Trop de bonheur – Alice Munro

Alice Munro, prix Nobel de littérature 2013. Est-ce à dire que la lecture de Trop de bonheur est ennuyeuse ?
Absolument pas.

Alice Munro Trop de bonheur

De quoi parle Trop de bonheur ?

  • De femmes.
  • De moments dans la vie de ces femmes.
  • De moments qui ont fait basculer leur vie.
  • De moments qui leur ont appris qui elles étaient ou qui elles pouvaient être.
  • De leur vie toute entière parfois.

Un univers narratif minimaliste

Le lieu

La majorité des histoires se passent en Ontario, Canada, où est né l’auteur. La ville de London, y est citée. C’est une des rares indications géographiques.

L’époque

Difficile de savoir quand se passent ces récits : au siècle dernier ? Tout au début de notre siècle ? Villes et villages semblent avoir traversé le temps dans une bulle et la technologie moderne semble absente.

Alors, oubliez les vastes espaces canadiens ou l’histoire du Canada, ce n’est pas dans ce domaine que le talent de l’écrivain vous surprendra.

Des personnages examinés avec une loupe

Dans la voiture, ayant éteint les phares, rassemblant les provisions ou le courrier qu’elle rapportait à la maison, Joyce se réjouissait même de ce dernier trajet précipité, jusqu’à la porte, à travers l’obscurité, le vent et la pluie glacée. Elle avait l’impression de se débarrasser ainsi de sa journée de travail pleine de tourments et d’incertitude, consacrée à l’enseignement musical qu’elle dispensait aussi bien aux indifférents qu’à ceux dont il éveillait l’intérêt.

L’auteur rend chaque protagoniste aussi proche que le voisin ou la voisine à qui vous parlez tous les jours, ou le collègue de bureau avec qui vous avez l’habitude de prendre un café, en donnant accès à l’intériorité du personnage par une soirée aussi banale qu’une soirée de pluie.

Ce sont tous ces détails qui vous font entrer dans l’histoire. Lentement, il est vrai. Ce n’est qu’après plusieurs pages que vous parvenez au cœur de l’intrigue. Mais si vous persistez, l’écrivain vous amènera là où vous êtes prêt à la devancer, pour mieux vous surprendre.

Des intrigues insolites

Vous n’avez pas eu le temps de lâcher le livre que l’écrivain vous surprend, soit parce que son personnage agit de façon inattendue, soit parce que son personnage encaisse une nouvelle épreuve qui éclairera la première.

Lorsque Nita, qui s’est isolée de tout le monde après la mort de son mari, laisse entrer chez elle un homme qui dit venir vérifier sa boîte de fusibles, vous comprenez avant elle qu’elle est en danger.

Alors, est-ce une cruelle histoire d’une femme assassinée dans une maison isolée ? Non, bien sûr et rien ne vous a préparé à la riposte de Nita (indice : rien de mal n’arrive à Nita et l’homme sort vivant de la maison).

Une écriture posée

La nouvelliste prend son temps pour poser le cadre de son intrigue. Chaque mot est précis, chaque mot est à sa place, chaque mot est efficace. La première phrase vous agrippe :

Doree dut prendre deux autocars – l’un jusqu’à Kincardine, où elle attendit celui qui allait jusqu’à London, où elle attendit cette fois le bus urbain qui conduisait à l’institution.

Qui est Doree ? De quelle institution s’agit-il ? Pourquoi Doree s’impose-t-elle ce voyage éprouvant ?

Une nouvelle en particulier : Trop de bonheur

Le dernier récit évoque Sofia Kowalevski, mathématicienne qui vécut à la fin du XIXème siècle, alors que l’Université de Berlin était interdite aux femmes.

Elle a pourtant obtenu le prix Bordin de l’Académie des Sciences de Paris en 1988 et le prix de l’Académie des Sciences de Stockholm en 1989.

Qui était-elle ?

Comment a-t-elle réussi à étudier et à travailler jusqu’à devenir une chercheuse reconnue ?

L’écrivain capture les pensées de Sofia, pourtant si éloignées de celles de ce début du XXIe siècle.

“C’est terrible, pense Sofia. Le sort des femmes est terrible. Et que dirait cette femme si Sofia lui parlait des nouvelles luttes, du combat des femmes pour le droit de vote et l’accès aux universités ? Elle risquerait de répondre que telle n’est pas la volonté de Dieu.”

Rien que pour cette nouvelle (et la nouvelle Radicaux libres), ce livre mérite d’être lu.

Mon avis en résumé

Les plus

  • Les personnages
  • Les intrigues
  • Le style

Ce qui peut vous rebuter

  • L’univers narratif pratiquement existant
  • Beaucoup de pages avant d’arriver au cœur de l’intrigue

Mes notes pour Trop de bonheur

Univers narratif2,0/5
Personnages5,0/5
Intrigue5,0/5
Style4,5/5
Moyenne4,1/5
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Catherine Perrin
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