
Plongez dans Terre des oublis de Duong Thu Huong, un roman vietnamien puissant où traditions, amour et mémoire de la guerre s’entrelacent. Entre Miên, partagée entre deux époux, et un village marqué par les us et coutumes, l’autrice brosse un tableau sans fard du Vietnam d’après-guerre. Découvrez mon avis, mes impressions et pourquoi ce livre m’a marquée.
Quels sont les thèmes ?
- Roman historique vietnamien
- Femme inspirante
- Poids des traditions vietnamiennes
- Triangle amoureux
- Retour du mari soldat
Sommaire
Comment débute le livre ?
Miên est partie chercher du miel avec d’autres femmes du village. Une forte pluie s’est abattue sur elles et elles se sont réfugiées dans une grotte. La jeune femme sent l’angoisse monter, serait-il arrivé quelque chose à son fils ?
Au village, son fils est sain et sauf, mais il y a un attroupement devant sa maison. L’incroyable vient de se produire : son premier mari, officiellement mort à la guerre, est de retour.
Le poids des traditions est tel que Miên n’a pas vraiment le choix, elle doit retourner vivre avec le héros revenu de la guerre, quitter l’homme qu’elle aime pour un homme qu’elle avait pratiquement oublié.
Qu’en ai-je pensé ?
D’abord, j’ai été séduite par la beauté du texte, les longues descriptions des paysages, des coutumes ou encore des plats du quotidien, plus ou moins luxueux, selon la fortune des villageois. Cela rend la lecture à la fois lente et addictive ; en effet, il est difficile de sortir de cet univers.
Ensuite, l’intrigue est très différente de ce que l’on peut trouver dans la littérature européenne. En effet, si la place de la femme n’avait rien d’enviable en ce temps et en ce lieu, des traditions autres créent une histoire différente. Mais vous vous y retrouverez : que reste-t-il à un homme quand il a tout perdu ? Sa femme, et ça c’est universel.
Mais ne vous y trompez pas, si l’héroïne est une femme, cela ne veut pas dire que les hommes ne subissent pas le poids des coutumes. En témoigne, en toute fin du livre, l’histoire d’un futur papa qui paie cher son refus de les accepter.
Duong Thu Huong et la pudeur
Dans mes lectures asiatiques, j’ai souvent été frappée par la pudeur qui traverse les romans coréens, et, dans une moindre mesure, la littérature japonaise. Beaucoup de choses y sont suggérées plus que dites, comme si l’émotion devait rester à demi voilée. Terre des oublis se situe à l’opposé. Duong Thu Huong, autrice dissidente et engagée, n’hésite pas à nommer les désirs, les frustrations et les contradictions de ses personnages avec franchise.
La littérature vietnamienne traditionnelle pouvait se montrer pudique, enrobant les sentiments dans des métaphores naturelles. Mais la modernité, marquée par les guerres et la censure, a aussi fait émerger une parole plus directe. C’est particulièrement vrai chez Duong Thu Huong, dont le style tranchant et sans fard reflète autant son tempérament que son combat contre les hypocrisies sociales.
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Où et quand ?
Le roman se déroule à la fin des années 1970, après la guerre qui a opposé le Vietnam du Nord, soutenu par le bloc de l’Est, au Vietnam du Sud, soutenu par les États-Unis. Le village se situe à proximité de la Chaîne Annamitique (Truong son) qui sert de frontière entre le Vietnam et le Laos (où Bôn passera plusieurs années).
Grâce à ce roman, j’ai vécu de l’intérieur une histoire que je ne connaissais que par l’extérieur et souvent au travers de textes américains ou européens au temps de l’Indochine (Un Américain bien tranquille ou Le Grand monde).
Qui sont les personnages ?
Pas de méchants dans ce roman, mais des personnes détruites, que ce soit par la guerre ou leurs propres actions. Il y a pourtant des personnes meilleures que d’autres.
Miên
Aurait-elle pu faire autrement que retourner à son premier mari ? Pas si sûr, l’histoire du futur jeune papa rappelle qu’à cette époque et, en ce lieu, on ne bravait pas impunément la société vietnamienne.
Parce qu’elle finit par suivre sa conscience, plutôt que les traditions, Miên est une femme aussi remarquable qu’inspirante.
Hoan
Beau comme une star de cinéma, le deuxième mari de Miên est un homme bon. Astucieux, et excellent commerçant, il se laisse guider par les valeurs inculquées par son père. Mais il n’est pas sans faiblesses.
Bôn
Duong Thu Huong ne laisse aucun doute : Bôn est un homme détruit. Sans la guerre, il aurait été quelqu’un d’autre. Mais il est revenu de l’enfer malade et sans un sou. Est-ce une excuse ? Non, plutôt une explication sur la société vietnamienne d’après guerre qui n’a pas l’argent nécessaire pour s’occuper des anciens combattants et cède donc ce soin aux femmes. Et elle est allée très loin, si on en croit le roman.
Xa
Le meilleur ami de Bôn comprend mieux que lui l’enjeu du retour de Miên. Il voit aussi venir le moment où le village arrêtera de soutenir l’ancien soldat. Il lui propose d’autres voies, mais en vain.
Comment est-ce écrit ?
Le style est somptueux, mais avec de longues phrases, ce qui ralentit la lecture.
Incipit :
« Une pluie étrange s’abat sur la terre en plein mois de juin.
D’un seul élan, l’eau se déverse à torrents du ciel, la vapeur s’élève des rochers grillés par le soleil. L’eau glacée et la vapeur se mêlent en un brouillard poussiéreux, aveuglant. »
Citation :
« Car il était sûr que Miên n’aimait que lui, lui seul, uniquement lui. Son retour vers le premier homme n’était qu’un suicide, le sacrifice d’une femme née dans une société soumise à d’incessantes guerres, où la vie tremblante des hommes palpitait comme des ailes éphémères, où toute leur énergie s’enracinait dans la fidélité et la résignation tenace de leur épouse. »
Mon avis en résumé
Ce que j’ai aimé
- Les personnages, en particulier Miên et Xa
- L’intrigue
- L’écriture somptueuse
Ce qui peut vous retenir
- Une œuvre longue et lente
Mes notes
| Univers narratif | 5,0/5 |
| Personnages | 5,0/5 |
| Intrigue | 4,5/5 |
| Écriture | 5,0/5 |
| Moyenne | 4,9/5 |
Lecture exigeante
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Info-livre : Terre des oublis par Duong Thu Huong

Éditeur : Le Livre de Poche
ISBN : 978-2-253-11873-2
Pages : 699
Date de parution : 29/08/2007

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Bonjour, je l’ai trouvé dans une boîte à livre mais je n’ai pas encore osé passer le cap : c’est justement l’écriture longue des premières pages qui obligent à trouver une disponibilité d’esprit que je n’aurai pas en cette fin d’année malheureusement 🙁
Je comprends ça ! Les pavés ont tendance à tomber tout au fond de ma Pile A Lire. Même si je suis consciente que ce sont souvent des chefs-d’œuvre.