907 fois Camille — Julien Dufresne-Lamy

Après avoir lu de bonnes critiques et de mauvaises aussi, j’ai hésité à lire 907 fois Camille. J’ai beaucoup aimé ce livre en réalité, mais je comprends que cet OLNI (Objet Lecture Non Identifié) puisse repousser. L’histoire d’une fille de., avec les réflexions de l’auteur qui écrit sur un écrivain en train d’écrire le passé de Camille.

En arrière-plan, le chiffre 907, au premier plan, la couverture du livre de Julien Dufresne-Lamy, 907 fois Camille
Ses années se passent dans cette litanie de père cruel…

Service Presse

Pourquoi ce livre ?

Une question que se pose le lecteur. Voici la réponse.

« Mais alors qu’est-ce que ce livre apportera à Camille ? Si la littérature n’offre jamais de réponse, si elle ne sauve pas des vies, et ce livre ne fera sans doute pas exception, je crois qu’elle permet du reste d’ouvrir la voie. Elle permet d’indiquer l’élan, montrer ce grand yallah dont il faut se saisir. »

Les impératifs commerciaux

Ce n’est un secret pour personne, les maisons d’édition préfèrent les livres médiocres qui se vendent bien aux livres géniaux qui restent au fond des étagères des librairies. Il faut bien vivre. Et parfois, parfois, des livres géniaux se vendent bien et j’imagine que c’est le Graal pour un éditeur. Mais je m’égare.

Le problème commercial se pose et l’auteur ne le cache pas en mentionnant un mail de son éditeur :

« Si Dodo la Saumure n’est pas écrit en toutes lettres, le livre n’a aucun intérêt. »

Mmmh ! Pas certaine d’être d’accord, je n’aurais sans doute pas ouvert 907 fois Camille si je n’avais pas lu un autre ouvrage de l’auteur, Mon père, ma mère, mes tremblements de terre ; parce que l’histoire d’un homme qui a fait la une des journaux pour de mauvaises raisons ne m’attire pas vraiment.

J’imagine que cette injonction commerciale a fait réfléchir Julien Dufresne-Lamy parce qu’il propose un bon livre, loin de tout voyeurisme. Il a contourné le problème et ça, c’est intéressant.

Pas besoin d’être battu(e) pour n’être personne, le mépris suffit

« Ses années se passent dans cette litanie de père cruel qui lui dit : tu es bête, grossière, pas fine, tu manques de curiosité, tu ne sais rien à rien, tu devrais plus m’écouter, parce que tu sais, ma fille, tes capacités intellectuelles sont franchement ras les pâquerettes et puis exprime-toi, apprends à parler plus fort, on a l’impression que lorsque tu parles, tu gémis.
Il n’y a jamais d’insulte, jamais de main levée. Ce sont des mots qui griffent doucement et qui confortent dans la peur, la honte et le sentiment de médiocrité, dans la hantise d’elle-même tout autant que dans la croyance d’être exactement ce que dit d’elle son paternel. »

Il faut vivre, se construire avec ça. La scène la plus prenante de 907 fois Camille se déroule avec Daphné, la sœur aînée de Camille. La maison de la jeune mère de famille est fouillée par les policiers. Son seul tort ? Être la petite-fille de sa grand-mère, la fille de son père. Elle est là, avec ses deux jumeaux dans les bras à regarder les policiers entrer et sortir. Et ce n’est que le début. À cette occasion, sa belle-mère apprend qui est le père de Daphné.

Le livre sur le livre

L’auteur nous fait part de ses réflexions, de ses doutes

« Parce que mon doute est partout. Même lorsque je sais qu’une scène est vraie, absolument vraie, que Camille m’a raconté sa version mille fois sans jamais en changer, intacte, récitée jusqu’au bout de l’ongle, je crois encore. Je dois dire je crois, pour regarder de loin, les mains dans le dos, en restant au seuil de la pièce. Alors je dis je crois encore. C’est vital. C’est ma pudeur, mon seuil, ce lieu infime depuis lequel — pour Camille — il est important d’y croire. »

Peut-on faire d’un personnage réel un personnage de roman ?

Après avoir cité Patrick Modiano,

« Et Tolstoï s’est identifié tout de suite à celle qu’il avait vue se jeter sous un train une nuit… »

 Julien Dufresne-Lamy se pose la question : quand Camille est-elle devenue son personnage, quand s’est-il identifié à elle ?

Identifié à elle, je comprends et il l’explique dans les pages qui suivent, mais Camille n’est jamais devenue son personnage parce qu’elle est réelle et que comme pour toute personne, la compréhension que l’on peut avoir d’elle ne peut être que partielle. Un personnage de fiction, l’auteur peut lui faire dire, faire ou penser ce qu’il veut. À une personne, il lui restera toujours son libre arbitre. L’auteur a cependant approché Camille de tellement près qu’elle le remercie à la fin de l’ouvrage.

L’ironie du sort

Dodo la Saumure a eu trois filles. Je n’ai pas pu m’empêcher de demander ce qui se serait passé s’il avait eu un fils. Élevé sans mépris de la part de son père et ayant eu sous les yeux l’admiration sans faille de sa grand-mère pour le proxénète, aurait-il suivi les traces de son père ? Aurait-il dédaigné ses sœurs ? Ou au contraire, les aurait-il surprotégées ? Nous ne le saurons jamais et c’est tant mieux.

Le mépris de certains hommes (et l’auteur convoque Rousseau, Flaubert ou encore Schopenhauer) entraîne des pages de réflexion sur les femmes et les prostituées.

Mon avis en résumé

Ce que vous aimerez :

  • Le joli hommage de l’auteur à son amie.
  •  L’auteur fait face aux questions que l’écriture du livre pose.

Ce que vous regretterez (ou pas) :

  • Le début du livre est laborieux

Mes notes

L’approche de la biographie5,05
Les livre sur le livre5,0/5
Le début du livre 3,0/5
Moyenne4,3/5

Info-livre : 907 fois Camille par Julien Dufresne-Lamy

Couverture du livre de Julien Dufresne-Lamy, 907 fois Camille

Editeur : Plon
ISBN : 978-2-259-30658-4
Pages : 336
Date de parution : 26/08/2021

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Catherine Perrin
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