Vivre avec nos morts — Delphine Horvilleur

Parler de la mort, c’est aussi parler de la vie. J’avoue l’avoir oublié quand j’ai reculé devant le thème de Vivre avec nos morts. Un sujet dans lequel je n’avais pas envie d’entrer. Erreur réparée grâce à une amie qui m’a prêté le livre.

En arrière plan, un arbre de vie, au premier plan, la couverture du livre de Delphine Horvilleur, Vivre avec nos morts
Un arbre de vie

Premier chapitre La vie et la mort dans la main

Nous tenons la mort à distance et de plus en plus. C’est ce que j’ai fait, je l’avoue, en regardant souvent du côté de Vivre avec nos morts, en hésitant, sans jamais me décider.

Peu de gens décèdent chez eux, une façon de cacher la mort, de la tenir loin de nos vies.

« Nous aimons croire que les parois sont hermétiques, que la vie et la mort sont bien séparées et que les vivants et les morts n’ont pas à se croiser. Et s’ils ne faisaient que cela en réalité ? »

Le rôle d’un rabbin, c’est officier, accompagner et enseigner, mais c’est aussi raconter des histoires qui ouvrent un passage entre les vivants et les morts.
Le chapitre suivant en est une illustration.

La mort d’Elsa Cayat

Elsa Cayat, psychanalyste française, a été assassinée le 7 janvier 2015, pour la même raison que furent assassinés Cabu, Charb, Honoré et tant d’autres. Elsa Cayat était athée. Présentée comme un rabbin laïc par la sœur d’Elsa :

« Par la force des deux mots, la sœur d’Elsa a exprimé mieux que je n’aurais pu le faire ce qui me permettait de me tenir à ses côtés, de prier avec les survivants d’une rédaction “antireligieuse”, et d’affirmer que nous pourrions ensemble choisi encore la vie. »

 Delphine s’interroge :

« Il devait exister un moyen de concilier ces mondes, de coudre les uns aux autres tous les fils de la vie d’Elsa, et de révéler ici, non seulement ses propres complexités, mais celles d’un pays tout entier dont la trame se décomposait. »

Delphine Horvilleur raconte une histoire marquante de la tradition juive (que je vous laisse découvrir) et conclut :

« Quel Dieu “grand” devient si misérablement “petit” qu’il a besoin que des hommes sauvent son honneur ? »

On n’échappe pas aux filles de Birkenau

Deux amies ayant survécu à Birkenau et qui refusaient de n’être que ça. Marceline et Simone étaient aux antipodes l’une de l’autre, aussi bien physiquement, Le chignon serré de l’une et la crinière sauvage de l’autre, que moralement :

« Le sens absolu du devoir, la constance et la vie familiale pour l’une ; la liberté totale, politique et amoureuse, le refus d’être mère pour l’autre. »

Toutes les deux ont parlé, se sont engagées et ont été des modèles pour bien des femmes, et leurs différences racontaient leurs histoires, leurs dilemmes et leurs choix. Bref, nous avons toutes quelque chose d’elles deux en nous.

Quand Simone est morte, Delphine et Marceline étaient d’accord : Simone était partie défendre la cause des femmes et les avocats de la partie adverse allaient se faire démolir.

Moïse, l’homme qui ne voulait pas mourir

Moïse voulait voir la Terre promise, mais Dieu en avait décidé autrement. Selon une légende juive, Dieu a aidé Moïse à mourir en lui montrant le futur. Comprenant que les générations après lui pousseront sur le terreau qu’il a répandu, Moïse a accepté de mourir.

« Est-il possible d’apprendre à mourir ? Oui, à condition de ne pas refuser la peur, d’être prêt, comme Moïse, à se retourner pour voir l’avenir. L’avenir n’est pas devant nous, mais derrière, dans les traces de nos pas sur le sol d’une montagne qu’on vient de gravir, des traces dans lesquelles ceux qui nous suivent liront ce qu’il ne nous est pas encore donné d’y voir. »

Mon avis en résumé

Delphine Horvilleur a écrit Vivre avec nos morts pour témoigner de son expérience de l’accompagnement des vivants qui viennent de subir un deuil, que ce soient des anonymes ou des personnalités. Grâce à son érudition et son ouverture d’esprit- je n’ai fait qu’effleurer ses réflexions – elle permet à chacun de puiser du réconfort et de réfléchir à ce sujet tabou : la mort.

Ma note

Note globale : 5/5

D’autres avis

L’avis de Laure Gombault – auteur

Quelle que soit sa religion ou même qu’on en soit dépourvue, ce livre de Delphine Horvilleur ” Vivre avec nos morts” s’adresse à tous par l’universalité de son message plein de sagesse face à la vie et à la mort.
Rabine, l’autrice témoigne de son expérience. Elle accompagne les personnes qui viennent de perdre des êtres chers et qui cherchent à honorer leur fin de vie. A travers ces rencontres, elle tente de relier le monde des vivants et des morts par son expérience et l’histoire de son peuple, issue de la bible et de la Torah. Nous apprenons au fil de ces pages pleines d’émotion, sans aucun jugement, et avec parfois beaucoup d’humour, ce qui nous constitue tous: notre reliance au monde intra et extra sensoriel, notre capacité à vivre ou à mourir. En accompagnant les vivants face à l’énigme de la finitude, sans certitude et en toute humilité, Delphine Horvilleur nous distille entre ces lignes, confiance et sérénité dans notre histoire personnelle, en prise avec nos morts et nos vivants. Il s’agit d’un livre très humain, riche d’enseignements et de références bibliques, superbement écrit, au message universel. Un vrai coup de cœur pour moi et j’espère pour beaucoup d’autres.

Des romans qui peuvent faire réfléchir

Dans des genres très différents.

Soif
Amélie Nothomb

La mort du Christ

Les indécis
Alex Daunel

A l'arrière plan, les genres littéraires et au premier plan, la couverture du livre d'Alex Daunel, Les indécis
Et si la littérature nous aidait à comprendre quelle est notre place dans la vie ?

Info-livre : Vivre avec nos morts par Delphine Horvilleur

Couverture du livre de Delphine Horvilleur, Vivre avec nos morts

Editeur : Grasset
ISBN : 978-2-246-82694-1
Pages : 222
Date de parution : 03/03/2021

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Catherine Perrin
Catherine Perrin

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