La poupée — Daphné du Maurier

Je me méfie des livres édités longtemps après la mort d’un auteur. Ce sont souvent des fonds de tiroir qui sont décevants au regard des œuvres que j’ai aimées. J’ai cependant été bluffée par La Poupée, un recueil de nouvelles, écrites par la jeune Daphné du Maurier.

En arrière-plan, Piccadilly au début du XXe siècle et au premier plan la couverture du livre de Daphné du Maurier, La poupée
Piccadilly au début du XXe siècle

Déjà une finesse psychologique remarquable

L’auteur excelle à dépeindre les relations de couple, que ce soit un manque de communication (Des tempéraments contraires), un amour éphémère (Week-end), la fin irrémédiable d’un mariage (Le chagrin n’a qu’un temps), ou les hauts et les bas d’un amour (Et les lettres se firent plus sèches).

« Au diable tout cela, elle aurait pu montrer un peu d’émotion. Il proposait d’arrêter et voilà comme elle le prenait. Non, il ne voyait pas pourquoi il fallait toujours que ce soit lui qui cède. Tout cela était bien ennuyeux. Pourquoi ne pouvaient-ils pas vivre en paix ? Tout était sa faute à elle. »

Des tempéraments contraires

Des plus basses couches de la société aux plus hautes

Mazie, prostituée, est mise en scène dans deux nouvelles. Dans Piccadilly, elle raconte son histoire. Dans une autre nouvelle, le narrateur relate son quotidien et, sans avoir l’air d’y toucher, la prévient de son futur :

« Un jour, tu sauras ce que c’est, chérie. »

Mazie

Le révérend James Hollaway est un bel homme dans la cinquantaine, adoré de ses paroissiens. Un jour, sans doute, il sera évêque. Il faut dire qu’il ne rechigne pas à rendre service, avec onctuosité et bienveillance.

« Quand ils avaient rassemblé assez de courage pour aller se confesser, les fidèles étaient submergés par sa gentillesse, sa discrétion, et surtout son apparente compréhension. »

Notre père

Il est aussi ambitieux, la fin de la nouvelle, âpre, révèle à quel point l’homme manque de scrupule.

Des atmosphères troubles et fiévreuses

Dans Vent d’est, une communauté de pêcheurs vit en totale autarcie, les bateaux jetant rarement l’ancre dans leur port. Un jour où le vent d’est souffle, un bateau rempli de marins qui ne parlent pas leur langue aborde l’île :

« Une sorte de folie sembla saisir les gens de St Hilda. Leurs filets gisaient, négligés et défaits, à la porte de leur maison, les champs et les fleurs étaient laissés à l’abandon dans les collines qui surplombaient le village. Plus rien d’autre ne les intéressait que les marins. Ils se hissèrent sur le bateau, en visitèrent les coins et les recoins, touchèrent les vêtements des étrangers avec des gestes excités, inquisiteurs ». p14

Vent d’est

Bébé quitte la pension pour rejoindre sa mère en souhaitant la rendre fière d’elle. L’accueil de sa mère est glacial :

« J’imagine que tu as une tonne de bagages. Débrouille-toi avec, John. Je meurs de froid. J’attendrai dans la voiture. »

Le minet

John, Oncle John pour la jeune fille, elle l’a toujours connu aux côtés de sa mère. Et elle trouve que le surnom donné par une de ses camarades : « le minet de ta mère » lui va bien, Oncle John a tout du « vieux matou tigré, adorable et inoffensif ». D’ailleurs n’est-il pas là, aux côtés de Bébé quand elle en a besoin.

« “Si tu as besoin de quoi que ce soit, viens me voir moi”, lui avait-il dit plus tard ce jour-là, l’entraînant dans un coin, jetant un œil par-dessus son épaule vers la porte entrebâillée. “N’embête pas ta mère, adresse-toi à moi, c’est tout.” Et l’espace d’un instant, elle avait eu envie de rire, on aurait tellement dit un chat tigré, soyeux et bien nourri, qui ronronnait doucement en faisant le gros dos. »

Le minet

Deux nouvelles entre innocence et perversion

La nouvelle qui donne le nom au recueil : La poupée

La poupée qui a été écrite en 1928 (l’auteur avait vingt-et-un ans) a d’abord été refusée par les éditeurs. Elle se présente sous la forme d’un journal qui aurait été retrouvé dans les fentes d’un rocher. Le Dr Strongman avertit :

« Les éléments follement improbables de cette histoire sont-ils véridiques, ou tout cela n’est-il que le produit hystérique d’un esprit malade, nous ne le saurons jamais. »

La poupée

Mon avis en résumé

Ce que vous aimerez :

  • La maturité de l’écriture
  • La finesse psychologique
  • La maîtrise de la narration

Ce que vous regretterez ou pas :

  • Retrouver, en germe seulement, le talent de Daphné du Maurier. Bien que ce soit un excellent livre, il n’atteint pas les hauteurs de Rebecca ou de Ma cousine Rachel.

Mes notes

Univers narratif5,0/5
Personnages5,0/5
Intrigues3,0/5
Style5,0/5
Moyenne4,5/5

Autres histoires troubles

My Absolute Darling
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En arrière plan, un couteau planté dans un arbre, au premier plan, la couverture du livre de Gabriel Tallent, My Absolute Darling
Turtle hésite entre l’amour et la haine que son père lui inspire.

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En arrière plan, une maison avec terrasse et au premier plan, la couverture du livre de Chrystel Duchamp, Le sang des Belasko.
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En arrière plan, temple de Saruga, Hirakawa, Japon, au premier plan, couverture du livre d'Hiroki Takahashi, Okuribi, Renvoyer les morts
En arrière plan, temple de Saruga, Hirakawa, Japon

Info-livre : La poupée par Daphné du Maurier

Couverture du livre de Daphné du Maurier, La poupée

Editeur : Albin Michel
ISBN : 978-2-226-24834-3
Pages : 251
Date de parution : 02/05/2013

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Catherine Perrin
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