Laure Gombault – Interview

Laure Gombault a une plume sensible et ses personnages féminins sont en prise avec les difficultés de la vie d’aujourd’hui. Pourtant, leur originalité ou celle de leur parcours fait mouche chaque fois. Jamais de déjà-lu dans les livres de Laure.

Couverture de quatre livres de laure Gombault, L'homme du train, Louise sous emprise, Un verre avec toi, Le ventre de Vénus.


Interview

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Bonjour, j’ai 53 ans, je suis mariée et j’ai deux garçons de 28 et 25 ans, je suis même une grand-mère comblée depuis un an. J’habite près de Caen et je coordonne un réseau de projets et de partenaires socio-éducatifs des bibliothèques, pour élargir des pratiques de lecture à des personnes qui s’en sont éloignées pour de multiples raisons (illettrisme, santé, handicap, prison, en apprentissage du français, etc.).

Est-ce que tu as toujours écrit où est-ce l’amour des livres qui t’a conduite à écrire ?

Oui, j’ai l’immense chance depuis dix ans d’être entourée de livres à mon travail et de côtoyer l’univers des bibliothèques, avant j’étais conseillère à l’emploi dans un dispositif de formation et j’ai toujours beaucoup lu. L’écriture va avec la lecture bien sûr, mais écrire a commencé pour moi adolescente, à cet âge exalté où l’on aime écrire des poèmes, d’ailleurs il m’arrive d’en écrire encore aujourd’hui. J’ai attendu l’âge de quarante-cinq ans pour commencer mon premier roman « Un verre avec toi ». Initialement, je voulais exorciser une histoire de famille qui me pesait. Au début, j’ai commencé par une lettre, puis je me suis aperçue que la distanciation de la fiction me convenait mieux. Alors de jour en jour, je me suis prise au jeu et je n’ai plus arrêté. Donc je n’écris vraiment que depuis huit ans.

Parmi tes auteurs préférés, Philippe Besson, Delphine de Vigan, Olivier Adam, Arnaud Cathrine, Virginie Despentes ou encore Annie Ernaux, quel est celui qui t’influence le plus ? Pourquoi ?

Oui, j’aime l’écriture de l’intime, l’évolution et la psychologie des personnages si bien décrites chez ces auteurs. En particulier si j’aime tant l’écriture de Philippe Besson, c’est parce que c’est l’écriture du secret, il sait à merveille décrire le détail qui révèle l’intimité des personnages, ce qu’il ne dit pas d’eux et qu’on ressent profondément, il m’a donné envie d’écrire, et je rêverai d’écrire aussi bien que lui. La question du style aussi est essentielle. Parmi ces auteurs, j’aime beaucoup leur style, pour moi c’est presque plus important que l’histoire. De ce point de vue, il y a une quinzaine d’années, Annie Ernaux a été un choc littéraire. Elle a inventé le dépouillement dans l’écriture, son usage factuel, il n’y a pas de jugement, jamais. Elle donne à lire la réalité et de cela, elle a transmis de sa vie et de la question des luttes des classes, un corpus sociologique. J’ai tout lu d’elle quasiment.

J’ai lu que ton personnage de fiction préféré était madame Bovary, ce qui est assez rare. Pourrais-tu en quelques lignes donner envie de lire ce livre de Flaubert ?

Ce roman nous plonge dans l’écriture d’un chef-d’œuvre de la langue française. Bien sûr, le style peut paraître pompeux aujourd’hui, mais je trouve que c’est nécessaire parfois de lire une langue aussi riche. Je conçois que le personnage de Madame Bovary peut irriter, mais pour moi, c’est l’héroïne romanesque dans toute sa splendeur. Emma Bovary, c’est l’illusion de la vie, ce n’est pas la vie. Dans ce roman, Flaubert plonge son héroïne dans cette complexité-là, qui est d’imaginer sa vie, et en attendant, d’en oublier la sienne. Ça a quelque chose de tragique et de pitoyable aussi, on suit l’évolution d’Emma jusqu’à sa mort, puisqu’il n’y a plus de rêves possibles. Je crois qu’écrire, en tous cas, pour moi, c’est un peu ça, c’est vouloir atteindre ou tenter d’atteindre l’idéal de vie, mais le livre n’est pas la vie, il détourne de la vie, c’est une vie parallèle à la vie, c’est un prisme qui déforme, sublime, transgresse, soulage ou élève. Je pense qu’on écrit pour mettre un peu de côté sa vraie vie. Mais il faut quand même tenter de ne pas passer à côté ! La question aussi de l’écriture pour moi, mais c’est très personnel, c’est de continuer à dramatiser la vie quand on est fatigué des drames qu’on a vécus et qu’on a décidé de ne plus les inviter dans sa propre vie. C’est de tenter de comprendre ce qui se joue dans la complexité humaine. C’est une forme de sagesse, c’est sans doute pour cela que je me suis mise à écrire à quarante-cinq ans. Oh, mais là je psychote non ?

Ton prochain livre, Le ventre de Vénus, en plus d’une très belle écriture, déjà présente dans d’autres livres, a pourtant une intrigue plus puissante, as-tu travaillé ce point d’une façon particulière ?

Merci pour la belle écriture, je suis flattée ! En effet, j’ai davantage soigné l’intrigue, sans doute plus étoffé celle-ci aussi que dans mes précédents romans. Mais on progresse de livre en livre et heureusement. Pour ce roman, après le premier jet, j’ai décidé de reprendre mon texte en faisant appel à un auteur et bêta lecteur coach littéraire, Cyril Destocky, qui m’a aidé à retravailler la question de l’intrigue, la cohérence du texte et sa structure, j’ai beaucoup appris, et je recommande, si l’on peut, cette expérience au fil des corrections. Cette fois, j’ai travaillé davantage comme une “architecte“ que comme une ‘jardinière’, et puis j’ai pris plus mon temps, et j’ai tenté d’alterner la narration et les dialogues de façon plus équilibrés.

Qu’est-ce qui t’a amené à choisir pour protagoniste une jeune femme boulimique et obèse ?

Je voulais suivre un personnage atypique, une femme qui ne rentre pas dans les canons de la beauté, sublimer plutôt sa beauté intérieure. Ce personnage renie son corps, ça m’intéressait de comprendre pourquoi, et en quoi le corps est la première enveloppe qui reçoit les coups, car Colette, mon héroïne dénie depuis trop longtemps un drame dans sa vie, et à travers son obésité, c’est son corps qui parle et qui va l’amener à affronter sa réalité, mais aussi le corps des autres. Ce n’est pas un hasard si elle est esthéticienne, elle aime par-dessus tout masser ses clientes, c’est sa façon à elle d’entretenir une relation corporelle qu’elle dénie pour elle. Et puis, ça m’intéressait de traiter les enjeux de la discrimination, de la grossophobie. Dans chacun de mes romans, j’aime traiter les déséquilibres psychologiques et des faits de société, mon premier roman traitait d’addiction alcoolique, mon deuxième de fanatisme religieux, mon troisième d’emprise amoureuse, mon quatrième de la violence faite aux femmes et là d’addiction à la nourriture. Je ne souffre pas particulièrement de chacune d’entre elles, mais j’aime analyser et imaginer comment on tente de se sortir de ses zones d’ombre. Je m’inspire de la vie, de ma vie et de mon entourage. Par exemple, ma jeune voisine est esthéticienne en formation et me parlait de son école, je crois qu’elle m’a donné envie de ce cadre, l’appel à la beauté, aux odeurs délicates, aux relâchements des sens. Je voulais que ça contraste avec l’apparence de Colette. Une esthéticienne obèse, je trouve cela réjouissant.

J’ai été frappée de la façon dont tu décris précisément le comportement boulimique de Colette, mais pas seulement, tu décris aussi ses gestes et ses sensations de masseuse. As-tu consulté des professionnels ?

Pas du tout, pour les massages, je me suis inspirée de mes souvenirs de massage en institut ou de mes séances de kiné, mais c’est tout. Le travail de l’imagination fait le reste. Sinon, j’ai lu des articles sur la boulimie et l’hyperphagie. Et puis il y a fort longtemps, j’ai fait des études de psychologie, je crois qu’il m’en reste quelque chose.

Les livres de Laure Gombault

Un verre avec toi – Editions Auzas – Mai 2018
Louise sous emprise – Autoédition – 26/12/2018
Les interdites – Autoédition – 25/03/2019
L’homme du train – Books on Demand – 20/12/2019
Le ventre de Vénus – Autoédition – 01/12/2020

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Catherine Perrin
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