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La littérature islandaise : une île, des sagas et des polars à découvrir

Ma fascination pour l’Islande remonte à ma lecture de Voyage au centre de la Terre de Jules Verne, j’ignorais alors la richesse et les spécificités de sa littérature. Bien sûr, j’ai d’abord été séduite par des récits qui ne peuvent arriver que là-bas, la conscience historique que partagent les auteurs islandais. Mais au fil de mes lectures, la sobriété de l’écriture, les phrases épurées en on fait une de mes littératures préférées.
Sommaire
Une conscience historique très particulière
Les Vikings
L’Islande n’a été peuplée que récemment, colonisée au IXe siècle par les Norvégiens (les Vikings pouvaient être norvégiens, danois ou suédois). Quelques siècles plus tard, leurs histoires ont été racontées dans les sagas (écrites du XIe au XIVe siècle, socle de la littérature islandaise).
Si vous êtes passionnés de Vikings ou de l’Histoire nordique de cette époque, vous pouvez vous lancer dans la lecture de ces sagas. Je ne regrette pas d’avoir lu La saga d’Egil, mais c’est une œuvre classique très exigeante.
La domination danoise
Après la domination norvégienne, l’Islande passe sous domination danoise. Au XVIe siècle, le roi Christian III impose le luthéranisme. Corps célestes à la lisière du monde de Jón Kalman Stefánsson raconte un épisode méconnu de l’Histoire islandaise du XVIIe avec, en arrière-plan, le basculement de l’Islande vers la religion luthérienne. Peut-être le plus islandais des romans que j’ai lus.
Au XVIIIe siècle, l’Islande vit désormais sous des lois draconiennes (Stóridómur). Jon Sivertsen, en raconte les tragiques conséquences sur sa famille au roi Christian VIII (Le roi et l’horloger d’Arnaldur Indridason). À la même époque, Jon, « honorable grand criminel » est accusé d’avoir tenu des propos séditieux sur le roi (La cloche d’Islande d’Halldór Laxness, prix Nobel de littérature 1955).
Au XIXe siècle, Arnaldur Indridason, dans La fin du voyage, raconte comment l’identité nationale a commencé à se forger, porté par des Islandais (dont le poète Jónas Hallgrímsson) obligés de faire leurs études au… Danemark !
À la fin du XIXe siècle, l’Islande est un des pays les plus pauvres d’Europe, mais tout va changer au XXe siècle
Le XXe siècle et après
En 1918, l’Islande devient un État indépendant tout en conservant le même roi que le Danemark. En 1944, les Islandais décident de mettre fin à leur union avec le Danemark et le pays est désormais une République.
À partir de là, le plan Marshall et le développement de la pêche industrielle en font un État moderne. Ils sont ensuite relayés par le tourisme, l’aluminium et la finance. Aujourd’hui, l’Islande se classe avant la France dans la liste des pays par PIB (PPA) par habitant.
Ásta de Jón Kalman Stefánsson raconte la vie en Islande des années 1950 à nos jours avec un focus sur l’existence des paysans dans les années 1960. Vers la même époque, au temps de la Guerre froide, les espions se croisaient en Islande. Les lendemains qui chantent est un passionnant roman d’Arnaldur Indridason.
De grands projets sont mis en œuvre grâce à l’énergie géothermique et hydroélectrique, ce qui n’est pas sans impacter la vie des Islandais (Le temps de la sorcière d’Arni Thorarinsson).
Isolement et climat
L’Histoire de l’Islande s’explique par son isolement et son environnement difficile. Les écrivains ont su en faire un atout majeur. Entre ciel et terre, de Jón Kalman Stefánsson qui raconte la vie des Islandais à la fin du XIXe siècle, n’a besoin que du climat aussi rude que leur quotidien pour faire monter la tension. Imaginez ce que devait être la vie des sages-femmes, obligées de parcourir de longs trajets solitaires pour aller mettre au monde un bébé (La vérité sur la lumière d’Auður Ava Ólafsdóttir). Ou celle d’un berger qui veut regrouper des moutons perdus juste avant Noël (Le berger de l’Avent de Gunnar Gunnarsson).
Et si, demain, l’Islande devait revenir à son isolement primitif parce que plus aucune communication n’est possible, que ni bateaux ni avion n’arrivent ? La fable politique de Sigríður Hagalín Björnsdóttir, L’île, montre que les conséquences seront bien différentes que dans les romans postapocalyptiques continentaux.
Et bien sûr, l’isolement et le climat font le bonheur des auteurs de romans policiers et de thrillers. Ragnar Jónasson, en particulier, adore écrire sur des communautés reculées (Hulda, Dix âmes pas plus) et sur des personnes disparues au cœur de l’hiver (La dernière tempête) ou encore sur des gens perdus en pleine tempête (À qui la faute).
Tous ces livres montrent l’attachement des écrivains islandais à leur Histoire et à leur île. Mais ils savent aussi aborder des sujets contemporains et universels.
Quand les écrivains islandais abordent les problèmes contemporains
Auður Ava Ólafsdóttir, avec son écriture épurée et pleine de douceur, aborde de nombreux sujets actuels : la transidentité (DJ Bambi), la rupture amoureuse (L’exception), la guerre (Ör) et encore bien d’autres.
Elma, la jeune policière créée par Eva Björg Ægisdóttir, affronte la face sombre de l’Islande contemporaine : harcèlement scolaire, misère sociale, relations de couple ou familiales. Des romans aussi noirs que la nuit islandaise en hiver.
Dans Froid comme l’enfer, Lilja Sigurdardóttir aborde des thèmes tels que les violences faites aux femmes, ou les malversations financières. Nous sommes alors très loin de l’Islande touristique.
Et toujours loin des clichés, et parfois de l’Islande, Sigrídur Hagalín Björnsdóttir aborde des sujets qui m’ont fascinée dans La lectrice disparue. Savez-vous ce qu’est l’hyperlexie ? Ce sont des capacités de lecture très avancées. Ou saviez-vous que Socrate se méfiait de l’écriture ? Un roman islandais tellement original qu’il est difficile d’en dire plus.
Jules Verne, l’Islande et moi
Il m’a fallu des années pour enfin visiter l’Islande. En cela, j’ai eu plus de chance que Jules Verne qui n’y a jamais mis les pieds. Ses descriptions, qui s’appuient sur de la documentation et des récits de voyageurs, m’ont marquée :
Le 19 juin, pendant un mille environ, un terrain de lave s’étendit sous nos pieds ; cette disposition du sol est appelée « hraun » dans le pays : la lave ridée à la surface affectait des formes de câbles tantôt allongés, tantôt roulés sur eux-mêmes ; une immense coulée descendait des montagnes voisines, volcans actuellement éteints, mais dont ces débris attestaient la violence passée. Cependant, quelques fumées de source chaudes rampaient çà et là.
Jusqu’à ce que je découvre la littérature islandaise.
À vous de jouer ?
Et vous, par quel auteur ou quel livre avez-vous découvert la littérature islandaise ? Dites-le-moi en commentaires.
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Je m’appelle Catherine, et je suis blogueuse littéraire
Je donne mon avis, bien sûr, mais surtout des repères pour vous aider à savoir si un livre est fait pour vous.
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