Comment est-ce écrit ?

Incipit :

« Les nuages s’étaient déchirés après l’averse et le crépuscule ruisselait de lumière. Les goélands qui tournoyaient au-dessus de la digue, les hommes affairés sur les docks, tout était nimbé d’une auréole resplendissante. »

Citation :

Ryôsuke et ses compagnons étaient inquiets. Ce jour-là, toutes les fortes têtes, à commencer par Mutsu, avaient bu plus que de raison. Le visage écarlate, ils jetaient des regards en coin à Kaoru et à Tachikawa. Certains les hélaient même en braillant : « Piercing, viens donc boire un coup par ici ! »

Pour aller plus loin : repères culturels

L’ubasute, une légende culturelle

Il ne s’agit pas d’un fait historique avéré, mais d’une légende japonaise récurrente, souvent utilisée dans la littérature et le cinéma pour interroger la place des anciens dans une société en crise. Un mythe qui a aussi été étendu à des œuvres occidentales. Je me souviens avoir trouvé ce thème dans Eternity Express (2003) de Jean-Michel Truong.

La chasse, entre nécessité et culpabilité

Dans le shintoïsme, religion traditionnelle japonaise, les animaux et la nature sont porteurs d’une âme (kami). Tuer un animal implique donc une forme de dette spirituelle. Bien que la religion soit absente, l’ambivalence est présente à travers le personnage de Ryôsuke.

La pudeur comme manière d’être au monde

Peu de confidences, beaucoup de silence, ce que je ressens comme de la sérénité. En réalité, cette pudeur est typique de la culture japonaise, associé au gaman qui signifie supporter la douleur sans se plaindre, avec dignité.

Mon avis en résumé

Ce que j’ai aimé

  • Un univers narratif original
  • Des thèmes traités de façon inhabituelle
  • L’extrême pudeur des personnages

Ce que j’ai regretté (mais peut-être pas vous)

  • Un livre pessimiste, malgré la sérénité qui s’en dégage

Mes notes

Univers narratif5,0/5
Personnages5,0/5
Intrigue3,8/5
Écriture4,0/5
Moyenne4,4/5
Plus de détails sur le système de notation

Lecture un peu exigeante

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Info-livre : Le rêve de Ryôsuke par Durian Sukegawa

Couverture du livre de Durian Sukegawa, Le rêve de Ryôsuke

Éditeur : LGF/Livre de Poche
ISBN : 978-2-253-07407-6
Pages : 336
Date de parution : 02/05/2018

Photo de Catherine Perrin

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