Rouge impératrice – Léonora Miano

Une histoire d’amour qui marche. C’est l’idée de départ de Rouge impératrice.
Une histoire d’amour. Mais pas que.
Ce livre est bien plus que ça.

La couverture du livre de Léonora Miano, Rouge impératrice et une carte d'Afrique, en bleu.
Carte d’Afrique, crédit Cartes et Images

La France est travaillée par tout un tas de questions crispantes qui m’émeuvent. Je voulais y réfléchir mais pas de manière trop frontale.

Léonora Miano interrogé par François Busnel
lors de l’émission La Grand Librairie le 30 octobre 2019

L’univers narratif

D’ici un siècle à peu près.

Le continent africain a été presque totalement unifié. Ayant coupé les relations avec la communauté internationale, il retrouve son identité, entre tradition et modernité.

Un homme avec un Agbada, vêtement traditionnel
Les hommes portent des Agbadas

Crédit photo Chidi “Lex Ash” Ashimole
Sous licence CC BY-SA 4.0

Est-ce que le passé est effacé ? Bien sûr que non. Des descendants de la diaspora africaine vivent encore dans l’ancienne Europe et contribuent, du moins pour beaucoup d’entre eux à la construction d’une société panafricaine.
Société panafricaine dans laquelle les Sinistrés refusent de s’intégrer. Descendants des français (fulasi) qui ont peu apprécié de voir leur pays envahi par les migrants, ils sont venus se réfugier en Afrique subsaharienne – aussi bizarre que ça paraisse – pour retrouver un respect auquel ils estiment avoir droit.

Le mode de vie

La capitale du continent africain est une vitrine de ce que le gouvernement veut réaliser, habitants issus de tous les territoires, brassage des cultures, mélange de leurs caractères.

Les transports

“ Il n’y avait plus de véhicules particuliers dans la ville, en dehors de motos électriques que la municipalité louait à prix d’or, de bicyclettes et de voitures réservées à certaines administrations et aux secours : ambulance, pompiers.”

Peu de voitures donc. Pour se déplacer, un train des villes. Et pour relier les villes entre elles, un train à grande vitesse.

“Elle aimait ce voyage, en particulier la traversée de ce tronçon de forêt équatoriale où la végétation semblait prête à dévorer l’engin”

La politique

Tout va bien ? Non, forcément que non, parce les choses sont encore loin d’être simples, vous savez bien :

“Faire de la politique revenait à se confronter souvent aux insuffisances de la nature humaine, en prendre acte.”

Vous ne voyez pas d’histoires d’amour dans tout ça ?

Parce que je ne vous ai encore pas présenté les personnages du livre.

Les personnages

#Illunga

Grand initié, il peut entrer en contact avec les anciens, ceux qui sont morts mais qui sont toujours là.
Il a combattu pour que les frontières héritées de l’ère coloniale soient abolies. Il a été choisi comme Chef du nouvel Etat parce qu’il a toutes les qualités pour réussir là où ses prédécesseurs ont échoué. Maintenant qu’il faut réunir, fédérer, rassembler.

“Illunga avait besoin, autant que possible, de rester un homme ordinaire. Ne pas se couper de la réalité. Telle était souvent l’erreur des puissants qui devenaient vite des gouvernants hors sol.”

Il est marié à Seshamani.

#Seshamani

L’épouse d’Illunga, née dans une famille prestigieuse, s’est mésalliée en l’épousant. Parce que son nom est associé aux œuvres sociales, les habitants du Continent considèrent qu’elle remplit parfaitement son rôle.
Même si cela fait longtemps que les époux se sont éloignés l’un de l’autre, elle n’a pas l’intention de renoncer à ses privilèges.

#Boya

Chercheuse et enseignante à l’université, elle se passionne pour les sociétés marginales. Elle sait ce qu’elle veut, a ses propres pensées, sa propre vision des choses.
Avant de rencontrer Illunga, elle a une relation avec Kabongo, un homme séduisant, comptable mais dont elle n’a pas envie de savoir grand-chose, n’était-il pas convenu qu’ils ne s’attacheraient pas l’un à l’autre ?

Femme avec un mushanana
Les femmes portent des mishananas revisités

Crédit photo Kalungi Nathan
Sous licence CC BY-SA 4.0

#Kabongo

Un séducteur. Assez fade mais bel homme, il séduit Boya qui le respecte à défaut de l’aimer. Alors qu’il ne s’est attaché à aucune femme, la perte de Boya le rend malheureux.

#Kabeya

Majordome et garde du corps, il protège Illunga, son ami-frère qu’il connaît depuis toujours.

#Igazi

Il a combattu aux côtés d’Illunga et il aurait pu être mokonzi à la place d’Illunga mais ça lui importe peu, ce qui compte pour lui c’est de travailler pour le Continent.

“Igazi était originaire de la partie sud du Continent, celle de la ségrégation raciale et du Project Coast. Tout individu ayant à voir avec Pongo était associé à ces crimes. Sa détestation ne faisait pas de distinction…
…Qu’ils s’en aillent ou périssent, ce n’était pas son affaire.”

#Ndabezitha

Membre du conseil, elle est aussi une sangoma (guérisseuse et médiatrice entre le visible et l’invisible) renommée.

L’intrigue

Illunga et Boya se découvrent fait l’un pour l’autre, toujours d’accord à quelques détails près. Ça, c’est l’histoire d’amour qui marche, ce qui ne veut pas dire qu’ils ne rencontrent aucun obstacle.

  • Illunga et ses ministres sont partisans d’expulser les Sinistrés alors que Boya préférerait leur tendre la main.
  • Seshamani n’a pas l’intention de renoncer à ses privilèges.

Le style

Rouge impératrice n’est pas un livre facile mais il n’est pas ennuyeux pour autant.

C’est un style soigné, des phrases longues, pas de dialogues et un vocabulaire affirmé.

Un vocabulaire affirmé ?

Le glossaire (à la fin du livre) et le doigt souvent appuyé sur un mot pour que Wikipédia m’en donne une définition ont été nécessaires avant que je retrouve une lecture fluide.

“Le texte emploie quelques mots issus de langues africains diverses qui ne seront pas mentionnées ici. Il s’agit de la langue de cette histoire écrite dans l’écho de plusieurs cultures. Les acceptations mentionnées ci-dessous s’entendent avant tout pour ce roman. Nous ne traduisons pas tous les termes relatifs aux vêtements coiffure et parures, lorsqu’il est aisé de les trouver à l’aide d’un moteur de recherche.”

Quelques exemples

Illunga est le mokonzi (chef d’Etat) de Katiopa.

Les noms de pays ou continents

  • Hanguk : Corée du Sud
  • Katiopa : Afrique
  • Kiskeya : Haïti
  • Mbenge : Amérique du Nord
  • Pongo : Europe
  • Bhârat : Inde

Les ministres

  • Kadima : Ministre de l’agriculture
  • Kakona : ministre des Finances et du Budget
  • Kalala : responsable de la Sécurité intérieure et chef d’Etat-Major
  • Mwambi : porte parole du gouvernement

Pour aller plus loin

Léonora Miano

Léonora Miano est un auteur reconnu à défaut d’être célèbre. Goncourt des lycéens en 2006 (Contours du jour qui vient) et Prix Fémina 2013 (La saison de l’ombre).
Elle a récemment accordé un entretien aux Inrockuptibles où elle précise que ce roman n’est pas né d’une colère même si dans d’autres livres elle a fait entendre la parole des oubliés.

“Je n’habite pas le monde en me sentant victime de l’histoire”

Accueil du livre

Rouge impératrice a fait partie des trente livres sélectionnés pour le Prix Fnac 2019 (Prix remporté par Bérengère Cournut pour De pierre et d’os) ainsi que de la première sélection du Prix Goncourt, annoncé le 3 septembre 2019 :

Mais elle n’était pas éligible au Prix Goncourt des lycéens qu’elle a remporté en 2006 pour Contours du jour qui vient.

Mon avis en résumé

Ce que vous allez aimer

  • Ni utopie, ni dystopie, la recherche rafraîchissante d’une société idéale
  • L’ironie subtile de l’auteur
  • Le style soutenu

Ce qui peut vous déplaire

  • La nécessité de recourir au dictionnaire ou au glossaire.

Avez-vous aimé Rouge impératrice ? Pensez à me le dire en commentaire.

Mes notes

Univers narratif
Personnages
Intrigue
Style

Moyenne

5,0/5
5,0/5
5,0/5
5,0/5

5,0/5

Info-livre : Rouge impératrice par Léonora Miano

Couverture du livre de Léonora Miano, Rouge impératrice

Editeur : Grasset
ISBN : 978-2-246-81360-6
Pages : 608
Date de parution : 21/08/2019

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Catherine Perrin
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4 commentaires

  1. Un roman qui m’a l’air vraiment très intéressant mais j’avoue que recourir à un lexique est assez rédhibitoire en fiction. Cela se produit souvent en science-fiction, où l’auteur réserve des passages entiers, souvent en tête de chapitre, à expliciter le contexte de son histoire, mais l’oeuvre comportant souvent plusieurs volumes, cela se conçoit plus aisément.

    • Oui, il est assez difficile de rentrer dans le livre à cause de ça. Néanmoins, elle nous invite ainsi à rentrer dans un univers inconnu.

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