La vie clandestine – Monica Sabolo

Un avis mitigé pour La vie clandestine, un roman intimiste de Monica Sabolo. Je n’ai pas été passionnée par sa quête sur les anciens membres de l’organisation Action directe ni par celle qui concerne la narratrice. Cette œuvre est trop floue ou trop confuse pour moi.

A l'arrière-plan, une jeune fille avec une arme, au premier plan, la couverture du livre de Monica Sabolo, La vie clandestine
Les membres d’Action directe ont revendiqué plus de 80 attentats ou assassinats entre 1979 et 1987

Photo d’arrière plan : Max Okhrimenko sur Unsplash

Que se passe-t-il ?

La narratrice cherche un sujet de livre facile, croit l’avoir trouvé et décide d’écrire sur Action Directe, groupe révolutionnaire et terroriste (n’en déplaise à la narratrice) qui a sévi dans les années 1980. Mais elle peine à dénicher des informations, les membres se dérobent, les rares photos d’eux ne révèlent rien de ces meurtriers à sang-froid. Peut-être est-ce justement ce manque de renseignement qui conduit la narratrice à s’interroger sur sa propre colère.

Quand elle était enfant, elle a subi des comportements inappropriés, voire plus, de son père, qui n’était pas son père biologique et qui semble tout aussi difficile à cerner que Joëlle Aubron ou Nathalie Ménigon.

Au fil du livre, on en saura un peu plus sur Action directe, mais pas beaucoup, l’auteur ayant respecté le souhait de personnes qui ne désiraient pas être entendues parce qu’elles voulaient disparaître.

J’ai aimé trouver dans ce livre la confirmation que des gens peuvent changer (les membres de l’organisation se sont ont bel et bien évanouis dans la nature). Par ailleurs, une question reste posée : peut-on regretter certaines opérations terribles sans détruire sa propre identité.

En revanche, où est la place du lecteur ? Si Monica Sabolo réussit à ne pas transformer le lecteur en voyeur, une de mes réticences personnelles à ce genre de récit, elle a échoué à m’intéresser à ce texte, davantage écrit pour elle-même que pour le lecteur.

Le roman est tout en allusion, deux histoires en parallèle et je n’ai pas très bien compris où elles pouvaient se rejoindre. L’auteur explique que nous avons des souvenirs de souvenirs de souvenirs, c’est un roman de roman de roman qu’elle nous livre. À moins que ce ne soit un roman sur un auteur qui écrit un roman (pas très original, vous en conviendrez).

Où et quand ?

La vie clandestine se déroule de nos jours à Paris, avec des allers-retours dans les années 1980.

Qui sont les personnages ?

Les membres d’Action directe

Ils ont revendiqué plus de 80 attentats ou assassinats entre 1979 et 1987. Georges Besse, PDG de la régie Renault est abattu en 1986.
Plus que des membres de l’organisation, ils sont davantage des personnages dans lesquels la narratrice a projeté ce dont elle avait envie.

#Hellyette Bess
C’est le premier membre de l’organisation que la narratrice rencontre et c’est grâce à elle qu’elle pourra interroger d’autres membres. Elle est présentée comme une femme pleine de bonté qui tient la librairie anarchiste, Le jargon libre.

« Je me suis toujours occupée de ceux qui sont en prison ou en fuite, c’est la tâche que je me suis assignée. Même si je ne suis pas d’accord avec eux sur tout ce qu’ils ont fait, je les aide. »

#Nathalie Ménigon
La narratrice cherche à percer le mystère de cette jeune fille (ce qu’elle était à l’époque des assassinats) et de celle qui était avec elle, Joëlle Aubron (décédée en 2006). Le portrait qu’elle fait d’elle est à la fois énigmatique et surprenant. Un très beau passage.

#Régis Schleicher
Condamné deux fois à perpétuité, c’est un autre personnage que celui qu’on imagine que la narratrice rencontre.

La famille de la narratrice

#Yves S.
Personnage insaisissable et douteux, en revanche ses comportements envers sa fille n’ont rien de douteux, ils sont incestueux, même si elle n’est pas sa fille biologique. Comme le reste du livre, tout est flou, à commencer par la réaction de la narratrice.

#La mère de la narratrice
Tout aussi difficile à cerner, on ignore ce qu’elle ressent (mais c’est sans doute le propre de nos proches) et son histoire a peiné à m’émouvoir.

Comment est-ce écrit ?

Magnifiquement, mais l’écriture n’a pas compensé la confusion du texte.

Incipit :

“Je ne sais plus comment ça a commencé. Comment j’en suis arrivée à commander sur eBay, moyennant la somme de soixante euros, une buse naturalisée avec une queue tordue, juchée sur une branche.”

Citation :

“L’histoire appartient aux êtres qui parlent fort, effaçant ceux dont la parole est plus modeste ou plus fragile. Ceux qui doutent, craignent de blesser ou de trahir, ceux qui n’ont pas les mots, ceux qui ne savent pas. Ceux qui ont des regrets, des remords, ceux qui se sentent coupables et qu’on n’entend pas. Ce sont eux que je cherche, parce qu’ils me ressemblent.”

Mon avis en résumé

Ce que vous aimerez :

  • La quête sur des personnages impossibles à cerner
  • Un roman intimiste

Ce que vous regretterez (ou pas) :

  • Un roman intimiste

Mes notes

Univers narratif4,0/5
Intrigue2,5/5
Écriture 5,0/5
Place du lecteur1,0/5
Moyenne3,1/5

Info-livre : La vie clandestine par Monica Sabolo

Couverture du livre de Monica Sabolo, La vie clandestine

Editeur : Gallimard
ISBN : 978-2-07-290042-6
Pages : 336
Date de parution : 18/08/2022

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Catherine Perrin
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