La colère et l’envie — Alice Renard

En arrière-plan, un huit couché, au premier plan la couverture du livre d'Alice Renard, L'envie et la colère
Le huit couché est le symbole de la neurodiversité

Je suis tombée sur La colère et l’envie un peu par hasard, et j’ai été saisie par la délicatesse de ce premier roman. Vous aimez les personnages en marge, les silences qui en disent long, les amitiés improbables ? Alors, restez avec moi, je vous raconte pourquoi ce livre, discret en apparence, m’a touchée.

Sommaire

Comment débute le livre ?

Le livre s’ouvre sur les pensées de la mère et du père d’Isor. La mère, très attachée à sa fille, évoque tout ce qui fait qu’elle l’aime plus que tout, les petits trésors qu’elle trouve dans ses cheveux quand elle la coiffe, pollen, pétales de pissenlit ou bout d’écorce ou alors ses danses solitaires et sans musique. Plus distant, le père rappelle la débilité de son enfant, ses pleurs interminables, sa gaucherie.

Les médecins ont dit : elle pourrait, mais elle ne veut pas.

Qu’en ai-je pensé ?

À travers les pensées des parents d’Isor, la première partie du livre évoque parfaitement sa personnalité, ses difficultés à communiquer, mais aussi tout ce qui en fait un être humain attachant. À la fin de ce chapitre, j’étais prête à accueillir les évènements, même si j’ai trouvé ce début un peu plat.

En effet, la prise de conscience des difficultés d’Isor est décrite de façon froide presque clinique, alors que cet évènement a dû être dévastateur pour les parents.

L’amitié qui la lie à un vieil homme est tout à fait crédible, isolés tous les deux, l’une dans sa différence et l’autre dans son malheur, ils n’attendaient rien. Et peut-être est-ce pour ça que l’imprévu s’est produit.

J’ai moins compris le comportement d’Isor dans la dernière partie et dans l’épilogue, si ce n’est qu’elle s’ouvre au monde, bien sûr. Peut-être est-ce à cause du flou entretenu sur le sort de Lucien ? Bref, j’avais anticipé quelque chose qui ne s’est pas produit. De plus, Isor voit les choses différemment, il n’y a peut-être donc rien à comprendre.

Les lettres, que, contre toute attente, elle envoie à ses parents, sont remplies de poésie. La fin est joyeuse, Isor part vers une nouvelle vie.

Envie de le lire ?

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Quels sont les thèmes ?

  • Neurodiversité
  • Mutisme, silence
  • Différence
  • Amitié intergénérationnelle
  • Vieillesse

Où et quand ?

Le roman n’a pas d’ancrage historique spécifique, il se passe d’abord dans l’univers clos de l’appartement familial, puis en Sicile, lieu de contraste absolu avec son environnement précédent : lumière, volcan, animaux, etc.

Qui sont les personnages ?

Ils sont décrits surtout en fonction de leurs relations avec Isor. On ne connaît pas les prénoms des parents d’Isor.

Isor
Bien que je n’aie pas eu directement accès à ses pensées (et il ne fait aucun doute qu’elle en a), j’ai eu l’impression de la connaître autant que possible.

Les parents d’Isor
Ils représentent toute la difficulté d’avoir un enfant différent. Si la mère ne ressent pas sa vie comme sacrifiée, c’est pourtant le cas du père qui souffre de l’isolement dans lequel ils se sont enfermés. Ensuite, il est écarté de l’amour fusionnel entre sa femme et sa fille. Du moins, c’est comme ça qu’il le perçoit, il est possible qu’Isor le voie autrement, comme en témoignent ses lettres.

Les métiers de ses parents sont risqués (pompier et laveur de vitres en hauteur) et laissent penser qu’ils auraient pu avoir une autre vie, ou une autre approche que celle de l’isolement.

Lucien
Septuagénaire, il a renoncé aux plaisirs de la vie à la suite d’un drame. Sans le bousculer vraiment, Isor pénètre dans son monde, découvre la musique, les dominos.

Comment est-ce écrit ?

J’ai aimé le style de l’autrice qui allie sobriété et poésie.

Incipit :

« mère
Mon poussin, ma toute petite, moi qui t’ai formée au rythme des secrets de mon ventre, je t’ai vue finalement grandir. En dépit de tout. De toutes ces choses incompréhensibles et qui t’étaient contraires. »

Citation :

« Ces angoisses de grand-père n’avaient jamais fait partie de mes plans. Je les considérais comme une niaiserie de plus, que ma solitude m’épargnait généreusement. C’est fou comme on peut se tromper sur un nombre incalculable de sujets. »

Mon avis en résumé

Un joli roman qui, en mettant de la poésie là où ne l’attend pas, nourrit la tolérance envers ce qu’on ne comprend pas toujours. Mais sur ce genre de sujet, je préfère des analyses plus en profondeur.

Ce que j’ai aimé

  • La vie intérieure des parents d’Isor
  • L’inattendu, source d’ouverture
  • La fin lumineuse

Ce que j’ai regretté (mais peut-être pas vous)

  • Un peu plat
  • Certaines zones sont laissées à l’ombre (drame de Lucien)

Mes notes

Univers narratif3.0/5
Personnages3.5/5
Intrigue3.0/5
Écriture4.0/5
Moyenne3.4/5
Plus de détails sur le système de notation

Premier roman d’Alice Renard, La colère et l’envie a fait sensation lors de la rentrée littéraire 2023 et a remporté le prix Méduse.

Si vous souhaitez aller plus loin, je vous recommande cette présentation d’Alice Renard elle-même, filmée à la librairie Mollat.

Alice Renard

Lecture assez facile

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Info-livre : La colère et l’envie par Alice Renard

Couverture du livre d'Alice Renard, La colère et l'envie

Editeur : Points
ISBN : 979-10-414-1584-7
Pages : 160
Date de parution : 30/08/2024

Photo de Catherine Perrin

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