Les sans-gloire — Laure Gombault

Des histoires qui se déroulent pendant la Première Guerre mondiale ; les sans-gloire sont les héroïnes d’un quotidien dramatique, elles se battent, à leurs manières, pour ceux qu’elles aiment ou pour la sauvegarde de leur façon de vivre. Laure Gombault décrit avec talent la vie à la ferme ou dans une usine de munition et crée des personnages puissants, le tout avec son style inimitable.

A l'arrière-plan, des femmes labourent un champ (1917) et au premier plan, la couverture du livre de Laure Gombault, Les sans-gloire
Travaux des champs en 1917

La Boiteuse

Jeanne a connu un bonheur inespéré dans les bras de Pierre, son mari. Elle, dont la patte folle est la risée de tous, a épousé le séduisant instituteur, étranger au village, convoité par maintes jeunes paysannes.
C’est trop beau ? Oui, Pierre est arrêté pour désertion et envoyé au bagne de Cayenne. Mais Jeanne est prête à tout pour le retrouver, vraiment, vraiment tout.
Vous affectionnerez le personnage de Jeanne, son amour inconditionnel pour Pierre et vous aurez la gorge serrée à maintes reprises. La fin vous surprendra, inoubliable.

La Gardienne

Le mari de Lucienne est au front. Elle doit coûte que coûte faire vivre la ferme pour qu’Henri la retrouve à son retour. Son beau-père est trop âgé pour lui être d’une grande aide. Quant à l’employée de maison, Sidonie, malgré sa gentillesse, elle agace Lucienne à un point, mais à un point… Si seulement Lucienne pouvait s’en débarrasser ; faute de main-d’œuvre, elle est obligée de la tolérer.
La main-d’œuvre ! Sans main-d’œuvre, comment faire les récoltes ? Lucienne n’a d’autres choix que de recruter des Maghrébins. Parmi eux, Hassan.

Moins dramatique que La Boiteuse, La Gardienne est la nouvelle que je préfère, sans doute parce que les petites choses du quotidien et les sentiments sont sublimés par la belle écriture de Laure Gombault. J’ai adoré les contrastes entre ce sombre quotidien de la Grande Guerre, la sécheresse de Lucienne et le style de l’auteur.

La Munitionnette

Fernande et Jean rêvaient d’acheter un petit lopin de terre quand la guerre serait terminée. Fernande a confié leur fils, Léon, à sa mère. Elle travaille dans une usine de munition où les femmes remplacent désormais les hommes. La dureté de l’activité est heureusement compensée par l’amitié des autres ouvrières, de Louise aussi, la chef de Fernande.

Leurs craintes à toutes, la lettre qui annonce la mort au front de leur mari. Louise l’a déjà reçue, avec la plaque militaire de son époux, mais elle attend toujours sa dépouille.
Pas de lettre pour Fernande, mais elle n’a plus de nouvelles de Jean. L’angoisse monte, malgré les consolations prodiguées par ses amies, Louise en tête.

Vous aimerez le personnage de Fernande, qui trouve de quoi survivre dans ce trou noir de la Grande Guerre, mais vous regretterez que l’Histoire ajoute un dernier chapitre à ce récit.

Style

Je l’ai déjà écrit, Laure Gombault a un merveilleux style, aisément reconnaissable.

Incipit de La Boiteuse

« Les feuilles du grand chêne viennent mourir à mes pieds. L’hiver s’annonce précoce. Je ramasse les bûches en prévision de la flambée du soir et me réjouis par avance de tendre mon visage au-dessus des flammes. J’aime leur morsure, moins douloureuse que l’absence.
Même si, depuis son départ, certaines scènes se brouillent dans ma mémoire, je me souviens encore avec précision des dernières heures passées avec lui dans cette maison. Il s’appelle Pierre. Un matin d’août 1914, les gendarmes sont venus le chercher. Un vacarme, des cris, des bruits de bottes et de cliquetis de fusils. La porte a cédé sous la violence des coups. Ils nous ont tirés du lit, les cheveux en broussailles, nos chemises ouvertes sur nos peaux encore un peu rougies du feu de nos caresses. »

Citation (La gardienne) :

« Cette année encore, j’ai gardé l’ensemble de nos terres, malgré le travail harassant que ça nous demande. Depuis plus d’un an et demi, je me tue à la tâche, non seulement pour maintenir nos récoltes et les vendre, mais, ce qui me coûte le plus, pour administrer les journaliers ou les ouvriers agricoles durant les moissons. L’année dernière, il m’a fallu superviser tout ce petit monde d’hommes, de femmes ou d’adolescents, distribuer leurs tâches, leurs horaires, leurs gîtes, et gérer l’intendance des repas de fortune pris aux champs à la pause du midi, et le soir dans la cour en fin de journée, quand chacun, épuisé, n’avait même plus la force de se parler. Les hommes rechignaient parfois à se soumettre à mon autorité, mais je ne cédais en rien, et surtout pas au montant des salaires, chaque jour redoublant ma surveillance sur le rendement de chacun. Et dire qu’il me faudra en plus, cette année, accueillir ces migrants du Nord ou même des colonies. Il paraît que des troupes maghrébines, ces démons en djellaba, sont acclamées et promettent la contre-attaque tant attendue ! Toute la presse en parle, certains tirailleurs tunisiens en convalescence chez la châtelaine ou accueillis par un foyer musulman se sont déjà présentés à la ferme. »

Mon avis en résumé

Ce que vous aimerez :

  • Des personnages féminins puissants
  • Les drames de la Grande Guerre
  • Le style de l’auteur

Mes notes

Univers narratif5,0/5
Intrigues5,0/5
Personnages5,0/5
Style5,0/5
Moyenne5,0/5

Info-livre : Les sans-gloire par Laure Gombault

Couverture du livre de Laure Gombault, Les sans-gloire

Editeur : Editions Souffles Littéraires
ISBN : 978-2-492027-28-4
Pages : 128
Date de parution : 20/05/2022

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A l'arrière-plan, photo prise le 7 novembre 1920 à l'Abbaye de Westminster, au premier plan, couverture du livre d'Anna Hope, Le chagrin des vivants
En filigrane, photo prise à l’Abbaye de Westminster le 7 novembre 1920.
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Catherine Perrin

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