Mars — Fritz Zorn

L'église Grossmünster en arrière-plan et au premier plan, la couverture du livre de Fritz Zorn, Mars
L’église Grossmünster en arrière-plan

Mars de l’écrivain zurichois Fritz Zorn, est un livre qui peut se comprendre de bien des façons. Il est avant tout le cri de colère d’un homme atteint d’un cancer et qui n’avait jamais trouvé d’intérêt à la vie, chose qui paraissait tellement facile pour les autres.

Que se passe-t-il ?

Né dans une famille bourgeoise zurichoise très attachée à l’harmonie (qu’on pourrait aussi appeler conformisme), Fritz Horn grandit sans comprendre qu’il est différent. Il attribue sa différence à une névrose qui, selon lui, déclenchera un cancer qui l’emportera. Ce n’est pas cette histoire qui importe, mais la vision que l’auteur a de sa vie.

Nul doute qu’une enfance sans problèmes en est un :

Ce qui me fut épargné pendant mes jeunes années, ce ne fut ni la souffrance ni le malheur, mais les problèmes, et partant, la capacité d’y faire face. »

Fritz Zorn voit la mort dans la vie de ses parents : « Garde tes distances et meurs ». Il n’a sans doute pas tort. Ce n’est pas dans ce milieu qu’on trouve beaucoup d’imagination, de fantaisie, d’innovation, comme en témoigne le livre d’Alice Ferney, Les Bourgeois.

Fritz Zorn fait une dépression, mal connue à l’époque et donc non diagnostiquée.

Il fait ses études grâce à l’argent de son père, ce qui ne lui pose pas de problèmes puisque rien de fondamental ne les oppose.

Arrivée à ce point, j’ai commencé à me poser des questions et à m’éloigner des pensées de l’auteur. Bien sûr, il a été écrit dans les années 1970, un temps où la vision de la famille était proche de celle d’un enfermement. Certes, La promesse de l’aube (paru en 1960) de Romain Gary est une ode magnifique à l’amour maternel, mais cet amour maternel a-t-il été si épanouissant ? Quant au film de Ken Loach, Family Life, sorti en 1971, il est terrifiant.

Et les questions se sont accentuées quand Fritz Horn explique que tous ses malheurs viennent de son incapacité à aimer. Est-ce une névrose ou une différence ?

En 2023, nous avons une vision autre de la famille, elle est devenue davantage une valeur refuge. Et nous avons aussi bien plus conscience des différences, nous les acceptons mieux, chez nous et chez les autres. Même si évidemment, tout est encore loin d’être parfait en la matière. Vous l’avez compris, j’entends les cris de souffrance (comment faire autrement ?) de l’auteur, je suis en revanche sceptique sur l’origine de celle-ci. Mais qui a raison ? Impossible de le dire parce que nous passons nos lectures au filtre de nos connaissances et de nos croyances actuelles. Par ailleurs, y a-t-il quelque chose de moins connu que le cerveau humain ?

Où et quand ?

Sur la Rive dorée du lac de Zurich, dans une grande maison. Ensuite à l’université.

Les personnages

Fritz Zorn (Zorn : colère) est le pseudonyme de Fritz Angst. Son intuition était que sa névrose était à l’origine de son cancer, intuition non confirmée par les progrès de la science. Il affirme aussi que c’était une façon de traiter sa névrose. Source Wikipédia

Ce qui me surprend chez l’auteur-narrateur, c’est qu’on en sache aussi peu sur lui. Il a détruit ses autres œuvres et son frère n’est mentionné qu’une seule fois dans son livre. Peut-être est-ce pour le mieux, les paroles de Fritz Horn pouvant ainsi résonner en nous de plusieurs manières.

Comment est-ce écrit ?

Avec colère, beaucoup de colère. Et finalement, ce qui restera toujours, c’est cette colère, devant une vie perdue, gâchée et peu importe par quoi.

Incipit :

« Je suis jeune, riche et cultivée ; et je suis malheureux, névrosé et seul. »

Citation :

« Pas besoin non plus de recourir à un professeur pour apprécier mon cas ; il suffit d’avoir le courage d’appeler un chat, un chat. Je suis malheureux parce que je ne fonctionne pas et que je n’ai jamais fonctionné. Dans ma jeunesse, je n’ai pas été jeune, à l’âge adulte, je n’ai pas été adulte, devenu un homme, je n’ai pas été un homme ; sur aucun plan, je n’ai fonctionné. »

Mon avis en résumé

Ce que j’ai aimé :

  • La colère d’un homme jeune confronté à la mort, sans avoir vécu
  • La description d’un milieu bourgeois qui pourrait être de n’importe où
  • Les hypothèses de l’auteur. Elles portent à réfléchir.

Ce que j’ai regretté (mais peut-être pas vous) :

  • Peut-être un livre un peu dépassé.

Ma note

Eh bien, je suis incapable d’en donner une. Je ne sais pas quoi penser de ce livre.

À vous maintenant

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Bourgeoisie et enfermement

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A l'arrière-plan, un couple du XIXe siècle, au premier plan, la couverture du livre de Guy de Maupassant, Une vie.
« Elle sortait maintenant du couvent, radieuse, pleine de sèves et d’appétits de bonheur, »

Témoin de rien
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A l'arrière-plan, deux maisons de tailles inégales et au premier plan la couverture du livre de Tom Noti, Témoin de rien
De façon autoritaire, un père donne un terrain à ses deux filles.

Info-livre : Mars par Fritz Zorn

Couverture du livre de Fritz Zorn, Mars

Editeur : Gallimard
ISBN : 978-2-07-294001-9
Pages : 320
Date de parution : 13/04/2023
(Initialement publié en 1976)

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Catherine Perrin (cath_lit_et_chronique)
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