Kim Jiyoung, née en 1982 de Cho Nam-Joo : le roman qui a divisé la Corée du Sud

En arrière-plan, le drapeau de Corée du Sud et au premier plan, la couverture du livre de Cho Nam-Joo, Kim Jiyoung, née en 1982

En moins de 200 pages, Kim Jiyoung, née en 1982 de Cho Nam-Joo concentre l’ensemble des discriminations vécues par une femme coréenne. Des discriminations amplifiées par rapport à ce que nous connaissons en France et par le piège narratif que nous tend l’autrice.

L’essentiel sur Kim Jiyoung, née en 1982 de Cho Nam-Joo

Quel est le genre de ce livre ?

Littérature coréenne/Fiction féministe documentée

Quels sont les thèmes principaux ?
  • Condition féminine en Corée du Sud
  • Maternité et emploi en Corée du Sud
  • Patriarcat
Quel est le niveau de lecture ?

Assez facile : style fluide et sobre

Quel est le nombre de pages ?

166

Pour qui est‑ce fait ?
  • Pour les lectrices et lecteurs qui s’intéressent aux questions de condition féminine
  • Pour les curieux de littérature coréenne qui veulent une porte d’entrée accessible avant d’aborder des œuvres plus complexes, comme celles de Han Kang.
  • Pour les lecteurs sensibles aux constructions narratives qui jouent avec le point de vue et réservent une révélation finale.
À qui ne pas le recommander ?
  • À ceux qui préfèrent une lecture légère ou distrayante
  • Aux lecteurs déjà très familiers du sujet (féminisme, société coréenne)
Faut-il connaître la culture coréenne pour comprendre les enjeux du roman, ou le propos est-il universel ?

Le propos est universel, même si la culture coréenne a son importance. C’est une bonne porte d’entrée sur la littérature coréenne.

Une plaisanterie qui n’en est pas une

À trente-cinq ans, Kim Jiyoung est mariée et maman d’une petite fille dont elle s’occupe seule. Son mari ne rentre jamais du travail avant minuit et ne passe qu’un jour du week-end chez lui.

Un jour, Kim Jiyoung s’adresse à son mari comme si elle était sa belle-mère : « mon geeeendre ». Une plaisanterie, pense Jeong Daehyeon. Mais la même chose se reproduit lorsque la jeune femme déclare être une de ses amies, Cha Seungyeon.

Qu’arrive-t-il à Kim Jiyoung ? S’en suit l’histoire de sa vie, de son enfance à la période où elle est jeune maman.

La situation féminine en Corée du Sud

C’est la première raison pour laquelle j’ai trouvé ce livre glaçant. Je suis habituée à lire des essais féministes qui approfondissent un angle en particulier, ou des romans qui évoquent un thème spécifique ; Kim Jiyoung, née en 1982, rassemble tous les thèmes en moins de 200 pages : discrimination scolaire, pression du mariage et de l’enfant mâle, discrimination à l’emploi, charge du foyer, harcèlement. Au fur et à mesure qu’ils s’accumulent, le livre devient étouffant ; et ce, jusqu’à la dernière phrase : « Quel que soit son talent, une femme qui a encore des enfants à charge cause des soucis. Je prendrai une célibataire pour la remplacer. »

Cette phrase, je l’ai entendue maintes fois, sous cette forme ou sous une autre. Et ce n’est pas la seule situation familière que j’ai retrouvée dans le livre et nous arrivons à la deuxième raison qui rend ce livre glaçant : toutes ces situations sont amplifiées. Les filles qui réussissent mieux à l’école que les garçons ? En Corée, les filles aident à corriger les devoirs. Travailler tard ? En Corée, on parle de minuit. Les garçons privilégiés pendant l’enfance ? En Corée, on parle de différences dans les assiettes.

Enfin, et c’est la troisième raison, tous les hommes du livre ne sont pas méchants et certains font de leur mieux. À commencer par le mari de la jeune femme, Jeong Daehyeon, il est prêt à l’aider, mais à aucun moment, il ne comprend réellement le problème. Et au cas où vous ne comprendriez pas non plus, la construction du roman, remarquable, enfonce le clou. En effet, le style est très factuel et semble provenir d’un narrateur extérieur. Il n’en est rien. Le narrateur est révélé au dernier chapitre. Et cet ultime chapitre, en forme de chute, montre à quel point la culture néo-confucianiste est imprégnée dans chacun.

Où acheter Kim Jiyoung, née en 1982 de Cho Nam-Joo ?

Note : Les liens d’achat vers ce livre sont des liens affiliés. Si vous passez par eux pour effectuer un achat, je reçois une petite commission sans surcoût pour vous. Votre soutien aide à maintenir ce blog. Merci.

Acheter d’occasion
Recyclivre
Poche neuf
Eyrolles
Numérique
Eyrolles

Voir le comparatif de mes partenaires

Joseon, le confucianisme et le patriarcat coréen

La dynastie Joseon (1392-1897) a instauré le néo-confucianisme comme religion d’État, et a restreint le rôle des femmes. Elles ont été confinées à la sphère domestique, mais pas seulement. Les déplacements, les apparitions publiques, et les vêtements étaient règlementés. Seul, le mari pouvait initier un divorce. À partir du XVIIe siècle, la transmission devient masculine, le fils aîné étant l’unique héritier. (Source : Oubliées Du Confucianisme ? Le Destin Des Femmes Sous Joseon).

Aujourd’hui encore, la société reste marquée par une forte discrimination en Corée du Sud, avec une participation des femmes à l’économie bien inférieure à celle des autres pays de l’OCDE. L’écart salarial entre hommes et femmes est de 36,5 %, le plus élevé des pays de l’OCDE. Et les femmes ne retrouvent que des emplois précaires après une maternité.

 Il n’est donc pas surprenant que de plus en plus de Coréennes renoncent à se marier et à avoir des enfants pour ne pas sacrifier leur carrière, le choix inverse de Kim Jiyoung. (source : Les droits des femmes en Corée du Sud : désir d’émancipation, poids des traditions). Ce qui conduit à un taux de fécondité de 0,72 en 2023, bien inférieur au taux de 2,1 nécessaire pour le renouvellement de la population. Encore une situation amplifiée (le taux de natalité est de 1,6 en France).

Kim Jiyoung, un mari, une mère : trois destins pris au piège

Kim Jiyoung est l’archétype d’une jeune femme coréenne. Et c’est voulu par l’auteur. De même qu’en France ; toutes les femmes ont dû entendre les mêmes phrases, en Corée, toutes les femmes ont dû passer par les mêmes étapes.

Son mari, Jeong Daehyeon, est plutôt gentil, mais, même s’il comprenait quelque chose au désarroi de sa femme, il est aussi prisonnier de la pression culturelle. Que se passerait-il s’il voulait rentrer du travail à une heure raisonnable et non à minuit ? Pourrait-il garder son emploi, nécessaire à sa famille ?

La mère de Kim Jiyoung n’a pris conscience de la discrimination qu’une fois adulte. Elle a fait de son mieux pour l’atténuer pour ses filles, sans toutefois y parvenir.

Une écriture neutre, jusqu’à la chute

C’est une écriture factuelle.

Incipit :

« Kim Jiyoung a trente-cinq ans. Elle s’est mariée il y a trois ans et a eu une fille l’an dernier. Elle, son mari, Jeong Daehyeon et leur fille sont locataires dans une résidence de la banlieue de Séoul. »

Par conséquent, l’indignation que j’ai ressentie ne venait que des faits, par exemple, ces phrases entendues par la jeune femme et prononcées par des hommes de son âge.

Citation :

« Moi aussi j’aimerais me balader tranquille et me prendre un bon petit café avec l’argent de mon mari… La vie d’une mère parasite, c’est la belle vie… Jamais je n’épouserai une Coréenne. »

Du moins, c’est ce que j’ai cru jusqu’au dernier chapitre. Le style factuel est un piège narratif qui montre qu’il y a d’un côté ce qu’imagine penser un individu, et de l’autre, ce qu’il pense vraiment.

Avis et notes

Ma note subjective : 5/5

Kim Jiyoung, née en 1982 est une peinture de la situation féminine en Corée du Sud et l’autrice utilise le roman pour ce faire. Grâce à cela, il a certainement touché plus de monde.

J’ai regretté de l’avoir lu après La végétarienne de Han Kang parce que, si je l’avais lu, j’aurais été moins déroutée par cette œuvre, par mon manque de connaissance de la culture coréenne. J’aurais en effet compris à quel point être une femme en Corée du Sud pouvait être aliénant.

À vous de jouer : Partagez votre avis !

Avez-vous ressenti cette impression de « déjà-vécu » en lisant un livre venu d’une culture très différente de la vôtre ? Donnez-moi votre avis en commentaires.

Acheter d’occasion
Recyclivre
Poche neuf
Eyrolles
Numérique
Eyrolles

Voir le comparatif de mes partenaires

Prolonger la lecture sur la Corée du Sud

La littérature coréenne est souvent difficile à appréhender. Si vous avez envie de mieux connaître ce pays, vous pourriez aussi lire ces romans.

L’odeur des clémentines grillées
Lee Do-Woo

En arrière-plan, une maison couverte de neige et au premier plan, la couverture du livre de Lee Woo-Doo, L'odeur des clémentines grillées
La librairie Goodnight, un lieu d’échanges

Là-bas, sans bruit, tombe un pétale — Ch’oe Yun

En arrière-plan, une carte de la Corée et au premier plan, la couverture du livre de Ch'oe Yun, Là-bas, sans bruit, tombe un pétale
Ch’oe Yun travaille l’ellipse et le non-dit

Info-livre : Kim Jiyoung, née en 1982 de Cho Nam-Joo

Couverture du livre de Cho Nam-Joo, Kim Jiyoung, née en 1982

Éditeur : 10/18
ISBN : 978-2-264-07769-1
Date de parution : 04/02/2021

Photo de Catherine Perrin

Je m’appelle Catherine, et je suis blogueuse littéraire

Je donne mon avis, bien sûr, mais surtout des repères pour vous aider à savoir si un livre est fait pour vous.
Un mot, une image, un lien… rejoignez-moi là où on parle lecture :

Envie d’encore plus de lecture ? Rejoignez les 800 abonnés de la newsletter gratuite Dequoilire et recevez votre carnet de lecture : 10 livres coup de poing.

En savoir plus sur l’utilisation des données

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *