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La huitième vie de Nino Haratischwili : une fresque géorgienne exigeante et envoûtante

L’essentiel sur La huitième vie de Nino Haratischwili
Quel est le genre de ce livre ?
Fresque historique multigénérationnelle / Littérature allemande
Quels sont les thèmes principaux ?
- Histoire de la Géorgie
- Destins féminins
- Exil et mémoire
- Malédiction familiale
- Cicatrices de l’histoire
Quel est le niveau de lecture ?
Exigeant : écriture soutenue, progression non linéaire
Quel est le nombre de pages ?
1189
Pour qui est‑ce fait ?
- Pour ceux qui aiment les sagas familiales ambitieuses qui couvrent plusieurs générations
- Pour ceux qui sont curieux de l’histoire de l’URSS vue depuis ses marges (la Géorgie)
- Pour ceux qui sont sensibles à une écriture travaillée, au souffle romanesque puissant
À qui ne pas le recommander ?
- À ceux qui ont besoin de personnages avec des trajectoires claires et des objectifs lisibles
- À ceux que rebutent les romans-fleuves : 1 200 pages de densité narrative
- À ceux qui attendent d’un roman historique qu’il nomme explicitement les évènements et les figures réelles
La huitième vie de Nino Haratischwili est un roman historique qui demande un réel effort d’entrée : densité, multiplicité des personnages, progression non linéaire. Et, en arrière-plan, l’Histoire, passionnante, mais méconnue de la Géorgie. Si je suis allée jusqu’au bout de ce livre exigeant, c’est grâce à l’écriture de l’autrice.
Sommaire
Une déclaration d’amour et une fugue
La narratrice reçoit une déclaration d’amour qu’elle n’attendait pas et qui la stresse plutôt qu’elle lui apporte de la joie. Au même moment, sa nièce Brilka, 12 ans, claque la porte de son hôtel à Amsterdam et prend un train pour Vienne.
C’est par ce moment-là que Niza choisit de commencer l’histoire de sa famille qu’elle raconte sur plus d’un siècle.
Un livre exigeant, mais une lecture qui tient
J’ai eu beaucoup de mal à entrer dans le livre. Le format y est pour quelque chose : 1200 pages écrites en petit caractère. Quand Amon Baron revient dans la vie de Niza, je l’avais complètement oublié. Mais il n’y a pas que ça.
Le livre est dense, très dense, avec une multitude de personnages (avec un arbre généalogique au début du roman que j’ai beaucoup utilisé). Une myriade d’évènements liés à la famille Iachi ainsi qu’à l’Histoire de la Géorgie. L’ouvrage saute d’un personnage à un autre et la progression n’est pas strictement linéaire.
En effet, le roman est réparti en 8 livres, Stasia, Christine, Kostia, Kitty, Elene, Daria, Niza et Brilka. Les vies de ces personnages se chevauchent ou se déroulent en grande partie en parallèle (frère et sœur, par exemple). C’est ce qui explique que la progression paraisse parfois confuse.
Quant à la recette du Chocolat Chaud, irrésistible, mais qui porte malheur, je suis passée à côté. Bien sûr, j’aurais aimé la connaître, par pure gourmandise, mais j’ai été plus sensible à l’imbrication des liens ; ils suffisaient à expliquer les évènements fâcheux qui suivaient la dégustation d’une tasse de Chocolat Chaud.
Mais j’ai adoré que le livre VIII, Brilka, donne sur des pages blanches. C’est une façon élégante de laisser la fin ouverte sans frustrer le lecteur, et d’indiquer que la vie continue.
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La Géorgie en arrière-plan : une découverte
En arrière-plan, Nino Haratischwili déroule l’histoire de la Géorgie sur plus d’un siècle, du début du XXe siècle à nos jours, une histoire que je ne connaissais pas. Bien sûr, c’est un fond passionnant. Malheureusement, elle ne nomme ni les évènements ni les personnages réels de l’époque et c’est quelque chose qui m’a manqué.
Je n’ai, en effet, eu aucun mal à reconnaître Staline, mais Beriâ m’a donné plus de fil à retordre. Ils ne sont nommés que dans une histoire censée être drôle à la fin du livre.
Niza, Stasia et les autres : des destins féminins
Nino Haratischwili explique qu’elle a grandi dans un milieu féminin, comme Niza la narratrice et, comme elle, elle vit aujourd’hui en Allemagne, mais Niza n’est pas Nino. (Pour les informations sur Haratischwili, voir la vidéo ci-dessous)
Niza, la narratrice
Au contraire de Nino, qui a grandi dans la pauvreté, Niza a eu une enfance privilégiée, du moins financièrement, grâce à Kostia, son grand-père. Elle a quitté la Géorgie une fois adulte alors que Nino en est parti à l’âge de douze ans avec sa mère, après la mort de son père.
Niza est le personnage dont je me suis sentie le plus proche, malgré notre éloignement de parcours de vie.
Stasia
L’arrière-grand-mère de Niza est le personnage que j’ai eu le plus de mal à comprendre tant elle est contradictoire. Elle rêve d’être danseuse, mais épouse un militaire. Elle entreprend de grands voyages pour retrouver ceux qu’elle aime, son mari et son fils. Ses périples se déroulent en plein chaos, que ce soit à cause de la révolution bolchévique ou de la Deuxième Guerre mondiale, et n’aboutissent à rien. Elle part, elle traverse la pagaille, mais vers quoi exactement ? Il m’a manqué des clés pour comprendre ce qu’elle espérait au bout de l’expédition.
Elle apporte pourtant une touche de réalisme magique à sa maturité, qui m’a bouleversée.
Les autres personnages
J’ai trouvé compliqué de m’intéresser à des personnages qui n’avaient pas de but et qui, par conséquent, nous entraînent dans leurs errances. Kitty est un personnage qui subit aussi bien des horreurs qu’un extraordinaire destin de chanteuse qu’elle n’a jamais souhaité. Le comportement d’Elene a des conséquences tragiques et irréversibles. Daria a un sort plus contemporain, mais abandonne vite sa carrière d’actrice, que sa sœur Niza avait pourtant rendue possible.
Le seul personnage, qui a un but, œuvrer pour sa patrie, est Kostia, mais il n’est pas le personnage le plus sympathique, même si Niza l’adore.
Une écriture qui emporte tout
Si je suis arrivée au bout de ma lecture, c’est en partie grâce au style de Nino Haratischwili. Il porte et il envoûte :
Incipit :
« Cette histoire a plusieurs commencements et j’ai du mal à me décider pour l’un ou l’autre, parce que tous constituent le début. »
Même si l’autrice a besoin de beaucoup de mots pour s’exprimer.
Citation :
« Les moyens financiers et les possibilités ne manquaient pas, on invitait des artistes et “toutes sortes de dingues”, tous “diablement intéressants”, perpétuant ainsi la tradition de mécénat et de bienfaisance de la famille Olénine. Ils voyagèrent dans toute l’Europe et goûtèrent la beauté douloureuse que réserve la vie “quand on aime et est aimé à la folie”. »
Mes notes
| Univers narratif | 4.0/5 |
| Personnages | 3.5/5 |
| Intrigue | 4.0/5 |
| Écriture | 5.0/5 |
| Moyenne | 4.1/5 |
Pour aller plus loin
Nino Haratischwili a raconté la Géorgie sur Arte.
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Info-livre : La huitième vie de Nino Haratischwili

Éditeur : Folio
ISBN : 978-2-07-294811-4
Date de parution : 19/08/2021

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