Le club des Incorrigibles Optimistes — Jean-Michel Guenassia

J’aime bien replonger dans des époques que j’ai plus ou moins vécu, histoire de vérifier une fois de plus comme le temps a modifié notre façon de voir les choses. Le club des Incorrigibles Optimistes et ses 729 pages souffrent de quelques longueurs. Il tient néanmoins ses promesses.

En arrière plan BISTROT en lettres, au premier plan, couverture du livre de Jean-Michel Guenassia, Le Club des Incorrigibles Optimistes
Dans un bistrot, un club de joueurs d’échecs…

L’univers narratif

Le livre s’ouvre en 1980, lors de l’enterrement d’un philosophe célèbre que vous n’aurez pas de mal à identifier :

« Quelle absurdité de rendre hommage à un homme qui s’est trompé sur tout ou presque, fourvoyé avec constance et a mis son talent à défendre l’indéfendable avec conviction. Ils auraient mieux fait d’aller aux obsèques de ceux qui avaient raison, qu’il avait méprisés et descendus en flammes. Pour eux, personne ne s’est déplacé. »

J’aurais aimé que ce chapitre, que j’ai relu, soit situé à la fin de l’ouvrage, quand je n’ai pas envie de tourner définitivement les dernières pages.

Le récit se poursuit sur les années 1960 à 1964 et couvre en partie la guerre d’Algérie qui s’est terminée en 1962. Michel et son père vont au cinéma voir À bout de souffle.

Les personnages

#Michel
Le narrateur est un garçon d’une dizaine d’années, ses parents s’occupent assez peu de lui, ne réalisent pas qu’il préfère lire à écouter ses cours. Il lit chez lui évidemment, mais aussi en marchant dans la rue.

#Franck et Cécile
Franck, en révolte contre sa famille bourgeoise — il s’est inscrit au parti communiste — est le grand frère de Michel. Il est fiancé à la délicieuse Cécile, sœur de Pierre, dont les idéaux peuvent surprendre aujourd’hui.

#Igor Markish
Arrivé en France au début des années 1950, il refuse d’évoquer les circonstances qui l’ont conduit à fuir Leningrad. Il n’a qu’un rêve : obtenir une carte de séjour. Mais un fonctionnaire communiste ne l’entend pas de cette oreille.

#Leonid
Pilote d’avion et héros de guerre, il n’avait aucune raison de passer à l’Ouest, si ce n’est une femme.

#Sacha
Il vient de temps en temps au Club bien qu’il soit rejeté par les autres qui, au mieux l’ignore, au pire le rouent de coups. On ne saura qu’à la fin pourquoi Igor le déteste à ce point.

Michel, le narrateur raconte bien d’autres histoires de réfugiés ayant fui l’URSS et ses pays satellites. Jean-Paul Sartre et Joseph Kessel sont parfois présents, comme un rappel de l’époque.

L’intrigue

Les deux familles de Michel ne s’entendent pas, d’ailleurs le père de Michel, Paul Marini, n’aurait jamais dû épouser Hélène Delauney, la fille de son patron. Il ne l’aurait jamais fait, si de leur amourette, n’était né Franck.

Dans cette famille, chacun vit sa vie comme s’il était seul. Michel, que le collège n’intéresse pas, a reçu un appareil photo qu’il utilise beaucoup. Il lit, écoute du rock’n’roll, traîne un peu. Une de ses autres passions, le babyfoot, l’entraîne au Balto, un bistrot d’Auvergnats. Il y passe beaucoup de temps, s’arrangeant pour ne rentrer chez lui qu’à l’heure où sa mère exige qu’il soit revenu.

Il remarque des hommes d’âge mûr qui traversent le bistrot et disparaissent derrière une porte masquée par un rideau de velours vert. N’y tenant plus, il ouvre la porte et se trouve face à des joueurs d’échecs, Le Club des Incorrigibles Optimistes. Le Club est composé de réfugiés venus de l’Est et qui ont gagné leur liberté, au prix de la perte de leur famille.

Pour devenir membre, Michel apprend à jouer aux échecs.

Le style

Incipit :

« Aujourd’hui, on enterre un écrivain. Comme une dernière manifestation. Une foule inattendue, silencieuse, respectueuse et anarchique bloque les rues et les boulevards autour du cimetière Montparnasse. »

Citation :

« Igor était convaincant. Ils étaient trois taxis au Club et n’avaient pas la même opinion que lui. Un bon métier quand vous n’aviez pas mal au dos. Ils avaient des sciatiques et des vertèbres tassées, respiraient les gaz d’échappement du matin au soir, s’énervaient dans les encombrements, tremblaient de se faire égorger par un minable décidé à voler leur recette et ils étaient harcelés par les agents de police aux aguets pour leur mettre des contraventions. »

Mon avis en résumé

Ce que vous aimerez :

  • La description des années 1960
  • Les personnages même s’ils sont vraiment très nombreux

Ce que vous regretterez (ou pas) :

  • Des longueurs

Mes notes

Univers narratif 5,0/5
Personnages4,0/5
Intrigue4,0/5
Style4,5/5
Moyenne4,4/5

Info-livre : Le club des Incorrigibles Optimistes — Jean-Michel Guenassia

Couverture du livre de Jean-Michel Guenassia, Le Club des Incorrigibles Optimistes

Editeur : LGF/Livre de Poche
ISBN : 978-2-253-15964-3
Pages : 729
Date de parution : 24/08/2011
(Paru chez Albin Michel en 2009, prix Goncourt des lycéens 2009)

En France, ces années-là

Suite française
Irène Némirovsky

A l'arrière-plan, des militaires sur des tanks ; au premier plan la couverture du livre d'Irène Némirovsky, Suite française
Un récit, presque à chaud, de la débâcle de juin 1940

Une vie française
Jean-Paul Dubois

A l'arrière plan, l'Arc de Triomphe et un drapeau. Au premier plan, la couverture du livre de Jean-Paul Dubois, Une vie française
En France, de la présidence de De Gaulle à celle de Chirac.

Mes Trente Glorieuses
Anne Gallois

A l'arrière plan, une photo de Paris dans les années 1950, au premier plan, la couverture du livre d'Anne Gallois, Mes trente glorieuses
Des années 1954 à 1975
Partagez cet article
Image par défaut
Catherine Perrin
J'adore discuter de mes lectures. N'hésitez pas à me laisser des commentaires ou à me rejoindre sur les réseaux sociaux.
Publications: 221

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.