Le jour où le monde a tourné — Judith Perrignon

Le jour où le monde a tourné raconte les années Thatcher, au travers de nombreux témoignages. Des passages passionnants, mais le manque de fluidité rend le livre difficile à lire.

En arrière plan, portrait de Margaret Thatcher, au premier plan la couverture du livre de Judith Perrignon, Le jour où le monde a tourné
«Elle pensait simplement que ça devait être fait. » Charles Moore

L’accession au pouvoir de Margaret Thatcher est peu évoquée

Fille d’épicier, Margaret Thatcher a été Premier ministre du Royaume-Uni de 1979 à 1990. Si quelques allusions au fait d’être une femme, qui, de plus, n’est pas née dans l’establishment, sont bien présentes, je suis restée sur ma faim sur l’histoire de son parcours. Le jour où le monde a tourné se concentre surtout sur ses années au pouvoir et sur les témoignages de ceux qui ont travaillé avec elle, qui l’ont affrontée ou qui ont subi sa politique.

L’influence de son passé.

Le livre s’attarde, à juste titre, sur son père, sur son enfance qui explique ce en quoi elle croyait, mais pas forcément son comportement d’acier.

« Elles1 ont fleuri, ici, comme en France, avec les conquêtes ouvrières, puis les guerres. Elles répondaient aux besoins quotidiens, tout en combinant réalisme et utopie sociale. Mais tout a été fait pour enterrer l’expérience. Tout a été fait pour que la propriété privée, l’épicerie de Robert Thatcher, soit le modèle universel.
C’est comme si toutes les délimitations et les fractures sociales passaient déjà par son berceau. »

Témoignage de John Manterfield, historien local de Grantham, la ville où est Margaret Thatcher née.
(1) Les coopératives

Une femme de conviction

Elle a fait ce qu’elle croyait devoir faire, ce qui est tout à son honneur. À propos de la grève de la faim des prisonniers irlandais :

« Elle était obligée de les laisser mourir si elle ne voulait pas qu’ils gagnent. Il n’y avait pas d’autre alternative. Mais quand j’en ai parlé avec elle, elle a dit qu’elle n’en retirait aucune fierté. Elle pensait simplement que ça devait être fait. »

Témoignage de Charles Moore, son biographe officiel (à propos de la grève de la faim des prisonniers irlandais)

Mais gagner ne suffisait pas

En revanche, sa façon de faire explique qu’elle ait été autant détestée. Il fallait aussi que ses adversaires perdent et ce que racontent ses opposants politiques ou les mineurs fait froid dans le dos. Non, il n’est décidément jamais bon que quelqu’un reste au pouvoir trop longtemps.

« Quand j’ai refusé de porter mon uniforme de prisonnier et de travailler, ils m’ont fait déshabiller, ils ont pris mes vêtements et ils m’ont mis à l’isolement (…) C’est quand on sortait de la cellule pour prendre de l’eau, se doucher ou aller aux toilettes que ça devenait dangereux (…) C’est là qu’on se faisait tabasser et humilier par les gardiens. »

Témoignage de Robert McLahan, ancien prisonnier

Un ouvrage peu fluide

À l’origine, il s’agissait d’une émission de radio (la Grande Traversée Margaret Thatcher de Judith Perrignon pour France Culture.) et certains passages sont passionnants. En revanche, il faut prêter attention aux guillemets pour vérifier que le témoin a fini de parler et que le narrateur reprend la parole. Et ce n’est pas tout. Les témoins sont parfois présentés, au début, ou pas présentés du tout. Lire quelques lignes est nécessaire pour connaître la position du témoin. J’aurais aimé que ce soit plus clair, Margaret Thatcher n’était-elle pas une des personnalités les plus controversées du siècle dernier ?

L’appréhender était cependant ardu :

« Le journaliste Charles Moore, rédacteur en chef du Daily Telegraph, qui fut choisi par elle pour devenir son biographe, savait qu’il serait difficile d’explorer la psychologie d’une femme pétrie de commandements, incapable d’introspection. »

Mon avis en résumé

Ce que vous aimerez :

  • L’évocation des années Thatcher
  • Les témoignages

Ce que vous regretterez (ou pas) :

  • Peu fluide, difficile à lire

Ma note

Note globale : 3,5/5

Sur l’Histoire récente

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En arrière-plan, Une patrouille de légionnaires en zone contrôlée par les Viêt Minh et la couverture du livre d'Eric Vuillard, Une sortie honorable
Une patrouille de légionnaires en zone contrôlée par les Viêt Minh

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Photos de Mandelstam, Pasternak et Staline, couverture du livre de Ismail Kadaré, Disputes au sommet
« Et moi, je peux vous dire que vous êtes un très mauvais camarade, camarade Pasternak. »
Couverture du livre de Judith Perrignon, Le jour où le monde a tourné

Editeur : Grasset
ISBN : 978-2-246-82821-1
Pages : 249
Date de parution : 16/03/2022

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Catherine Perrin

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