Marie-Antoinette — Stefan Zweig

Marie-Antoinette a été une source romanesque pour Alexandre Dumas (Le collier de la Reine, Le chevalier de Maison-Rouge), mais a peu inspiré les biographes. Stefan Zweig décrypte évènements et décisions qui ont mené l’archiduchesse de la cour d’Autriche à la guillotine.

A gauche, couverture du livre de Stefan Zweig, Marie-Antoinette et à droite les portraits de Marie-Antoinette, Fersen et Louis XVI

Marie-Antoinette, une enfant frivole

L’auteur s’attarde peu sur l’éducation négligée que Marie-Antoinette a reçue à Vienne. Il préfère expliquer son comportement frivole par son mariage qui n’a pas été consommé pendant sept ans.

Une cérémonie de mariage où elle n’existe qu’en tant qu’archiduchesse

Qui a prêté attention à la jeune fille de quatorze ans quand elle a été transportée comme un colis, un colis précieux, mais un colis quand même ? Personne.
À la frontière, elle doit abandonner tous ceux et celles qui l’ont accompagnée. Elle a également laissé derrière elle ses vêtements et tous les objets qui lui appartenaient.
Une scène glaçante. Pas étonnant alors qu’elle se jette en larmes, dans les bras de Madame de Noailles.

Louis XVI, un mari balourd

Le dauphin, grand, gros, myope et d’une indécision quasi pathologique n’est pas vraiment le prince charmant. Un brave homme, tout de même, mais incapable de remplir ses devoirs conjugaux. Une affaire d’État quand il s’agit d’un roi. Toute la Cour le sait, toute la Cour en parle.
Hormis cela, l’auteur consacre peu de pages à Louis XVI. Dommage, il n’était probablement pas seulement cette caricature.
J’aurais aimé que Stefan Zweig creuse davantage les relations entre la Cour et le roi puisque ce dernier a été abandonné par la noblesse qui a, soit émigré, soit pris parti contre lui (Louis Philippe d’Orléans qui a voté la mort au procès). Mais il est vrai que le sujet du livre est Marie-Antoinette, pas Louis XVI.

Marie-Antoinette, variable d’ajustement

À l’exception de sa mère, Marie-Thérèse, impératrice d’Autriche (décédée avant la Révolution), la famille de la reine, son frère d’abord, puis son neveu se sont peu préoccupés de son sort.
Mariée pour favoriser une alliance politique, elle a vu l’intérêt de ses proches s’évanouir en même temps que les avantages de l’Alliance. Elle a d’abord été ce que voulait sa famille, puis ce qui convenait aux révolutionnaires.

L’affaire du collier, un scandale qui souligne la frivolité de la reine

Marie-Antoinette n’a jamais de près ou de loin été mêlée à l’escroquerie des époux de la Motte. Pourtant, en acquittant le cardinal de Rohan, principale victime de la tromperie, les juges confortent l’idée de probables rencontres nocturnes entre la reine et ses admirateurs.

Que d’erreurs dans la préparation de la fuite de Varennes

Le couple royal accompagné de madame Elizabeth aurait pu s’enfuir dans deux berlines légères, mais il a fallu qu’ils suivent l’étiquette :

  1. Les cinq personnes (le roi, la reine, leurs deux enfants et Madame Elizabeth) partageront la même voiture, alors que toute la France grâce à de multiples estampes les a déjà vu
  2. La famille ne peut se séparer de la gouvernante des enfants, Mme de Tourzel. Elle partira avec eux. La fuite devient plus complexe.
  3. À cela s’ajoute deux femmes de chambre, puis des laquais, enfin Fersen et un cocher, au total quatorze personnes.
  4. Il faut emporter des toilettes, de lourdes malles sont alors chargées dans la voiture.
  5. Pour emmener tout le monde, faire de la place à la vaisselle d’argent, la garde-robe, les provisions de bouche, jusqu’à une cave à vin, Fersen fait fabriquer un immense carrosse, tiré par huit chevaux.
  6. Quatorze personnes dans un carrosse flambant neuf, ce n’est plus une fuite, mais une pompeuse expédition.

Personne, mais alors vraiment personne, ne réalise que leur monde est mort.

Le style

Incipit :

« Pendant des siècles, sur d’innombrables champs de bataille allemands, italiens et flamands, les Habsbourgs et les Bourbons se sont disputé jusqu’à l’épuisement l’hégémonie de l’Europe. »

Citation :

« De sa main frivole et légère, Marie-Antoinette s’empare de la couronne comme d’un cadeau inattendu ; elle est encore trop jeune pour savoir que la vie ne donne rien gratuitement et que sur tout ce qu’on reçoit du destin le prix est secrètement marqué. Ce prix, Marie-Antoinette ne songe pas à le payer. Elle prend les droits de la royauté sans s’acquitter des devoirs. »

Mon avis en résumé

Ce que vous aimerez :

  • Le livre se lit comme un roman
  • On apprend plus de choses qu’en cours d’histoire
  • L’approche psychologique

Ma note

Note globale : 5/5


Info-livre : Marie-Antoinette par Stefan Zweig

Couverture du livre de Stefan Zweig, Marie-AntoinetteEditeur : Grasset
ISBN : 2-246-16864-3
Pages : 508
Date de parution :  10/05/2002 (Première publication en France : 1933)

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Catherine Perrin
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