7 techniques de narration que tout lecteur devrait connaître

Je sais ce que vous pensez. Les livres qui vous plaisent… vous plaisent. Point.
Vous n’avez pas l’intention d’écrire une dissertation sur votre dernière lecture, ni d’ailleurs sur aucune autre.

Livre, café et lunette
Qu’aimez-vous dans les livres ?

Article mis à jour le 24/10/2019

Vous ne passez pas votre bac de français. Alors univers narratif, personnages et arc transformationnel, merci bien, vous laissez à ceux que ça intéresse.

Il y juste un problème : vous savez quels livres vous ont plu mais vous ne savez pas quels livres vous plairont. Même celui dont tout le monde parle, eh bien, il vous arrive d’être déçu. Pareil pour moi.

Pourtant, quand je vais au restaurant, gratin de chou-fleur, beignets de chou-fleur ou croque-monsieur au chou-fleur, c’est non. Tarte aux fraises, gratin de fruits rouge ou bavarois à la framboise, c’est oui. Je déteste le chou-fleur et je raffole des fruits rouges.

Mais quel est l’ingrédient commun entre les jeunes filles à marier de Jane Austen et le sombre et tourmenté inspecteur Harry Bosch créé par Michael Connelly ? Entre les histoires de robot d’Azimov et celles de Benjamin, bouc émissaire de profession, le personnage fantasque de Daniel Pennac ?

Quatre livres très différents
Quel est le point commun entre ces romans ?

Le truc, c’est que vous n’en savez rien et que vous tâtonnez, utilisez des méthodes approximatives.
Je n’en savais rien non plus. Jusqu’à ce que je me mette à écrire. Et j’ai réalisé qu’il y avait des éléments qui figuraient dans toutes les œuvres à la lecture desquelles je prenais plaisir. Et d’autres que j’appréciais, mais jusqu’à une certaine limite.

Au sommaire de cet article

Vous avez aussi besoin de connaître ces éléments

Vous aussi, sans le savoir, en préférez certains à d’autres qui, eux, ne vous touchent pas. Sans eux, la lecture vous paraît fade. Et les autres lecteurs n’ont pas les mêmes critères que vous.

Et pas que les lecteurs. Pouvez-vous imaginer l’Académie Goncourt décerner un Prix à un livre dont le style est pauvre mais l’intrigue captivante ?

Maintenant, continuez de lire en réfléchissant quels ingrédients contenaient ou pas les livres que vous avez lu.
Commençons par l’auteur, souvent un bon critère de choix parce que vous savez que ses ingrédients vous ont plu.

1. L’auteur n’est pas le narrateur

Ça paraît compliqué mais ça ne l’est pas.
L’auteur est la personne physique qui écrit le livre. Le narrateur est la personne fictive qui raconte l’histoire.

Exemple : Lenù raconte sa propre histoire et celle de Lila. Lenù est la narratrice.

Parfois le narrateur est tellement discret qu’il se confond avec l’auteur. Mais le narrateur a toujours un point de vue, qui n’est pas forcément celui de l’auteur.

2. Le point de vue correspond à ce que sait le narrateur

Exemple : Lenù transmet au lecteur ce qu’elle voit, entend ou comprend. Impossible de savoir ce que Lila ou d’autres personnages pensent. Pourtant, quand la narratrice est une enfant, le lecteur adulte peut percevoir les choses différemment que le narrateur. Lisez Ce savait Maisie d’Henry James ou La vraie vie d’Adeline Dieudonné.

Courant au XIXème siècle, le narrateur omniscient savait tout sur tout, ce qui se passait pour n’importe quel personnage ou ce qu’ils pensaient.

“C’est une vérité universellement reconnue qu’un célibataire pourvu d’une belle fortune doit avoir envie de se marier, et si peu que l’on sache de son sentiment à cet égard, lorsqu’il arrive dans une nouvelle résidence, cette idée est si bien fixée dans l’esprit de ses voisins qu’ils le considèrent sur le champ comme la propriété légitime de l’une ou l’autre de leurs filles.”

Aucun doute : le narrateur d’Orgueil et Préjugés (Jane Austen) connaît sur le bout des doigts les personnages et leur univers.

Les romans contemporains utilisent le point de vue d’un personnage, voire de plusieurs. C’est à travers leur regard que nous prenons connaissance de l’univers narratif.

Exemple : il y un narrateur mais plusieurs points de vue dans le livre de Pierre Lemaître Au revoir là-haut. Nous savons ce que pensent, Albert, Pradelle ou Madeleine. Ce qui enrichit notre compréhension de chacun des personnages mais alourdit l’intrigue. R.R. Martin utilise dans Game of Thrones le point de vue de plusieurs personnages sans jamais que le rythme de l’intrigue ne ralentisse.

Couverture du Trône de fer et de Au revoir là-haut
Deux romans qui mettent en oeuvre le point de vue de plusieurs personnages.

3. L’univers narratif est le monde dans lequel évoluent vos personnages

Si ce monde est réel et contemporain, l’auteur n’a pas besoin de donner beaucoup d’explications. Plus il est éloigné de notre façon de vivre, plus l’auteur doit nous en décrire les règles.

Exemple : Les règles sont innombrables dans l’univers narratif d’Harry Potter. Harry, et Hermione, élevés chez les moldus doivent les apprendre.

Photo de Daniel Radcliffe, Emma Watson et Ruper Grint

Crédit photo Illona Higins
Sous licence CC BY-SA 2.0

Si l’œuvre est plus ancienne, l’auteur n’a pas forcément pensé à expliquer des règles qui étaient connus de tout le monde à cette époque.

Exemple : L’univers narratif d’Orgueils et Préjugés se situe au tournant du XIIIème siècle et du XIXème, dans une famille qui appartient à la gentry campagnarde, soumise à l’entail. Seul un héritier mâle peut hériter de la fortune des Bennet.

Bien entendu, les filles ne peuvent pas travailler. Pour assurer leur avenir, elles n’ont d’autres choix que se marier.

Sans les règles de l’univers narratif, l’histoire serait moins fascinante, elle serait une banale histoire d’amour. Elizabeth Bennet joue son avenir et elle n’aura pas de deuxième chance.

4. Le cycle narratif, l’arc narratif, c’est la même chose ?

Le cycle narratif est un ensemble de récits sur le même thème.

Exemple : La Comédie Humaine de Balzac, l’Assassin Royal de Robin Hobb ou encore le cycle de Fondation par Isaac Azimov sont des cycles narratifs.

Joueur de flûte et couverture de l'apprenti assassin (Robin Hobb)
L’apprenti assassin est le premier tome du cycle narratif : l’Assassin Royal

L’arc narratif est une intrigue complète

Exemple : Dans le livre d’Alice Dieudonné, il n’y a qu’un arc narratif : comment la petite fille peut sauver son frère. La tresse présente trois arcs narratifs, trois intrigues différentes qui sont liés par un quatrième arc narratif, à peine esquissé. Dans d’autres livres, les arcs narratifs sont entremêlés, c’est le cas de Au-revoir là-haut – Pierre Lemaître –  qui mêle des intrigues attachés à des personnages différents.

5 Le schéma narratif décrit les étapes de l’intrigue

On le trouve rarement aussi caractérisé, du moins dans les bons romans parce que les auteurs savent en jouer. Il correspond à 5 étapes :

  • Situation initiale
  • Elément déclencheur
  • Péripéties
  • Dénouement
  • Situation finale

6 L’intrigue n’est pas une histoire

Quoi ?
Laissez-moi vous expliquer.
Dans la vie, nous subissons des évènements sans aucun lien entre eux, c’est notre histoire.
Dans un roman, la succession d’évènements est lié par une relation de cause à effets, c’est l’intrigue du roman.
Et l’intrigue influence le personnage. Le personnage change…ou pas.

7 L’arc transformationnel est ce qui change le personnage

Le personnage est différent à la fin de l’aventure de ce qu’il était au début. Ce peut être un changement positif ou négatif.

Exemple : le personnage de Robin Hobb change de manière drastique dans Retour au pays. Présentation de l’éditeur :

” Ce que l’esprit conscient ne perçoit pas, le cœur le sait déjà. Dans un rêve, j’ai traversé comme le vent ce désert des Pluies, en rasant le sol mou, passant au travers des ramures qui se balançaient. Insoucieuse de la fange et de l’eau corrosive, j’ai pu voir soudain la beauté aux multiples strates des alentours. Je me tenais en équilibre, oscillant, comme un oiseau, sur une fronde de fougères. Un esprit du désert des Pluies m’a murmuré : “Essaie de le dominer et il t’engloutira. Incorpore-toi à lui, et tu vivras.”

Et le style ? Ce n’est pas un élément important ?

Bien sûr que si.

Mais le style est l’expression personnelle de l’écrivain. Il en existe autant que d’écrivains. C’est inclassable.

J’oppose « bien écrit » et « écrit avec style ».

J’aime les écritures fluides où les paragraphes s’enchaînent logiquement. Une idée par paragraphe. Dans cette façon d’écrire, chaque phrase sert la narration, est à sa place, ne pourrait pas être supprimée. C’est bien écrit.

Le style ce sont des jolies phrases qui bercent le lecteur. C’est l’expression personnelle de l’écrivain. Il en existe autant que d’écrivains. C’est inclassable.

Alors ne manquez pas de parcourir les premières pages d’un roman pour savoir si vous serez sensible ou non au style de l’auteur.

Et maintenant, vous y êtes. Quand un de vos amis parlera d’un livre qu’il a aimé, vous saurez poser les bonnes questions.

Que préférez-vous dans un roman ?

Les auteurs capables de réunir tous ces éléments existent mais sont rares. Heureusement, vous pouvez trouver votre bonheur avec des ouvrages qui réunissent les éléments que vous préférez.

La liseuse Fragonard

Personnellement, une intrigue captivante est loin de suffire. J’aime que le personnage se transforme de manière positive, que l’univers narratif soit riche et que l’écrivain ait abordé l’histoire d’une manière personnelle. Si en plus, il y a plusieurs arcs narratifs et plusieurs intrigues, c’est encore mieux. Et vous, qu’aimez-vous ? Dites-le en commentaire.

Les questions à poser

  • Quel est l’auteur ?
  • Qui raconte l’histoire ?
  • Y-a-t-il une intrigue ou plusieurs intrigues ?
  • Où se passe l’histoire ?
  • Quand  l’histoire se passe-t-elle ?
  • Les personnages sont-ils nombreux ?
  • L’intrigue se poursuit-elle sur plusieurs tomes ?
  • Est-ce que le personnage apprend quelque chose de ce qui lui arrive ?

Comment je note

Le plus souvent, j’utilise quatre critères :

L’univers narratif

On retrouve des univers narratifs riches, dans la Science-fiction ou dans la Fantasy mais pas seulement, l’univers narratif peut être une époque ou un lieu.
Exemple d’une époque : Son Espionne Royale mène l’enquête – Rhys Bowen
Exemple d’un lieu : Les fleurs sauvages – Holly Ringland
Plus l’auteur me permet de rentrer dans un univers original, plus la note est élevée.

Les personnages

J’aime que les personnages évoluent (arc transformationnel), qu’ils apprennent quelque chose, si possible qu’ils deviennent une meilleure version d’eux-mêmes. Ce qui suppose qu’ils aient été bien posés dès le départ.
Exemple : Retour au pays de Robin Hobb
Plus les personnages sont complexes, plus la note est élevée

L’intrigue

Un peu moins important que le reste à mes yeux mais si un personnage évolue c’est que l’intrigue est souvent réussie.
Exemple : Stephen King est le maître des intrigues réussies.
L’intrigue de Graine de sorcière de Margaret Atwood (réécriture de la pièce de Shakespeare La tempête )
Plus l’intrigue me surprend, plus la note est élevée.

Le style

Il y a plusieurs écoles sur le style. Je peux lire un livre au style magnifique même si le reste n’est pas à la hauteur.
Exemple : c’est la jolie plume de Laure Limongi qui m’a entraînée tout au long du livre, On ne peut pas tenir la mer entre ses mains.
C’est sans doute la note la plus subjective.

Selon les cas, je peux rajouter deux autres critères :

Humour

Exemple : Silence, on disparaît de Laurent Bouché

Structure

La structure linéaire est la plus simple. Le livre commence à une époque, finit plus tard et les évènements se suivent selon l’ordre chronologique, dans le même lieu. Parfois les auteurs aiment bien mélanger ; le lecteur est baladé de personnages en personnages, ou de lieu en lieu, ou encore d’époques en époques, et parfois les trois à la fois. Plus la structure est complexe, plus il est facile de perdre le lecteur.
Je n’ai pas encore utilisé ce critère mais le livre de Léonora Miano, Rouge impératrice est un bon exemple d’une structure complexe parfaitement maîtrisé. Civilizations de Laurent Binet également.

Et parfois, je mets une note globale, souvent parce que le livre est atypique.

Exemples : Avouez que vous n’êtes pas normale de Peggy-Laure Bernard ou Un insaisissable paradis de Sandy Allen.

Bonne lecture

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Catherine Perrin
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Publications: 221

4 commentaires

  1. Bonjour Catherine

    Passionnant article. Je découvre ce blog avec grande joie. Des auteurs de tous genres dont certains que j’ai eu plaisir à lire. A bientôt !

    Cordialement

  2. Bonsoir Catherine,

    Comme c’est intéressant! L’univers narratif, je me rends compte que les livres lus dernièrement, on dirait que l’auteur parle de mes préoccupations, de ce qui me tient à coeur, souvent de mon vécu, et une poésie présente…

    Avant de faire l’achat d’un livre, en lisant son résumé ou un extrait, je m’en fais une idée assez près de ma propre lecture. Et, je suis rarement déçue. Je viens de terminer « Un beau désastre » de Christine Eddie, et j’aime beaucoup son « univers narratif » comme vous le mentionnez plus avant.

    J’ai beaucoup aimé votre article avant mon commentaire. Vous éclairez ma lanterne.

    À suivre!

    Lise

    • Merci Lise.
      Il y a des livres qui nous touchent et d’autres, parfois excellents, qui nous touche moins. Je suis heureuse que cet article vous ai permis de mieux comprendre pourquoi.

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